Shumei_ The Living Legacy of Kabuki - Une

[FNC] Shumei: The Living Legacy of Kabuki – Art familial

« Papa va devenir Danjuro Hakuen. »

Shumei_ The Living Legacy of Kabuki - Affiche

On a souvent abordé le cinéma de Takashi Miike sur ce site. En même temps, c’est un cinéaste reconnu à travers le monde, qui fait souvent le tour des festivals et, surtout, est extrêmement prolifique. En effet, avec un à deux films par an, sans compter tous les projets de télévision ou de théâtre sur le côté, il y a de la matière à regarder. Cette année ne fait pas exception, car il réalise Bad Lieutenant: Tokyo, troisième volet de la série qui avait commencé en 1992 avec Abel Ferrara et Harvey Keitel, puis en 2009 avec Werner Herzog et Nicolas Cage.

Cependant, malgré cette carrière très remplie, le réalisateur n’a jamais fait de documentaire. Même si certains grands réalisateurs œuvrant dans la fiction comme James Cameron, Martin Scorsese ou John Ford ont réalisé des films documentaires, ce n’est pas à la portée de tous. En effet, il faut avoir un œil distinct pour réaliser les différents types de films. Et le style très original de Miike ne correspond pas vraiment à la réalisation d’un docu. Il s’est néanmoins essayé à la tâche avec Shumei: The Living Legacy of Kabuki, qui traite d’un des plus grands arts du Japon.

L’art ancestral face au punk

Issu d’une lignée d’acteurs de kabuki, Ichikawa Danjūrō XIII succède officiellement à son père en 2022. Il devient alors le nouveau porte-étendard de cet art scénique ancestral, dont le savoir-faire se transmet de génération en génération au sein de dynasties familiales japonaises.

Même ceux qui ne connaissent rien à la culture japonaise ont déjà vu des images liées au théâtre kabuki. Il faut dire que les maquillages très reconnaissables, voire clownesques, sont très marquants. Mais à l’instar du théâtre Nô ou bien du rakugo, le théâtre kabuki est un art traditionnel ancestral qui perdure depuis des générations. De ce fait, on peut se demander pourquoi un cinéaste qui a toujours cherché à se détacher des standards a décidé de parler d’un art classique qui repose sur des siècles de tradition.

De l’autre côté, le réalisateur a mis en scène de nombreuses pièces de théâtre, donc il connaît bien le milieu. De plus, son sujet cherche à renouveler le kabuki, comme en réinventant une pièce pour y incarner 13 rôles. Il est dans la lignée de Miike, prônant un style subversif, rebelle et punk à travers ses films.

Le poids d’un nom

Le documentaire parle non seulement de l’esprit novateur de cet acteur, mais également de l’importance de l’héritage familial. Que ce soit les ancêtres de la famille Ichikawa, notamment les Danjuro, des acteurs de renom dont la grande majorité ont connu des destins tragiques, et dont le treizième du nom doit maintenant tenir le rang et, ainsi, prendre une gigantesque responsabilité et être le représentant d’un art entier. Mais il y a également le futur héritage, ici représenté par le fils de cinq ans de l’acteur, et qui prendra le nom de scène Ichikawa Shinnosuke. Un jeune garçon très impressionnant, car lorsque son père annula des représentations pour cause de maladie, il organisa à lui seul la présentation d’une pièce, et ce alors qu’il était âgé de cinq ans. Et tout ce thème de l’héritage tourne autour du Shumei, cette cérémonie de baptême où les acteurs reçoivent leur nom de scène, qui appartenait souvent à leur parent.

Un rythme à l’épreuve

Mais si le film regorge de sujets et de thèmes intéressants, il n’en fait malheureusement que frôler la surface. Le documentaire de Miike souffre d’un gros problème de forme et de structure. La première faute étant que le film est majoritairement expliqué par une narratrice, qui fait part des différentes informations du documentaire. Cette narratrice extradiégétique met une distance entre nous et le sujet du film. Il aurait fallu qu’Ichikawa raconte lui-même les informations sur lui, sa famille et le kabuki, afin que l’on se sente plus proche de son monde.

L’autre problème est la captation du Shumei. Niveau de la prise de vue, il n’y a pas de faute. Les prestations sont parfaitement captées et ça doit être un honneur de pouvoir filmer une cérémonie aussi prestigieuse. Cependant, le film a fait le choix de montrer les trois pièces présentées pendant le shumei à la suite. Ce n’est rien contre le kabuki lui-même, qui est un art tout à fait solennel, mais voir la quasi-entièreté de trois pièces de théâtre dans un film nuit grandement au rythme de ce dernier. De ce fait, on finit par s’ennuyer très vite, alors que le but était de nous impressionner. Et ce n’est pas aidé par le fait que les pièces ne sont pas sous-titrées, donc ceux qui ne parlent pas japonais sont perdus.

L’art du montage sacrifié

Il aurait fallu structurer le film autour des trois pièces, qui ont été choisies pour représenter le parcours d’Ichikawa Danjūrō XIII. De ce fait, entre les pièces, on aurait pu voir des scènes plus documentaires, chacune liée au thème de la pièce choisie. Il y avait une idée similaire lors de la captation de la troisième pièce, où la performance de Danjuro XIII est entrecoupée par des images d’archives de la même pièce où participaient son père et ses ancêtres. La scène parfaite pour représenter le thème de l’héritage familial.

Le sujet de Shumei: The Living Legacy of Kabuki est parfait pour un documentaire, surtout s’il est présenté à un public occidental qui ne connaît rien au théâtre kabuki. On sent bien ce que veut raconter le film, mais il aurait fallu un meilleur travail de montage pour rendre le documentaire meilleur. Takashi Miike est un réalisateur talentueux, mais il a encore du travail à faire dans le monde du documentaire.

Shumei: The Living Legacy of Kabuki est présenté au FNC les 16 et 17 octobre 2026.

Bande-annonce  

Fiche technique

Titre original
Shumei: The Living Legacy of Kabuki
Durée
97 minutes
Année
2026
Pays
Japon
Réalisateur
Takashi Miike
Scénario
Takashi Miike
Note
5 /10

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Fiche technique

Titre original
Shumei: The Living Legacy of Kabuki
Durée
97 minutes
Année
2026
Pays
Japon
Réalisateur
Takashi Miike
Scénario
Takashi Miike
Note
5 /10

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