Heel - Une

Heel – Celui qui frappe dans la vie

« BAD BOY ! »

Un voyou insouciant et téméraire (Anson Boon) se fait capturer et enfermer dans un sous-sol. Alors qu’il peine à comprendre où il est et ce que ses ravisseurs (Stephen Graham & Andrea Riseborough) veulent, il devra comprendre comment échapper à la souffrance afin de retrouver la paix et sa liberté.

Remettre les pendules à l’heure

Le film Heel, qui fait sa sortie officielle en Amérique du Nord cette année, c’est aussi Good Boy que l’on a pu voir au cours du TIFF (Toronto International Film Festival) en 2025. Il s’agit du long métrage réalisé par Jan Komasa et coécrit par Bartek Bartosik ainsi que Naqqash Khalid. Alors, pourquoi le changement de « bon garçon » à « talon » (oui-oui, comme la partie du pied là), me demanderez-vous ? Tout simplement parce que Magnolia Pictures, qui s’occupe de la distribution, voulait éviter que l’on confonde avec des films du genre « canin » (NDLR : « Heel ! » étant aussi l’ordre « Au pied ! » en anglais).

Heel Remettre les pendules

Évidemment, ça reste quelque peu difficile de se détacher de cette impression « de bon chien-chien » alors que l’affiche montre littéralement Anson Boon dans son rôle de kidnappé avec une laisse autour du cou. Pour ma part, même si le titre, Heel, demeure moins poignant et moins significatif de ce que porte la narration, j’admets qu’il devait être ajusté. Ayant moi-même été piégé par ce quiproquo de nomenclature, je suis tombé, comme sans doute bien d’autres, sur le film de Ben Leonberg, Good Boy, mettant en vedette… un chien. Pas mauvais du tout, mais il serait dommage que l’œuvre réalisée par Monsieur Komasa vous passe sous le museau à cause de ça.

Notre repère

J’ai été profondément touché par Heel, car sous son apparence dure, froide et étouffante, se cache quelque chose de… de beau. Le film nous amène dans des montagnes russes entre le bien et le mal, mais à la place de brouiller les pistes, on nous guide inévitablement à confronter les principes manichéens desquels la modernité se préserve. Qu’est-ce qui est bien, qu’est-ce qui est mal ? Qu’est-ce qui est doux ou violent ? Est-ce que la violence est une chose que l’on fait nécessairement consciemment ou est-ce que le mal est commis sans connaissance de cause ? Toutes ou aucune de ces réponses ? Pour le savoir, vous devrez vous fier à votre propre ressenti en prenant la peine de le visionner sans jugement.

Heel - Notre repère

Le film, Heel, est savamment construit autour de la notion que l’insensibilité est un défaut qui peut être corrigé par l’apprentissage. Bien agir, ce n’est pas une fonction innée de l’être humain ; donc, laissé seul à lui-même et privé de figure bienveillante, comment peut-on espérer faire de l’apprenti un sage ? C’est après tout une quête vieille comme le monde que de chercher à comprendre comment transmettre le meilleur de nous-mêmes sans risquer d’y inclure également le pire. Jan Komasa a su réaliser l’impossible en osant montrer que l’affection, la confiance et l’attachement dépassent largement l’entendement normatif que l’on se fait généralement de ce qui constitue, ou non, une relation saine.

L’enfant prodigue

Bien évidemment, malgré tout le talent derrière la réalisation, ce long métrage ne pourrait revêtir le manteau qu’est l’excellence sans le travail magnifique de la distribution. Anson Boon incarne le personnage de Tommy avec brio et sait nous faire valser avec aisance entre le mépris et la pitié. Stephen Graham, dans le rôle de Chris, nous offre une performance à la fois brutale et méticuleuse, nous faisant facilement nous attacher à lui, alors que le personnage de Kathryn, interprétée par Andrea Riseborough, nous piège dans l’ambivalence, laissant le public insécure comme des enfants qui se protègent du danger en se cachant les yeux.

Heel - Enfant prodigue

Toutefois, même si je sens cette œuvre intrinsèquement dénuée d’envie de nous choquer inutilement, il n’en reste pas moins que certaines scènes peuvent être plus que malaisantes et risquent de vite fermer le spectatorat à la subtilité des réflexions qui devraient en émerger.

Après tout, les films sont un peu comme les enfants : on ne fait jamais ça seul, même si on veut parfois s’en approprier tous les mérites ou, inversement, s’en dissocier quand ils ne sont pas adéquats. On fait avec, beau temps, mauvais temps, en espérant que cela porte ses fruits. On fait de son mieux pour livrer au monde entier la meilleure version de ce que l’on a engendré. On l’habille, le gronde, le console ; on fait des concessions, on met son pied à terre, on le laisse aller par lui-même, on resserre davantage la vis. Finalement, ce n’est peut-être pas seulement ce que nous faisons : la différence réside peut-être dans la notion d’avoir simplement fait quelque chose à la place de rien du tout. À vous, cher lectorat, de le découvrir.

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
Good Boy
Durée
110 minutes
Année
2025
Pays
Pologne / Royaume-Uni
Réalisateur
Jan Komasa
Scénario
Bartek Bartosik et Naqqash Khalid
Note
10 /10

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Fiche technique

Titre original
Good Boy
Durée
110 minutes
Année
2025
Pays
Pologne / Royaume-Uni
Réalisateur
Jan Komasa
Scénario
Bartek Bartosik et Naqqash Khalid
Note
10 /10

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