
Nakache et Toledano signent une comédie douce et nostalgique qui dresse le portrait d’une famille de la classe moyenne au milieu des années 1980, à travers l’histoire du jeune Vincent, bientôt âgé de 13 ans.

Installé en banlieue parisienne avec un grand frère distant et des parents en conflit permanent, Vincent traverse l’enfance droit vers l’adolescence, avec son lot de questions, de découvertes et de premiers émois. À travers son regard, le film raconte moins les grands bouleversements d’une époque que les petits changements qui accompagnent le passage à l’âge adulte.
Le charme du film opère rapidement et nous plonge dans un passé révolu. Les décors sont particulièrement soignés, les références nombreuses et l’ambiance si chaleureuse qu’on oublierait presque les tensions sociales qui habitent la France à cette période. Des objets du quotidien aux costumes, chaque détail participe à cette reconstitution des années 80. Cette nostalgie, parfois très appuyée, fonctionne pourtant grâce à une mise en scène aux couleurs chaudes et à une atmosphère familiale qui donnent au film des airs de souvenir d’enfance.

Le contexte politique et social reste cependant une toile de fond, assez fine, au développement des questions identitaires des personnages. Le père (Louis Garrel), ex-cadre au chômage qui tente de cacher la perte de son emploi, voit sa place au sein de la famille et de la société remise en question. La mère (Camille Cottin), secrétaire en pleine ascension sociale grâce à l’arrivée de l’ordinateur, incarne quant à elle une nouvelle dynamique familiale et professionnelle. Vincent (Simon Boublil), « juif arabe » à la veille de sa bar-mitsva, se retrouve au cœur de ces interrogations identitaires. À leurs côtés, le gardien railleur (Pierre Lottin), caricature de l’homme à tout faire viril, représente une forme de masculinité plus traditionnelle.
Ce portrait de famille tient notamment grâce au jeu des acteurs et actrices, qui excellent dans leurs rôles et donnent de la profondeur à des personnages pourtant construits autour de certains clichés. Chacun cherche, à sa manière, sa place dans cette famille et dans cette société. On s’attache ainsi à leurs envies, leurs contradictions et leurs failles, sans que le film ne cherche à les rendre exemplaires.
D’un autre côté, l’accumulation de références et d’intrigues secondaires reste très en surface.

De la doudoune Chevignon à la valise RTL, en passant par le vol du DVD porno ou encore le recel de cassettes, ces quêtes annexes s’accumulent sans toujours être véritablement exploitées. Certaines intrigues semblent alors davantage servir à nourrir la nostalgie qu’à faire avancer le récit. On s’éparpille, on entasse les informations et on ressort parfois avec une impression de trop-plein.
Un film qui reste néanmoins touchant et rassembleur, inspiré de la vie de ses réalisateurs, et qui résonne assez facilement avec nos propres souvenirs d’enfance. Nakache et Toledano capturent avec agilité cet instant d’entre-deux, ce moment fragile où l’on quitte peu à peu l’enfance pour entrer dans l’adolescence. À travers l’amitié, la religion, la famille et le désir, ils dressent finalement le portrait universel d’un jeune garçon qui cherche à comprendre le monde qui l’entoure, tout en essayant de trouver sa propre place. Bande-annonce
Écrit par Justine Mercier.
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