Entrevue Adrienne Barbeau - Une

[FNC] Rencontre avec Adrienne Barbeau – Icône du cinéma

À l’occasion de la présentation de son nouveau long-métrage, Oddities, Adrienne Barbeau était de passage à Montréal. De ses débuts fracassants sur grand écran aux côtés de son ex-mari John Carpenter (The Fog, New York 1997) à ses rôles cultes à Broadway (Grease) et à la télévision (Carnivàle), la comédienne américaine a traversé les décennies avec une élégance et une générosité rare.

Oddities - affiche

Au micro, elle revient avec sincérité sur son statut paradoxal de reine du fantastique, sa passion inaltérable pour le français et la gratitude infinie qu’elle porte à un public fidèle sur plusieurs générations.

Synopsis d’Oddities de Tyler Savage

En fuite après avoir accidentellement causé la mort de leur dealer, deux amies à la dérive (incarnées par Lilimar et Lovie Simone) tentent d’échapper à la police et au milieu criminel. Cherchant désespérément un refuge sur le bord de la route, elles s’arrêtent dans une mystérieuse boutique d’antiquités et de curiosités. L’endroit est tenu par Betty (Adrienne Barbeau), une femme d’apparence chaleureuse et bienveillante. Mais le piège se referme rapidement : derrière les bibelots oubliés et les reliques occultes, leur hôte se révèle bien plus redoutable et sinistre qu’elle n’en a l’air. Mêlant thriller criminel, humour noir et horreur surnaturelle, Oddities brouille les frontières des genres dans un beau huis clos. 

Bonjour Adrienne, et bienvenue à Montréal ! Vous avez récemment confié que vous regardiez des séries francophones pour vous entraîner. Qu’est-ce qui a éveillé votre amour pour la langue française ?

J’ai commencé à étudier le français à l’école il y a plus de soixante ans ; j’ai terminé mes études secondaires en 1963. J’ai eu la chance d’avoir une institutrice remarquable, et j’ai immédiatement adoré la musicalité de cette langue. Ma mère était d’origine arménienne, et dans sa famille, on parlait arménien, alors j’ai grandi avec quelques notions. Mon père n’était pas francophone, mais sa famille venait du Québec, même si je n’étais pas très proche d’eux. Cet amour pour le français ne m’a jamais quittée. Plus tard, comme je vis en Californie, j’ai aussi appris l’espagnol. Mon fils aîné, Cody Carpenter, est devenu linguiste spécialiste du japonais, alors je m’y suis essayée également. En réalité, j’adore apprendre un peu de la langue de chaque pays que je m’apprête à visiter : je pars à Helsinki dans trois semaines, et j’ai déjà commencé à potasser mon livre de finnois hier soir… même si celui-là s’annonce particulièrement difficile !

Adrienne Barbeau
Adrienne Barbeau

Quelles sont les séries françaises que vous regardez ? En auriez-vous à nous recommander ?

Oh oui, j’en regarde beaucoup ! J’aime énormément Candice Renoir, Tandem, ou encore Alice Nevers : Le juge est une femme. Aux États-Unis, j’utilise une plateforme de streaming appelée MHz Choice, spécialisée dans les fictions internationales. Cela me permet de découvrir des productions d’Italie, de Croatie, de Nouvelle-Zélande… Mais pour les séries françaises, ce sont souvent les héroïnes qui me captivent. J’ai un coup de cœur pour Gwendoline Hamon dans Cassandre, elle a un visage et une présence magnifiques ! J’ai aussi regardé OPJ (OPJ : Pacifique Sud). Je les regarde en version originale avec les sous-titres, et ça m’aide beaucoup.

Vous plaisantez souvent en disant que vous détestez avoir peur et que vous ne regardez jamais de films d’horreur. Pourtant, vous êtes devenue une icône du cinéma de genre. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

C’est vrai, je déteste la peur ! Je pense que cette étiquette s’est imposée pour deux raisons évidentes : mon tout premier long-métrage de cinéma était The Fog, et au début de ma carrière sur grand écran, j’étais mariée à John Carpenter, qui incarne à lui seul ce cinéma. Même si j’ai fait beaucoup d’autres choses à côté, l’association est restée gravée.

Pour ma part, je n’ai jamais abordé le fantastique différemment d’un autre registre dramatique. Le genre offre simplement l’occasion d’explorer des émotions plus intenses, bien plus exacerbées que dans la comédie ou le drame classique. Quand j’ai vu L’Exorciste à l’époque, je me souviens d’avoir ri ! Le cinéma d’horreur s’est aussi beaucoup transformé depuis mes débuts ; il y a aujourd’hui une déferlante de films slashers, et ce sont précisément ceux-là que je refuse de voir.

Depuis vos débuts à l’écran dans les années 1980 jusqu’à aujourd’hui, votre approche a-t-elle évolué ? Qu’est-ce que l’expérience a apporté à votre jeu d’actrice ?

Je crois que j’ai appris à me faire confiance. Aujourd’hui, j’accomplis tout le travail nécessaire en amont, bien avant d’arriver sur le plateau. Cela ne consiste pas seulement à mémoriser les répliques, mais à véritablement cerner le personnage : déterminer son passé, ses non-dits, ses motivations et ce qu’elle ressent vis-à-vis des autres protagonistes. Une fois sur le tournage, je lâche prise et je laisse jaillir ce qui doit venir. C’est exactement ce qui s’est produit sur Oddities : parfois, après une prise, je me disais : « Tiens, je ne savais pas du tout qu’elle prononcerait cette phrase de cette manière-là ! ». C’est ce sentiment de confiance que l’expérience vous apporte.

Comédies musicales à Broadway, sitcoms télévisées, cinéma, doublage… Vous avez exploré toutes les formes d’art dramatique. Parmi toutes ces expériences, laquelle vous a apporté le plus de joie ?

Tout dépend du rôle et du projet en lui-même. Si je devais choisir l’un de mes plus beaux souvenirs, ce serait sans hésiter la série Carnivàle sur HBO. Pour une multitude de raisons très concrètes : la distribution était si chorale que je ne tournais que trois ou quatre jours par semaine. Cela me laissait le temps d’être auprès de mes fils, de les emmener et d’aller les chercher à l’école. Le studio n’était qu’à une quarantaine de kilomètres de chez moi. Mais au-delà de ces aspects pratiques, j’adorais l’histoire, la dimension métaphysique du récit, l’équipe et les producteurs. Incarner ce personnage à cette étape précise de ma vie était un cadeau.

Bien sûr, dans une carrière, il y a aussi des projets qu’on accepte simplement pour des raisons alimentaires, comme la fois où j’ai dû traiter ma maison contre les termites ! Mais ces dernières années, j’ai le luxe de choisir ce qui m’anime vraiment, et faire Oddities a été une expérience tout aussi réjouissante.

Vous avez fait vos premiers pas sur les planches, face à un public en direct. Ce lien immédiat avec la salle vous manque-t-il sur les plateaux de tournage ?

Pas vraiment, honnêtement. La dernière fois que je suis montée sur scène, c’était en 2016 pour la tournée américaine de la comédie musicale Pippin. J’avais accepté uniquement pour le rôle : la grand-mère de Pippin y chante son grand numéro suspendue la tête en bas sur un trapèze volant ! Je me suis dit : « Combien de fois a-t-on l’occasion de faire un numéro de trapèze à mon âge ? ». Nous avons parcouru les États-Unis et passé six semaines fantastiques à Amsterdam. La troupe a ensuite poursuivi la tournée au Japon, mais j’y étais déjà allée et j’avais besoin de rentrer retrouver mes enfants. Si un rôle théâtral exceptionnel se présentait à nouveau pour une durée très limitée, j’y réfléchirais. Mais le cinéma, la télévision ou le doublage sont des disciplines que je pourrais continuer à exercer toute ma vie.

Adrienne Barbeau dans le rôle de Susan pour le film Oddities 
Adrienne Barbeau dans le rôle de Susan pour le film Oddities 

L’énergie exigée n’est pas la même.

Vous êtes à Montréal pour présenter Oddities. Qu’est-ce qui vous a séduite dans ce rôle et dans cet univers ?

À l’origine, Oddities était un court-métrage. Le seul véritable point commun entre le court et le long-métrage réside dans le fait que mon personnage tient cette étrange boutique d’antiquités. Tyler Savage avait écrit le scénario et avait confié à son partenaire de production : « Il nous faudrait une actrice du genre d’Adrienne Barbeau pour ce rôle. » Or, il se trouve que son associé est un ami très proche de mon fils Cody ! Il lui a donc répondu : « Mais je la connais très bien, laisse-moi l’appeler ! ». Nous nous sommes rencontrés autour d’un café, ils m’ont raconté l’histoire, j’ai lu le scénario et je l’ai trouvé formidablement écrit. Le court-métrage a rencontré un grand succès, au point que Tyler a eu envie de développer cet univers pour en faire un long-métrage. C’est un film inclassable, qui flirte avec le polar, le surnaturel et l’humour noir. J’aimais cette femme, je la comprenais et je croyais profondément en elle.

Avec une filmographie aussi dense, qu’est-ce qui vous pousse aujourd’hui à dire « oui » à un nouveau scénario ? Quels sont vos critères ?

Je cherche avant tout une bonne histoire : un récit qui a sa propre logique interne et auquel je peux croire. Je viens tout juste de terminer un tournage aux côtés de Matthew Lillard et Terry O’Quinn. Certains diront que j’y joue un vampire, mon premier rôle de vampire, mais ce n’est pas du tout un film de vampires conventionnel. C’est une œuvre sur les liens familiaux, la vieillesse et la manière dont nous prenons soin de nos aînés. C’est tellement plus riche que le simple cliché fantastique !

Je refuse systématiquement les slashers où l’on se fiche éperdument des personnages parce qu’on ne prend même pas le temps de les connaître avant qu’ils ne se fassent massacrer. Pour que j’accepte un rôle, il faut que je ressente une connexion intime : est-ce que je m’entends prononcer ces dialogues ? Récemment, un réalisateur m’a proposé le premier rôle d’un film pour l’aider à boucler son financement. Le scénario était bon, mais je n’arrivais pas à croire à cette femme, je ne l’aimais pas. En revanche, un rôle secondaire me plaisait beaucoup plus. Tout part toujours de l’écriture et de la vérité du personnage.

Vous soulignez souvent que c’est grâce à la fidélité de vos admirateurs que vous travaillez encore. Quel regard portez-vous sur ce public qui traverse les générations ?

C’est extraordinaire. C’est quelque chose que je n’aurais jamais pu imaginer, et pour lequel j’éprouve une reconnaissance infinie. À l’époque où nous tournions ces films au tout début des années 1980, les cassettes VHS n’existaient pratiquement pas dans les foyers. Je ne pouvais absolument pas anticiper que ces œuvres resteraient aussi populaires des décennies plus tard, ni qu’elles m’offriraient une carrière d’une telle longévité. Être accueillie avec autant de ferveur par plusieurs générations de cinéphiles, c’est parfois bouleversant.

Y a-t-il un registre ou un type de projet que vous n’avez encore jamais exploré et qui vous tenterait ?

(Sourire) Vous savez, j’ai eu le privilège de toucher à quasiment tous les formats et tous les médias possibles. Il n’y a rien de précis qui me manque ou que je n’aie pas déjà expérimenté. Mon plus grand souhait aujourd’hui, c’est tout simplement de continuer à travailler, encore et toujours.

Oddities est présenté au FNC les 15 et 16 octobre 2026.

Fiche technique

Titre original
Oddities
Durée
98 minutes
Année
2026
Pays
États-Unis
Réalisateur
Tyler Savage
Scénario
Tyler Savage

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Fiche technique

Titre original
Oddities
Durée
98 minutes
Année
2026
Pays
États-Unis
Réalisateur
Tyler Savage
Scénario
Tyler Savage

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