Affiche du film Boris sans BéatriceQuelque part dans le Québec d’aujourd’hui, Boris Malinovsky (James Hyndman) a atteint tous ses buts. Esprit fort et orgueilleux, il ne manque pas d’une certaine arrogance par rapport à ses réussites. Depuis un temps, sa femme Béatrice (Simone-Elise Girard), Ministre au Gouvernement du Canada, est clouée au lit victime d’une mystérieuse maladie. Pour apaiser son tourment, Boris entretient une relation avec une collègue, Helga (Dounia Sichov), et se rapproche de la jeune domestique de la maison, Klara (Isolda Dychauk). L’apparition soudaine d’un inconnu (Denis Lavant) obligera Boris à se confronter au monde, à ses acquis et à ses certitudes.

Après Vic + Flo ont vu un ours, récompensé au Festival du film de Berlin et au Festival du film francophone de Namur en 2013, Denis Côté réalise Boris sans Béatrice. On entre alors dans un tout autre univers, tout aussi bien maîtrisé.

Il y dépeint la vie de Boris, un riche entrepreneur qui impose aux autres sa force et sa fortune. « J’ai eu le désir de dessiner la gueule d’un certain Québec d’aujourd’hui. J’ai l’impression que dans cet entrepreneur inquiet se bousculent les qualités, forces, tares et gouffres d’un Québec décomplexé qui surfe sur des vagues tantôt pessimistes, tantôt euphorisantes; un Québec satisfait et habitué à son confort social-démocrate mais tenté par l’aventure dévorante du néo-libéralisme voire du libertarisme », expliquait le réalisateur. Boris sous la pluie, dans Boris et BéatriceCe dernier aspect est visible notamment par les personnages de jeunes adultes, la fille de Boris et ses colocataires par exemple, qui remettent en cause les pouvoirs établis en prenant à des manifestations ou en transgressant les normes.

Boris est souvent désagréable, bien qu’il lui arrive de faire preuve d’un peu de bonté. Il s’inquiète pour sa femme Béatrice, qui est malade. Mais il se console volontiers dans les bras de ses maîtresses. De ce côté-là aussi, les choses se compliqueront.

C’est la rencontre avec un inconnu qui le déstabilisera et le forcera à envisager les choses autrement. Les critiques qu’il reçoit dès lors de toutes parts, notamment sur sa responsabilité dans la maladie de sa femme, le bousculent et le font douter. Le doute est un sentiment tout à fait normal et sain, jusqu’à un certain point : « Boris n’a pas à se racheter ou même à se prouver. Il n’a qu’à vivre, assumer et comprendre son doute; un doute planté en lui; venu d’ailleurs; un doute qui nous visite tous à un moment ou un autre », expliquait encore Denis Côté.

L'inconnu dans Boris et BéatriceDans certaines scènes, on est parfois très près du théâtre, ce qui crée une rupture entre ces scènes et le reste du film. Il s’agit presque essentiellement des scènes avec l’inconnu. On en vient même à se demander si cet homme existe vraiment ou s’il ne serait pas une sorte d’hallucination, un être inventé par Boris. L’effet théâtral apporte un petit quelque chose d’intéressant à l’ensemble.

Boris sans Béatrice montre la puissance des riches, mais aussi leur part de vulnérabilité. Un film qui se promène entre fantasme et réalité.

Note : 8/10

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