
« Do you ever get paranoid you’re not being paranoid enough? »
[Ça t’arrive d’être paranoïaque à l’idée de ne pas être assez parano?]

Bien qu’il soit aujourd’hui reconnu comme l’un des grands cinéastes de son époque, le parcours de Martin McDonagh n’a pas toujours été lié au septième art. En effet, il a commencé dans le théâtre, ayant signé plusieurs pièces à succès, comme la trilogie Leenane (trois pièces se déroulant dans le village de la côte ouest irlandaise du même nom) ou bien la trilogie des Îles Aran. Des pièces mettant souvent en avant un humour noir absurde, mélangé avec des sujets tragiques et une moralité ambigüe. Il a cependant délaissé la scène, n’appréciant plus l’art et jugeant que le théâtre ne convient plus à son style. Donc, comme d’autres dramaturges comme Aaron Sorkin, Florian Zeller ou David Mamet, il s’est lancé dans le cinéma.
Son court-métrage Six Shooter a gagné un Oscar et ses deux premiers longs métrages, In Bruges et Seven Psychopaths, ont connu de jolis succès. Mais il a surtout eu la consécration en 2017 avec Three Billboards Outside Ebbing, Missouri, oscars du meilleur film et du meilleur scénario original. Suivra The Banshees of Inisherin, prix du meilleur scénario et du meilleur acteur pour Colin Farrell à la Mostra 2022. Un prix de l’interprétation également gagné par un de ses acteurs, ici John Malkovich, dans son plus récent film, Wild Horse Nine.
En 1973, à la veille d’un tristement célèbre coup d’État au Chili auquel ils sont partie prenante, deux agents de la CIA se retrouvent en vacances forcées sur l’île de Pâques.

Martin McDonagh se retrouve ici en terrain connu. Il retourne même à ses bases, car le pitch de Wild Horse Nine rappelle fortement celui de In Bruges, où deux assassins doivent se réfugier dans la ville de Bruges après un contrat qui a mal tourné. Les similitudes ne s’arrêtent pas là, avec notamment un superviseur au mauvais caractère, l’ordre que l’un d’entre eux ne revienne pas vivant, une relation avec une autre touriste et un sentiment de fatalité qui plane à travers le film.
Mais Wild Horse Nine n’est pas une simple repompe du premier film de son réalisateur. Non seulement il change de l’ambiance européenne pour les décors tropicaux et isolés de l’Île de Pâques, mais son duo de protagonistes est, cette fois, composé de deux agents de la CIA, dont un mourant à la mémoire fragile et à l’attitude un peu trop détendue pour ses supérieurs. Cela permet à McDonagh de non seulement raconter un propos sur l’ingérence des États-Unis dans les affaires internationales (un sujet encore d’actualité), mais également de jouer avec les codes du thriller paranoïaque, qui était très populaire à l’époque du film.
Le point fort du film est sans aucun doute son scénario. Là encore, le cinéaste se repose sur ses points forts : des dialogues parfaitement écrits, un humour noir et acerbe efficace, des moments de symbolisme parsemé un peu partout, notamment avec des animaux sauvages, ainsi qu’une tonalité tragique, tournant ici autour des pensées d’un homme mourant, à l’esprit qui faillit et qui tente de trouver une fin satisfaisante à une vie dans laquelle il a réalisé de nombreuses choses impardonnables.

Cette écriture d’ailleurs est portée par d’excellentes performances d’acteurs comme Sam Rockwell, Steve Buscemi et même un court, mais mémorable rôle de Tom Waits. Mais malgré tout ce talent, ils ne font pas le poids face à John Malkovich, qui incarne cet agent de CIA en fin de vie qui n’hésite pas à déblatérer des secrets d’État particulièrement sensibles. Une grande performance pour cet acteur légendaire qui n’a pas volé son prix à Venise.
Mais si McDonagh a tout mis dans le scénario et les acteurs, la réalisation en a pris un coup. Elle n’est pas mauvaise du tout, mais disons qu’elle manque de panache et reste plus que fonctionnel, ne servant pas autant le récit que les autres aspects du film. De plus, malgré toutes les qualités scénaristiques, il arrive que certains éléments soient trop mis en avant, gâchant un peu la surprise lors de leurs résolutions.
Mais mis à part ces quelques défauts, Wild Horse Nine reste un très bon film. Peut-être même le plus accessible de son réalisateur, celui qui peut nous introduire à son univers cinématographique particulier.
Wild horses nine est présenté au FNC le 11 octobre 2026.
Bande-annonce
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