
« C’est un chien entraîné pour attaquer les yakuza. »

À la suite d’un incident choquant dont ont été témoins son patron et ses hommes, le yakuza Ozaki (Sho Aikawa) est devenu un fardeau. Son propre subalterne, Minami, se voit assigner la tâche de mener Ozaki, qui a perdu la tête et qui ne se doute de rien, jusqu’à un dépotoir à Nagoya, où on « s’occupera » de lui. Le problème est rendu simultanément plus simple et plus complexe lorsque Ozaki meurt soudainement en route. Alors qu’il cherche un téléphone pour en informer ses supérieurs, Minami découvre que le corps de Ozaki a disparu du siège arrière de la voiture. La recherche du cadavre de son patron devient une odyssée profondément troublante.
Avec Gozu, Takashi Miike signait une œuvre marquante qui allait traverser le temps sans pâlir.
Gozu s’impose comme une œuvre marquante par sa capacité unique à subvertir les codes du film de yakuza traditionnel. Takashi Miike prend le spectateur à contre-pied en amorçant son récit dans un registre criminel balisé, avant de le faire basculer, avec une audace inouïe, dans un cauchemar éveillé et une pure logique onirique. En évacuant tout réalisme au profit d’une errance surréaliste où la mort elle-même perd ses repères, le cinéaste japonais redéfinit les frontières du cinéma de genre, prouvant qu’un long-métrage peut s’affranchir totalement de la narration conventionnelle pour embrasser le chaos créatif.

Au-delà de sa structure narrative éclatée, le film marque les esprits par sa gestion magistrale du malaise et de l’absurde, s’apparentant à une exploration freudienne sous influence. Miike compose une galerie de personnages grotesques et dérangeants — culminant avec cette figure énigmatique à tête de taureau — et orchestre des scènes d’une étrangeté absolue qui défient l’entendement. Cette totale liberté de ton, où le grotesque côtoie la poésie la plus dérangeante, érige le long-métrage en objet filmique non identifié inoubliable, qui continue d’influencer le cinéma de genre contemporain en poussant l’expérimentation visuelle et thématique dans ses retranchements ultimes.
Ici, Miike utilise les yakuza pour se plonger dans son inconscient avec des arrêts dans plusieurs de ses obsessions. Entre gangsters caricaturés, anomalies psychosexuelles, incongruités inquiétantes et grotesqueries nonchalantes, Gozu se déroule dans des décors crasseux qui laissent imaginer qu’une apocalypse est survenue dans l’indifférence générale. Porté par une succession de figures interlopes et de péripéties aberrantes, le film de Takashi Miike s’impose comme un véritable rêve fiévreux, irréductible à toute interprétation rationnelle.
Le côté caricatural permet de rendre ces yakuza sympathiques, et donc, de s’y attacher. D’ailleurs, on oublie presque ce qu’ils sont, pour les voir simplement comme des bandits qui n’arrivent pas à s’imposer et qui finissent par se perdre dans un monde trop complexe pour eux. Le personnage principal est parfait dans ce rôle d’antihéros.
Une œuvre à revoir encore et encore.
Gozu est présenté au festival Fantasia le 2 août 2026.
Bande-annonce
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