![[Cinefranco] La place – Une](https://lepetitseptieme.ca/wp-content/uploads/2026/11/Cinefranco-La-place-–-Une.jpg)
« Parles quand même! C’est pas important ce que tu dis, l’important, c’est de remplir le vide. »

Jonathan et Brigitte (Maxim Gaudette et Christine Beaulieu) doivent se rendre à Montréal pour un souper avec la sœur de Brigitte, Sonia (Alexa-Jeanne Dubé). Anxieux et déprimé, Jonathan s’y rend sans grand entrain pour faire plaisir à sa blonde.
Arrivé dans le quartier de Sonia, le couple tourne en rond pour se trouver une place de stationnement. Par chance, une voiture libère un espace juste devant l’appartement de Sonia. Mais alors que Jonathan s’engage pour faire un stationnement en parallèle, un autre conducteur lui bloque le chemin. Arrivé de nulle part, l’homme (Benoît Gouin) refuse de bouger, prétextant qu’il était là le premier. Frustré, le couple refuse également de partir, affirmant être arrivé avant lui.
Alors que personne ne veut céder la place, le conflit empire au fur et à mesure que le temps avance et que d’autres personnes s’en mêlent.
La prémisse du film est très attirante. Il y a quelque chose d’extrêmement humain dans cette histoire, où une situation banale escalade de plus en plus pour devenir disproportionnée. Dans une société post-COVID-19, où l’on constate un manque de civisme envers les autres, ce genre d’intrigue a tout à fait sa place.

Malheureusement, cette tension entre le couple et le conducteur inconnu est complètement laissée de côté pour une bonne partie du film. Si le début nous tient en haleine, une fois que le couple entre chez Sonia et que le souper a lieu, on a l’impression d’être dans un autre film. Le long-métrage devient davantage un drame de couple et la tension se relâche.
Le réalisateur et scénariste, Louis Godbout, tente de réinjecter un peu de suspense durant le récit en entrecoupant le souper avec les scènes d’un policier qui a été appelé sur les lieux de la dispute au début du film. Malheureusement, il nous manque la présence de Benoît Gouin, qui parvient à être menaçant par sa simple posture.
La finale nous laisse sur notre faim, tombant dans une sorte de mystique qui aurait pu être un concept intéressant si on avait bien pris le temps de développer cet aspect.
C’est un peu l’impression qu’on a en regardant ce film. S’il y a une chose que Louis Godbout a bien réussi à retranscrire, ce sont les discussions banales du quotidien : le « small talk » que les gens ont pour ne pas laisser le silence prendre trop de place.

Les conversations des deux couples durant le souper sont très réalistes, même si la répartie de Maxim Gaudette sonne un peu plus théâtrale que celle de ses compagnons de scène. Je ne sais pas si cela est un défaut de direction d’acteurs ou un choix délibéré pour le faire ressortir du groupe et le mettre à part des autres, mais cela casse un peu le naturel des scènes.
Le réalisateur a aussi la mauvaise manie d’allonger certaines scènes artificiellement. Que ce soit en filmant en gros plan un bouchon de liège ou une maison, la caméra insiste un peu trop sur certains plans, nous laissant croire qu’il y a quelque chose à voir ou à remarquer. C’est un faux fusil de Tchekhov : on semble introduire un élément qui pourrait devenir important dans le récit, mais qui ne revient jamais.
Le film La Place donne l’impression d’être deux idées forcées ensemble. Ça peut parfois être une combinaison gagnante, mais ici, on a l’impression que les deux idées se nuisent mutuellement, car elles s’empêchent de respirer.

Il aurait aussi été agréable qu’on se concentre davantage sur le côté thriller que le film avait à offrir. C’est un genre qui manque beaucoup au Québec et La Place avait le potentiel de venir combler ce vide. Dommage.
Bande-annonce
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