Masterclass de Don Hertzfeldt - Une

[Fantasia] Compte-rendu : La Masterclass de Don Hertzfeldt

Figure incontournable du cinéma d’animation indépendant, Don Hertzfeldt possède une relation de longue date avec le festival de Sundance, où neuf de ses courts-métrages ont été présentés en compétition. Il est à ce jour le seul réalisateur à y avoir remporté à deux reprises le Grand Prix du jury dans la catégorie du court-métrage.

À Montréal, le public de Fantasia a régulièrement pu découvrir ses œuvres lors de premières canadiennes programmées par DJ XL5 dans le cadre du Cabaret des curiosités. Sa présence physique dans la métropole québécoise pour cette édition représentait un moment marquant, puisqu’il s’agissait de sa première visite en près de vingt ans.

Don Hertzfeldt
Don Hertzfeldt

À l’occasion de ses 30 ans, le festival a choisi de mettre en lumière ce cinéaste au style épuré, dont le travail reste encore relativement méconnu du grand public.

Animée par Marc Lamothe, la rencontre d’une heure et demie a permis de découvrir un créateur accessible et doté d’un humour pince-sans-rire. Don Hertzfeldt est revenu en détail sur son parcours et ses influences d’enfance. Il a notamment expliqué que l’univers de Charlie Brown et des Peanuts avait été l’une de ses toutes premières sources d’inspiration. En observant de près le travail de Charlie Brown, il en étudiait la composition visuelle et s’est rendu compte que cette apparente simplicité graphique cachait une grande maîtrise narrative. Ce minimalisme, où un simple trait suffit à transmettre une émotion ou à capturer l’esprit d’une époque, est devenu la base de sa propre signature artistique.

La question de la bande sonore a également occupé une place importante dans la discussion, en particulier son recours récurrent à la musique classique. Le cinéaste a expliqué ce choix par son éducation familiale : son père n’écoutait que ce genre musical à la maison, tandis que sa mère préférait Frank Sinatra. De son côté, adolescent, Don Hertzfeldt s’est plutôt tourné vers le rock alternatif de groupes comme Nirvana, Depeche Mode ou Radiohead. Si la musique classique s’est imposée dans ses films, c’est en partie sous l’influence du cinéma de Stanley Kubrick, mais aussi pour des raisons économiques très concrètes : les droits d’utilisation de ces œuvres sont libres d’accès ou peu coûteux, les compositeurs étant morts depuis longtemps.

Ce pragmatisme illustre bien sa philosophie de travail. Don Hertzfeldt est un ardent défenseur de l’indépendance. À ses débuts, faute de financements extérieurs et face au refus des structures traditionnelles de soutenir ses projets atypiques, il a dû apprendre à tout faire lui-même. Cette contrainte financière est devenue une habitude, puis une force de création. Cette autonomie totale lui permet aujourd’hui de conserver un contrôle artistique absolu sur ses projets et de rester l’unique propriétaire de l’ensemble de son catalogue.

L’entretien a également permis de retracer l’évolution de son œuvre. Marc Lamothe et le cinéaste ont ainsi évoqué ses travaux étudiants, des films courts caractérisés par un humour noir et absurde comme Ah, L’Amour, Genre, Lily and Jim ou encore Billy’s Balloon. Ils ont ensuite abordé ses œuvres de transition, à l’image du film The Meaning of Life, qui marquait déjà un virage vers des thématiques plus existentielles et philosophiques.

Masterclass de Don Hertzfeldt

Don Hertzfeldt a aussi partagé une anecdote concernant la présence régulière de la langue suédoise dans ses réalisations. Sa mère étant d’origine suédoise, son frère et lui trouvaient amusant, lorsqu’ils étaient enfants, de se faire réprimander dans une langue dont ils ne comprenaient pas les mots. Il a transposé cette musicalité un peu dans ses films et surtout trouvant que l’usage de sous-titres permettait parfois d’accentuer le tempo d’une blague et de la rendre plus efficace à l’écrit qu’à l’oral.

La rencontre s’est conclue par une projection de 90 minutes sélectionnée par le cinéaste. Le programme intégrait son dernier court-métrage, Paper Trail. Ce film de 14 minutes, qui retrace la vie d’un homme à travers les morceaux de papier qu’il laisse derrière lui, vient tout juste d’obtenir le Cristal du court-métrage au Festival d’Annecy 2026 (il y a quelques mois), confirmant la pertinence de sa démarche artistique après trente ans de carrière.

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