
Les États-Unis ne sont pas le seul pays du monde à produire du cinéma. Néanmoins, ils sont les plus importants et Hollywood tentera de tout faire pour asseoir sa domination sur le cinéma mondial. Et une de ses façons est de faire venir des artisans d’ailleurs dans le monde pour qu’ils travaillent sur des productions américaines. Et très souvent, ces artisans sont mal exploités par Hollywood et leurs films sont de bien moindre qualité que ceux produits dans leur pays natal. C’est le cas de réalisateurs comme John Woo, Ang Lee ou bien Nicolas Winding Refn, mais aussi d’acteurs comme Antonio Banderas, Mads Mikkelsen ou bien Javier Bardem. Certes, ils ont offert de superbes performances autant dans leur pays d’origine qu’à Hollywood, mais leur talent n’a pas toujours été mis à profit et ils ont souvent été choisis pour leur style européen.

Et récemment, il y a une actrice allemande qui pourrait connaître le même destin : Sandra Hüller. Sa carrière n’est pas jeune, ayant commencé en 2006 avec Requiem de Hans-Christian Schmid, où elle avait remporté l’Ours d’argent au Festival de Berlin. Mais elle est surtout restée en Allemagne et en Europe, ses films les plus reconnus étant Toni Erdmann en 2016 et Sibyl en 2019. Mais c’est la réalisatrice de ce dernier film, Justine Triet, qui lancera sa carrière internationale grâce à Anatomie d’une chute, Palme d’or au Festival de Cannes et cinq nominations aux Oscars, dont une pour Hüller, avec le prix du scénario original gagné. Grâce à ce film, ainsi qu’à The Zone of Interest sorti la même année, l’actrice sera très demandée. Il faut dire qu’en 2026, on la retrouve dans cinq longs-métrages de fiction, notamment Project Hail Mary de Phil Lord et Chris Miller, Fatherland de Paweł Pawlikowski, Digger d’Alejandro González Iñárritu et même un rôle indéterminé dans Avengers: Doomsday. Mais elle a également remporté un autre Ours d’argent à Berlin pour sa performance dans Rose de Markus Schleinzer.
Allemagne, XVIIe siècle. Dans un territoire ravagé par la guerre de Trente Ans, un mystérieux soldat fait irruption dans un village isolé et se présente comme l’héritier d’une ferme abandonnée. Derrière les documents qui légitiment sa revendication se cache pourtant une autre histoire : celle d’une femme qui, depuis des années, vit sous une identité masculine afin de conquérir une liberté que son époque lui refuse.

Le film se base sur de véritables faits divers de femmes qui se déguisaient en hommes en Allemagne pour fuir les restrictions sociales, en particulier le cas d’Anastasius Rosenstengel, de son vrai nom Catharina Linck, exécutée en 1721 pour « débauche avec une autre femme ». Le réalisateur parle ainsi du désir de liberté, de la façon dont certaines personnes doivent se déguiser pour mieux être perçues dans la société, ainsi que des restrictions sociales basées sur le sexe, qui gardent encore des traces de nos jours. Des messages très louables, mais qui peuvent difficilement être transmis aux spectateurs.
Car Rose n’est effectivement pas le film le plus dynamique du monde. Son réalisateur, Markus Schleinzer, est un grand collaborateur de Michael Haneke, notamment en tant que directeur de casting. Il a gardé un style très distant, observant assez froidement les comportements humains que le film dépeint, le tout avec une mise en scène très précise, mettant en avant la société oppressante et rigide de l’Allemagne du XVIIe siècle. C’est un style qui peut autant plaire que déplaire, mais il faut dire qu’il est compliqué d’avoir des sentiments face à ce qui se passe à l’écran quand le réalisateur reste aussi distant. De plus, il semble passer au-dessus d’éléments importants, comme la relation entre Rose et sa femme, qui laisse pressentir une véritable liaison amoureuse à certains moments, sans pour autant y plonger.

Le film a quand même beaucoup de qualités, comme la photographie en noir et blanc qui est sublime ou bien Sandra Hüller, qui vaut le visionnage du film rien que pour elle et son visage maquillé de blessures par balle. Il ne faut pas non plus négliger Caro Braun, excellente dans le rôle de Suzanna, la femme de Rose, et qui est la seconde protagoniste du film.
Mais Rose est le film archétype du film d’auteur européen : en noir et blanc, lent et un peu distant dans ce qu’il raconte. Le film reste très bien, mais il aurait facilement pu sortir de ce carcan.
Rose est présenté au FNC les 10 et 15 octobre 2026.
Bande-annonce
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