Nitassinan - Une

[FIPA] Nitassinan —  Retour à ce qui a toujours été, amour et territoire

« Nutshimit, c’est partout où les Innus chassent. Où ont-ils des droits? C’est pour ça qu’ils l’ont appelé Nutshimit, Quand il a fallu se battre, Nutshimit est devenu Nitassinan. Les aînés et les chefs ont dû réfléchir au mot juste. Le mot Nutshimit remonte à des temps immémoriaux. »

NITASSINAN - Affiche

Nitassinan est un long-métrage documentaire qui se veut le témoignage du peuple innu, et l’affirmation de notre Histoire, passée, présente et future. Le film atteste de notre vitalité, de notre résilience et de ce lien immuable qui nous unit à la Terre. Car le Nitassinan n’est pas seulement le lieu d’où nous venons : il est une part vivante de nous-mêmes. Il a nourri notre langue, inspiré notre pensée, guidé nos pas. Ce film est un message d’amour à notre Territoire, qui nous a vus naître et qui nous accompagne encore aujourd’hui, jusque dans nos rêves.

Le documentaire réalisé par Joséphine Bacon et Kim O’Bomsawin donne à voir l’immensité : celle du territoire, celle d’une nation et de son histoire millénaire. Aux témoignages des Aîné·es se superposent les voix poétiques des grandes de la littérature innue : Joséphine Bacon, Carole Labarre, Rita Mestokosho et Marie-Andrée Gill.

Un retour à ce qui a toujours été

Le documentaire Nitassinan s’ouvre sur des plans grandioses de bleu. On y voit la mer, les vagues, les glaces. Le film de Joséphine Bacon a été rêvé par Réginald Vollant et les premières minutes rendent hommage à l’homme qui a convaincu Joséphine de porter son histoire à l’écran dès Je m’appelle humain (2020). Nitassinan porte à l’écran la beauté du territoire, celui de plus en plus connu aujourd’hui grâce à la littérature innue, mais dans un mouvement de contemplation. On nous propose d’observer, de prendre le temps, de s’émerveiller, tout simplement. Pour toutes les personnes qui ont eu la chance de fouler la Côte-Nord et, plus précisément, le Nutshimit, c’est retourner en terrain familier. L’envie de traverser le Québec pour se rendre au Nord est plus forte que jamais. Quant aux personnes qui découvrent ce territoire, elles ne peuvent que l’admirer et souhaiter aller à sa rencontre.

Nitassinan - Un retour à ce qui a toujours été

Pour Joséphine, la poésie est une manière de rendre compte d’une histoire millénaire, la sienne et celle de sa nation : « Nous sommes un peuple de tradition orale. Aujourd’hui, nous connaissons l’écriture. La poésie nous permet de faire revivre la langue du Nutshimit, notre terre. Et à travers les mots, le son du tambour continue de résonner. » Le documentaire sert justement cet objectif : c’est une lettre d’amour multiforme. Retourner en Nutshimit, c’est retourner là où les gens ont grandi.

Les paysages du Nutshimit s’accompagnent des poèmes de Joséphine Bacon, de Rita Mestokosho, de Carole Labarre et de Marie-Andrée Gill. Les mots complètent les images et les sons, dans une invitation à s’arrêter et à écouter. C’est à notre tour de nous faire bercer et de ralentir.

Les Aîné·es n’oublient pas

Comme un clin d’œil aux entrevues autrefois menées avec des Aîné·es alors qu’elle consignait leurs récits pour des anthropologues, elle revient à eux pour qu’ils et elles racontent, encore une fois. Dans Les vertèbres de Joséphine, son dernier ouvrage rédigé en collaboration avec sa grande amie Laure Morali, l’autrice revient sur la place qu’ont occupée les Aîné·es et leurs récits dans sa vie : « C’est par leurs récits que j’ai fréquenté Nutshimit. Ils m’ont donné la chance de récupérer ma culture année après année. Ils ont été mon école. Les Innus de Nutshimit ont déposé les vertèbres de la connaissance dans mon dos. » C’est ainsi que Cécile Bacon — partie depuis le tournage — parle avec tristesse de l’arrivée des barrages hydroélectriques, ce qui a complètement transformé le territoire « [d]epuis qu’ils ont barré la rivière ».

Nitassinan - Les ainés

Les Aîné·es relatent des légendes, celles qui ont été racontées dans les campements, le soir, pour transmettre des atanukana, ces moments importants du monde qui expliquent les origines aux enfants. Ils et elles reviennent aussi sur les moments plus difficiles : ishkuteutapan, le train — celui qui fend le territoire et qui le vide —, les premières maisons à Sheshatshit, les vols d’entraînement militaire de l’OTAN… Leurs regards francs ne peuvent que renvoyer à tout leur courage. Marie-Andrée Gill renvoie aussi à la sagesse des Aîné·es lorsqu’elle rappelle qu’il faut faire avec ce qu’on a sur le moment, soulignant ainsi tous les combats passés et ceux à venir. 

De Nutshimit à Nitassinan, défendre à tout prix

Les images captées au Site traditionnel innu Kanapeut mettent en lumière tout le travail accompli par les frères Kanapé (Éric et Michel — que je salue affectueusement, d’ailleurs!) et par Michèle Crépeau, conjointe de Michel Kanapé. En compagnie de Joséphine Bacon — qui rayonne plus que jamais —, des jeunes en apprennent sur leurs traditions et parlent leur langue : l’innu-aimun. Aller en territoire est une manière d’en apprendre sur soi, ce que découvre cette jeunesse innue. 

De Nutshimit à Nitassinan

Le documentaire permet de mieux comprendre le passage du Nutshimit au Nitassinan. Ce concept politique, créé afin de négocier avec le gouvernement fédéral notamment, répond à un imaginaire colonial d’occupation : « Ils [les membres du gouvernement et leurs collègues] s’imaginent que c’est l’endroit idéal et qu’il n’y a personne. » Cette prétention à la possession territoriale demeure un mécanisme colonial qui n’est pas sans rappeler la doctrine de la Terra nullius, cette doctrine de la découverte qui a justifié la dépossession des terres des Premiers Peuples dès l’arrivée des colonisateurs européens. La lutte des Innus pour la défense de leur territoire s’inscrit dans leur relation à celui-ci. Bien que le terme Nitassinan soit au possessif, il répond à un besoin de protection de ce qu’ils ont de plus précieux. Le Nutshimit, c’est l’avenir qui sera légué aux enfants, les porteurs du meilleur.

Un magnifique long-métrage documentaire qui nous plonge dans les images et les sons du territoire. En fermant les yeux, on entend les souffles, les murmures et les rires, parce qu’après tout, « ce que la colonisation n’a pas réussi à éteindre, c’est le rire ».

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
Nitassinan
Durée
78 minutes
Année
2026
Pays
Québec (Canada)
Réalisateur
Joséphine Bacon et Kim O’bomsawin
Scénario
Joséphine Bacon, Carlos Ferrand et Émilie Porry
Note
10 /10

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Fiche technique

Titre original
Nitassinan
Durée
78 minutes
Année
2026
Pays
Québec (Canada)
Réalisateur
Joséphine Bacon et Kim O’bomsawin
Scénario
Joséphine Bacon, Carlos Ferrand et Émilie Porry
Note
10 /10

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