
« C’est quoi ça? »
L’apparition d’un phénomène météorologique inexpliqué au-dessus de Montréal plonge la ville dans une étrange insomnie de masse. Camille (Rosalie Bonenfant), une jeune femme nouvellement enceinte qui se cherche encore, et Philippe (Rudi Loup Duperré), son copain au positivisme borné, se trouvent au cœur de cet univers déconcertant où la privation de sommeil commence à éroder les esprits.
Bulletin spécial, TV5+ annonce une nouvelle série sur ses ondes dès maintenant. Présentée par Unis TV, Saturnides est une mini-série écrite par Jocelyn Martel-Thibault et réalisée par Neegan Sioui. Pas beaucoup de place pour une série hebdomadaire à la Twin Peaks de feu David Lynch, mais on trouve de plus en plus de moyens de consacrer du temps aux séries dont les concepts sortent de l’ordinaire. C’est peut-être mieux de ne pas se lancer immédiatement dans de gros projets, car la série manque un peu de piquant, frôlant parfois la somnolence. Pourtant, cela va étrangement de pair avec la prémisse.
En effet, la série raconte comment une étrange vague d’insomnie s’abat sur la ville de Montréal et ses environs. À moitié endormis, ce n’est pas la colère, la tristesse ou la peur qui les gagne : les gens deviennent tout simplement de plus en plus irritables et prompts à des élans agressifs. Le personnage interprété par Rosalie Bonenfant, Camille, est une jeune mère séparée qui passe son temps à s’engueuler avec son ex. De son côté, son chum, Philippe, interprété par Rudi Loup, peine encore à comprendre sa place dans le monde et la réalité de sa situation en pensant que faire la fête peut régler tous les problèmes… Et ça, c’est avant l’événement déclencheur de la vague d’insomnie qui va les rendre dingues.
Je m’attendais à beaucoup plus d’étrangeté et à une narration moins éparpillée. Je conçois que l’on doive pouvoir se mettre dans la peau des personnages privés de sommeil et en état de confusion avancée, mais est-ce que le scénario doit automatiquement sembler l’être lui aussi? J’avais sincèrement plus de difficulté à vaincre le sommeil qu’à m’y abandonner en regardant l’émission. Pourtant, les éléments sont là : les longs plans, l’attente, l’angoisse, des pâtes qui bouillonnent. Mais il manquait de « oumph », comme on dit ; ce je-ne-sais-quoi qui nous permet de mordre sans vouloir lâcher. Une chose est sûre, on n’avait pas besoin d’un moment à la Survivors.
Mon expérience fut similaire à celle de mon visionnement de The Happening en 2008 par M. Night Shyamalan, mais sans Mark Wahlberg ou Zooey (hein? Depuis quand c’est pas Zoe?) Deschanel, et sans ce moment involontairement super drôle à cause de la mauvaise direction. Si au moins Saturnides avait fait preuve de plus d’adresse dans la gestion des scènes et du temps alloué aux personnages, j’aurais eu moins l’impression qu’on met un peu de tout en ne sachant pas où on s’en va. C’est dommage, ici, j’ai l’impression qu’on veut tellement produire, qu’on veut tellement être bons que l’on oublie de s’appliquer.
En contrepartie, Saturnides n’est pas un échec. Au contraire, c’est ce genre d’audace de la part des diffuseurs qui ouvre la voie à de plus en plus de diversité « faite maison » sur nos écrans. Le fait que je n’aie pas été subjugué par la minisérie ne signifie pas que l’effort était vain et que le jeu n’en vaut pas la chandelle. J’ai l’impression que le Québec est simplement encore dans une phase d’apprentissage et qu’il lui faut marcher avant de courir.
La série n’est pas vide de sens non plus, en tout cas, pas à mes yeux. Les tensions qui assaillent les personnages ne sont que des phénomènes qui existent déjà : la fiction ne fait que nous révéler cette part que nous nous refusons quotidiennement de voir en nous-mêmes. Les écrans constants, la pression sociale, l’angoisse environnementale, l’envie de s’évader, la pandémie, le prix des loyers… alouette!
Alors que nous entamons la dernière partie du chemin en route vers la fin de l’année 2026, je crois qu’il serait sain de s’arrêter un instant afin de se remémorer ce qui a marqué nos vies depuis janvier. Politique, politique, politique et encore de la politique à toutes les sauces. Parce que tout devient une question de politique maintenant. C’est pas mêlant, même aller à l’épicerie, c’est rendu une question de vote : Maxi ou Metro, café pas cher ou équitable, banane bio ou normale… Ça ne finit pas! Saturnides a mis le doigt sur le bobo malgré tout : on est à bout, épuisés, fatigués, et on a l’impression qu’on pourra juste s’arrêter une fois morts. Et vous, cher lectorat, vous prenez le temps de bien vous reposer comment?
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