Les insolites québécois 2026 - Une

[Spasm] Les insolites québécois

Spasm commençait hier soir, avec la soirée des Insolites québécois. Ça commence en force avec 8 courts métrages d’ici, dont le nouveau de Franie-Éléonore Bernier.

Du drame en allant à l’horreur, cette première soirée aura lancé l’édition 2026 de belle façon. Je vous parle de chacun des films au programme cette année, en commençant par ceux du 21.

Trois mots (Franie-Éléonore Bernier) Québec – 2026 | 2 min

Trois mots - Affiche

Une confession bouleverse Todd et le propulse dans un voyage inattendu.

Après Bon goût, Fond bleu et Chez Ghislaine, Franie-Éléonore Bernier est de retour avec son premier film animé. Il s’agit, cette fois-ci, d’un très court film qui, en 2 minutes, réussit à dire tout ce qu’il faut dire pour faire une œuvre solide et complète. 

Afin d’éviter de dévoiler le punch, je ne pourrai pas dire grand-chose sur l’histoire. Par contre, je peux mentionner la qualité du scénario qui mise sur très peu de mots, mais qui allie à la perfection le texte et les images pour traiter d’un sujet universel d’une façon très québécoise. 

Disons que c’est un bon point de départ pour la vingt-cinquième édition de Spasm. J’avais de grandes attentes pour ce nouveau film de Franie-Éléonore Bernier, et je n’ai pas été déçu.

Roméo et son corps (Fred Gervais) Québec – 2025 | 18 min

Roméo et son corps - Affiche

Lors d’une nuit hivernale, Roméo, un orphelin aux grands yeux, déterre le corps de son père, le traîne jusque chez lui, le plonge dans une baignoire et le réveille d’entre les morts. Tel un bébé naissant, ce dernier redécouvre ses sens et sa motricité, tandis que Roméo tente du mieux qu’il peut de prendre soin de lui pour le garder à ses côtés. Si ces deux hommes n’appartiennent plus au même monde, ils partagent tous deux une fragilité impossible à cacher.

Avec Roméo et son corps, Fred Gervais propose un film doux amer sur l’amour entre un père et son fils et la tristesse associée à la mort. 

Patrick Hivon offre une belle performance dans ce court métrage quelque peu abstrait. Bien qu’on ne soit jamais totalement sûr de ce que vivent les personnages, le film demeure étonnamment touchant. De plus, malgré le côté irréaliste de l’histoire, on a réellement l’impression d’être dans une réalité totalement possible. 

Au final, la question qui demeure est : est-ce que la vie et la mort sont ce qu’ils semblent être ou si la vérité est quelque part entre les deux? Quoique la réponse soit, le fil, lui, est clairement intéressant et amène à se creuser les méninges.

Monochrome (Justice Rutikara) Québec – 2026 | 12 min

Monochrome - affiche

Ngabo, un aide-cuisinier sous-pression, et Mike, un néo-nazi zélé, traversent, sans se connaître, une même journée difficile dans les rues du Vieux-Québec. L’un est rongé par l’épuisement, l’autre par la colère.

Avec Monochrome, Justice Rutikara propose un film brutal en écran double, synchrone. 

Ce court métrage n’est pas sans rappeler American History X, de Tony Kaye. La violence fait clairement partie de la vie de beaucoup de gens, que ce soit par choix ou par les hasards de la vie. Lorsqu’un immigrant se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment – face à face avec un néo-nazi frustré – ça tourne mal. Ainsi, avec son film, Rutikara montre les dérives d’un racisme encore présent, même chez nous.

Ce qui rend ce film particulièrement marquant, ce sont les choix visuels du réalisateur. Tout d’abord, le noir et blanc contrasté ajoute un sentiment de lourdeur et de tragique au film. Mais c’est le choix de faire le film au complet en écran divisé qui apporte un élément original majeur. Du début à la fin, on suit deux actions simultanées sur deux écrans en même temps. Lorsqu’un côté offre des dialogues, l’autre propose des moments de silence. Le spectateur doit faire des choix, décidant à certains moments de regarder l’image de gauche avec Ngabo, et à d’autres celle de droite avec Mike. 

Le résultat est un film dur, visuellement beau, marquant et original. 

Le goût de tes écailles (Rafaël Beauchamp) Québec – 2026 | 17 min

Le goût de tes écailles - Affiche

Un adolescent découvre avec horreur le véritable visage de l’usine de poissons de son père.

Avec Le goût de tes écailles, Rafaël Beauchamp propose un film sombre dans lequel il mélange prise de positions réelles avec une histoire surréelle. 

Utilisant le concept de l’enfant qui veut passer du temps avec son père absent, le réalisateur met en scène une histoire glauque d’usine malsaine qui est prête à tout pour augmenter ses profits. On retrouve la vision anti-capitaliste dans un scénario horrifique. Le jeune ado convaincra son père de l’amener au travail pour se retrouver traumatisé par ce qu’il découvrira. 

En résulte un excellent film qui tient le spectateur en haleine jusqu’à la toute fin. 

Ultra forte (Catherine Lepage) Québec – 2026 | 10 min

Ultra forte - Affiche

Pour conquérir les princes, plus voyous que charmants, Catherine tente de devenir une dure à cuire. Quand ses stratagèmes douteux échouent un à un, elle devra affronter l’ultime épreuve : assumer sa vraie nature.

Avec Ultra-forte, Catherine Lepage propose un film qui raconte à quel point les histoires de princesses que se font raconter les fillettes finissent par être nuisibles. 

On en parle, mais rarement on le montre au cinéma. Toutes ces histoires de princes charmants, de héros et de pauvres femmes en détresse ont un effet sur les attentes des jeunes filles lorsqu’elles grandissent, et rarement pour le bien. 

Avec une animation en 2D amusante, la réalisatrice réussit à faire réfléchir sur des enjeux féministes qui ont un effet sur les femmes, mais aussi sur les hommes. Car soyons honnêtes, si les femmes ont des attentes non réalistes, ça finit par avoir un incident sur les hommes aussi. 

Quoi qu’il en soit, ce court film est un petit bijou.

Sol vivant (Émile Lavoie) Québec – 2025 | 20 min

Sol Vivant - Affiche

Quelques heures après une soirée houleuse, Luc Tellier, un transporteur de corps, est appelé sur les lieux d’un suicide sur rails. Lorsqu’il aperçoit la dépouille dépourvue de sa tête, une sombre pensée le traverse : s’agirait-il de sa fille?

Avec Sol vivant, Émile Lavoie offre un drame à suspense avec un parfait anti-héros. 

Le thème n’est pas nouveau. Le mauvais père qui cherche la rédemption un peu trop tard, on l’a vu en masse. Ceci étant dit, Sol vivant est bien fait et garde le spectateur au bout de sa chaise. En plus du suspense concernant l’identité de la victime, le film offre des moments touchants qui font monter l’émotion. 

En résulte un bon petit film avec des acteurs qui offrent de bonnes performances.

C’est ma soeur (Zoé Pelchat) Québec – 2026 | 14 min

C'est ma soeur - Poster

Camille, une ado vivant avec la trisomie 21, rêve de rejoindre une troupe de danse semi-professionnelle. Elle se présente à l’audition sans envisager que son anomalie chromosomique pose problème. Lorsque sa sœur Agathe l’accompagne à contrecœur, cette dernière découvre l’insidieuse cruauté des préjugés – et le courage de s’y opposer.

Avec C’est ma sœur, Zoé Pelchat propose un univers lumineux et imparfait en capturant deux sœurs vivant dans une banlieue suspendue dans le temps. 

Ce court métrage est avant tout une histoire d’amour au sens le plus pur. On y rencontre deux sœurs qui se chicanent, se tapent sur les nerfs, mais qui s’aiment réellement. Camille est un soleil, alors qu’Agathe est une lune. Les deux adolescentes partagent la lumière et créent un ensemble complet, touchant, et doux. On se laisse facilement toucher et émouvoir par elles et on se reconnaît dans le lien complexe et émouvant qu’elles partagent.

La réalisatrice inclut des thèmes plus complexes tout en les faisant passer de façon naturelle, sans réellement les présenter comme un enjeu. Bien sûr, il y a la discrimination envers Camille. C’est le centre de l’histoire et, bien qu’on puisse comprendre que les juges ne veulent pas la prendre dans leur troupe, on ne peut comprendre leur entêtement à ne pas au moins lui laisser l’occasion de performer sa chorégraphie. 

On se retrouve aussi dans un film où une adolescente est amoureuse d’une autre fille de son âge, sans que ce soit montré autrement que si elle était en pâmoison devant un garçon. C’est agréable de voir des relations amoureuses LGBTQ qui ne sont pas un enjeu, mais simplement une réalité. 

Bien que chacun des films présentés en cette soirée d’ouverture soient excellents, celui-ci est probablement mon coup de cœur. 

La Hère (Frédéric Chalté) Québec – 2025 | 17 min

La Hère - Affiche

Le Kid, nouvelle recrue d’un groupe de gardes-chasses violents, s’enfuit dans les bois à la suite d’une nuit d’initiations brutales et humiliantes. Une créature fantastique, la Hère, rôde parmi les arbres… Pris au piège entre ce monstre de légende et la cruauté de ses collègues, le Kid devra se résoudre à s’enfoncer encore plus loin dans la forêt, vers un choix bouleversant.

Avec La Hère, Frédéric Chalté offre un autre film qui traite d’intimidation par les pairs, mais cette fois-ci dans un contexte de films d’horreur. 

Ce court métrage, présenté dans un style classique de l’horreur, mise principalement sur la haine qu’on peut avoir envers certains personnages pour donner un moment de plaisir lorsqu’ils se feront massacrer par la créature. Par contre, si vous le regardez, vous verrez comment la fin diverge de la norme pour offrir une surprise au spectateur. 

Pas le plus grand film, mais une belle façon de clore une grande soirée de cinéma. 

***

Notez que les films sont aussi disponibles en ligne pour ceux qui ne peuvent se présenter sur place. On n’y retrouve pas l’ambiance festive du festival, mais on peut voir ces magnifiques œuvres qui démontrent, une fois de plus, que les courts métrages ne sont pas des sous-produits. 

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