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TIFF : The Market positionne Toronto comme un carrefour mondial du cinéma, du financement et des transactions de l’industrie

Le marché du film de Toronto s’est révélé très prometteur pour sa première édition, tandis que les premières, les réceptions et l’effervescence de la vie sociale du festival sont demeurées essentielles au développement des relations professionnelles.

La première édition de TIFF : The Market a marqué une étape importante dans l’évolution du Festival international du film de Toronto, en structurant l’importante activité commerciale qui gravite depuis longtemps autour de ses premières mondiales, de ses tapis rouges et de ses rencontres professionnelles.

Producteurs, cinéastes et agents de vente sont arrivés avec des objectifs clairs: obtenir du financement et de la distribution, présenter leurs projets à des partenaires internationaux, élargir leurs réseaux professionnels et repérer de nouvelles possibilités de collaboration.

L’un des points forts du marché a été la création de l’application TIFF-app, conçue pour faciliter les échanges entre les professionnels inscrits. Pour Fabian Uribe, directeur de programme au Whistler Film Festival, l’application a été un outil essentiel pour s’orienter lors de sa première participation au festival. « J’adore l’application TIFF-app. Elle permet facilement d’entrer en contact avec des personnes et de trouver celles qui offrent les services dont vous avez besoin, ou ce que vous recherchez », explique-t-il. L’une des fonctionnalités les plus utiles de l’application était l’accès aux listes téléchargeables de délégués, des attachées de presse et de détenteurs de droits des films de la sélection, ce qui facilitait le repérage des contacts clés, l’organisation de rencontres et la navigation stratégique au sein du marché.

Par contre, l’une des difficultés soulevées par les participants de l’industrie concernait la tenue simultanée de l’Access Canada Summit– qui met en lumière la vitalité de l’industrie canadienne du contenu -, du marché et des activités de la fin de semaine d’ouverture du TIFF. Ce chevauchement a créé un défi de logistique durant les premières journées, particulièrement cruciales. Le fait de décaler Access Canada d’une ou deux journées pourrait rendre l’ensemble de la programmation beaucoup plus facile à gérer, surtout pour les délégués canadiens.

Une première édition prometteuse

Comparativement au Marché du Film de Cannes, à l’European Film Market de Berlin et à l’American Film Market, TIFF: The Market est demeuré relativement intime pour sa première année. Les grandes sociétés de vente n’étaient pas toutes officiellement présentes avec un kiosque sur place, et le nombre d’acheteurs et de vendeurs internationaux était inévitablement plus restreint.

Pour une première édition, toutefois, cela n’avait rien de surprenant et ne constituait pas nécessairement une faiblesse. Le marché bénéficie de sa proximité avec l’un des festivals destinés au grand public les plus influents au monde, où les films peuvent susciter une réaction immédiate des spectateurs, créer un élan critique et attirer l’attention en vue de la saison des prix. Cette combinaison confère à Toronto une identité distincte de celle des marchés presque exclusivement axés sur les ventes internationales et co-productions.

À mesure que TIFF: The Market prendra de l’ampleur, il pourra attirer un éventail plus large d’agents de vente, de distributeurs, de financiers et de décideurs internationaux. Les bases sont déjà en place: le TIFF propose d’importantes premières mondiales, des talents de premier plan, une couverture médiatique influente et une solide réputation internationale. Il faut maintenant bâtir autour de ces atouts une infrastructure commerciale tout aussi robuste. «J’ai eu l’occasion de rencontrer des créateurs et des cinéastes du reste du Canada, ce qui est formidable, parce qu’au Québec, nous avons peu d’occasions de rencontrer des acteurs de cet écosystème canadien. Pour moi, c’est donc très positif », affirme Mylène Augustin, productrice montréalaise présente dans le cadre d’une initiative de la Coalition MÉDIA qui soutient les producteurs francophones racisés.

Le principal défi consiste à trouver un équilibre entre le «mode marché» et le «mode festival». Les participants peuvent commencer leur journée par des rencontres de financement et de distribution, assister ensuite à une conférence professionnelle ou à une première, puis terminer la soirée dans plusieurs réceptions, souvent organisées dans différents secteurs du centre-ville de Toronto.

Ce rythme peut être épuisant. Il constitue aussi un élément central de l’attrait du TIFF.

Quand les affaires deviennent sociales

Une grande partie de la véritable effervescence du festival se manifeste dans le circuit social nocturne de Toronto, une fois la journée du marché terminée.

Les réceptions, les soupers et les soirées qui se prolongent tard dans la nuit offrent un cadre propice à des conversations plus spontanées et moins transactionnelles. Une rencontre fortuite peut mener à une présentation, à une discussion sur le financement, à un nouveau client ou à un partenariat créatif inattendu.

Parmi les moments forts de la vie sociale du festival figurait la soirée HELLO! Hollywood North, organisée par HELLO! Canada et NKPR, qui a réuni acteurs, producteurs, relationnistes de presse et autres personnalités de l’industrie dans une ambiance festive. Nous avons pu y apercevoir deux acteurs de la série à succès de Crave/HBO Heated Rivalry : Kaden Connors et Benjamin Roy.

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Soirée Hello! Hollywood North. | Kaden Connors (acteur), Patricia Chica (cinéaste) et Benjamin Roy (acteur) | © ChicArt

La prestigieuse réception Road to the Golden Globes, courue par les célébrités, constituait une autre invitation très convoitée. Elle a attiré un éventail international d’acteurs A-list, de réalisateurs de la sélection officielle, de dirigeants de studios et de spécialistes de la saison des prix.

La soirée annuelle Young Filmmakers, organisée notamment par John Davidson et Katisha Shaw, offrait quant à elle un contrepoint plus accessible et axé sur la communauté. Reconnue pour son ambiance animée et ses impressionnants sacs-cadeaux, la soirée remet ses profits nets à des organismes de bienfaisance, tout en créant un environnement accueillant où cinéastes émergents, acteurs et professionnels établis peuvent tisser des liens la veille du lancement officiel du TIFF.

La soirée Electric Panda, ouverte aux cinéastes et toujours bondée, a elle aussi démontré l’importance de rencontres inclusives au sein de l’industrie. Sa popularité témoigne de la demande pour des événements permettant aux créateurs indépendants de prendre part à l’écosystème social du TIFF sans avoir besoin d’une invitation exclusive.

En marge du festival, l’It House, présentée par NKPR en collaboration avec People, Shutterstock et Entertainment Weekly, réunit des talents de premier plan et des marques telles que Melanie Lyne, Ellement, LowKal et Sorel. Depuis son lancement en 2006, l’It House est devenue un rendez-vous incontournable du circuit festivalier torontois. Elle offre aux médias, aux artistes et aux personnalités VIP un refuge au centre-ville proposant des activations commanditées, une programmation destinée aux influenceurs, un studio de portraits de célébrités ainsi que ses célèbres chiots rescapés. «La visibilité que l’on obtient pendant les cinq jours du TIFF est probablement supérieure à celle que l’on peut obtenir durant toute une année», affirme Natasha Koifman, présidente de NKPR.

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Suite de cadeaux de l’It House | © Patricia Chica

Ces rassemblements ont confirmé une vérité de l’industrie: les films sont peut-être présentés dans les salles et négociés autour de tables de réunion, mais les relations se bâtissent souvent dans les espaces entre les deux.

Le Queer Pavilion

Pour la première fois, un marché du film comptait un pavillon entièrement consacré à la communauté queer. Fondé par le professionnel de l’industrie Kirk Cooper, il s’est révélé un lieu essentiel pour les contenus LGBTQ+ et les délégués queer. «Le Queer Pavilion est un espace sûr où les contenus queer et leurs créateurs peuvent faire des affaires. Il est important d’avoir un lieu comme celui-ci parce que, pour moi, en tant que personne noire et queer, la représentation compte», explique Cooper.

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Le Queer Pavilion | © Patricia Chica

Un lieu en quête de convivialité

Le Palais des congrès du Toronto métropolitain offrait l’envergure nécessaire à un marché en pleine croissance, mais il s’est révélé moins intime et accueillant que l’ancien carrefour professionnel du Hyatt Regency, sur King Street.

L’aménagement du Hyatt favorisait les rencontres spontanées et son emplacement était pratique, à proximité de nombreux restaurants, hôtels et lieux événementiels de King Street Ouest. En comparaison, les déplacements entre le Palais des congrès, les projections, les rencontres et les réceptions privées exigeaient beaucoup plus de marche et de temps.

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© Patricia Chica

Le MTCC gagnerait à aménager davantage d’espaces verts ainsi que des zones de rencontre informelles et plus confortables, dotées de canapés, de fauteuils bas et de tables accessibles. Les marchés reposent sur les conversations; leur environnement physique devrait donc inciter les délégués à s’asseoir, à rester plus longtemps et à créer des liens de manière naturelle.

Plusieurs commodités ont néanmoins été appréciées. Le comptoir de café Lavazza gratuit a fourni une dose d’énergie essentielle durant les longues journées du marché, tandis qu’une station d’eau de source permettait aux participants de remplir leurs bouteilles. Il s’agissait de petites attentions bien pensées qui rendaient l’expérience quotidienne plus agréable.

La question de la valeur

Le prix de l’accréditation du marché demeure un autre élément à considérer.

Même avec les rabais offerts par des organismes comme l’Association canadienne des producteurs médiatiques (CMPA), la Guilde canadienne des réalisateurs (DGC) et le réseau des alumni du TIFF, le laissez-passer demeurait coûteux compte tenu de l’envergure et de l’offre de cette première édition.

Puisque de nombreuses rencontres peuvent encore avoir lieu dans les halls d’hôtels, les restaurants et les lieux privés situés près du MTCC, l’accréditation doit offrir un niveau suffisamment convaincant d’accès exclusif, de programmation et de valeur commerciale mesurable.

Un prix plus accessible, ou des avantages supplémentaires impossibles à obtenir à l’extérieur du marché officiel, pourrait encourager davantage de cinéastes et de producteurs indépendants à participer aux prochaines éditions.

Bâtir un marché pour l’avenir

L’industrie devrait éviter de juger TIFF: The Market uniquement à partir des défis logistiques et des difficultés de croissance de sa première année.

Le TIFF entreprend un projet d’envergure : créer un important marché canadien capable de réunir une sélection de films soigneusement choisie, de grandes premières, des talents internationaux, de nouvelles technologies par l’entremise de son Innovation Hub, ainsi que de véritables occasions de découverte, de financement, de vente et de collaboration.

Le marché occupe également une position potentiellement stratégique dans le calendrier international, en créant un pont nord-américain entre l’EFM de Berlin et le Marché du Film de Cannes, qui ont lieu plus tôt dans l’année, et l’AFM, organisé plus tard à l’automne.

Pour le Canada, les enjeux dépassent largement le cadre d’une seule édition du festival. Soutenir TIFF: The Market durant ses années de développement et lui transmettre des commentaires précis et constructifs l’aidera à devenir une plateforme plus solide et plus concurrentielle à l’échelle internationale.

Cette première édition a mis en lumière plusieurs aspects à améliorer, notamment la programmation, l’accès des délégués, l’ambiance du lieu et le prix des accréditations. Elle a aussi démontré que Toronto possède déjà les ingrédients essentiels d’un grand marché international: des films influents, des talents de calibre mondial, un public engagé et une culture sociale dynamique où des relations professionnelles significatives peuvent s’épanouir.

Il faut maintenant transformer cette promesse en institution durable.

« On peut affirmer sans trop se tromper que le TIFF est amusant, positif et qu’il permet d’accomplir de grandes choses », ajoute Martin Gooch, réalisateur lauréat d’un BAFTA venu présenter plusieurs projets.


Photos et reportage par Patricia Chica, correspondante internationale et cinéaste.

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