
« Les gens ne m’aiment que pour ça. »

Dans un internat sportif, Camille, un jeune boxeur virtuose, est sauvé in extremis d’un accident mortel par son meilleur ami Matteo. Alors que les médecins le pensent guéri, une douleur inexpliquée l’envahit peu à peu, jusqu’à remettre en question ses rêves de grandeur.
La Danse des renards est le premier long-métrage de Valery Carnoy, à la suite de deux films courts remarqués et primés au sein de nombreux festivals. Œuvre dramatique, réaliste et subtile, elle dévoile avec finesse une masculinité adolescente fragilisée à la suite d’un accident qui aurait pu être fatal pour le jeune héros. Ce dernier est interprété avec brio par Samuel Kircher, frère de Paul Kircher (que nous avons pu remarquer dernièrement dans Météors de Hubert Charuel et Claude Le Pape).
Camille est un jeune boxeur dont le quotidien est rythmé par un emploi du temps très chargé en section sport-études. Les séances d’entraînement sont dirigées par Bogdan, un coach exigeant, mais attentif, interprété par Jean-Baptiste Durand (réalisateur de Chien de la casse en 2023). Prometteur, le jeune homme prend des risques lors d’une sortie dans les bois en compagnie de son ami Matteo (Faycal Anaflous), ce dernier étant à l’origine de sa pratique sportive entamée quelques années auparavant.

Les renards du titre seront le déclencheur de cette mise en danger avant l’accident de Camille; alors que les deux adolescents, après avoir volé de la viande crue à la cantine pour les attirer, partent à leur recherche. Ces animaux sont également porteurs d’une certaine symbolique; celle de la fin d’un cycle, d’une amitié. Les deux inséparables vont en effet subir les conséquences d’une certaine violence groupale, propre à l’esprit de clan de leur section sportive; alors que les renards sont menacés par les chasseurs.
Le cinéaste filme les corps en mouvement des adolescents, que ce soit sur le ring ou dans les vestiaires, à la suite de combats. Ils sont jeunes, mais déjà malmenés par les coups, les défis sportifs, les choix à faire pour leur avenir.
L’accident de Camille aurait pu lui être fatal, ou du moins entraîner l’arrêt de toute compétition sportive. Or, il n’en est rien. Rien, vraiment? Qu’en est-il des conséquences psychologiques, suite au traumatisme vécu?
A la suite d’une période de rémission, le jeune homme est, cependant, aux dires du personnel médical, prêt à reprendre les entraînements de façon intensive. Ceci, malgré de nombreux points de suture sur un de ses bras et une certaine baisse de motivation. Prêt, semblerait-il, à reprendre sa pratique, s’il n’y avait cette douleur, physiquement absente, mais psychologiquement présente. Cette douleur invisible au regard des médecins met en relief la distance que le jeune homme commence à ressentir envers la boxe.

Assez mélancolique, il devient progressivement absent, détaché de sa pratique; et cette absence se ressent dans le groupe, dont la dureté envers son comportement est égale au niveau attendu par le sport de haut niveau.
D’un corps en mouvement vers un corps malmené, survient ensuite l’absence. Mais une absence relative, puisque Camille se rapproche de deux figures bienveillantes : Bogdan, le coach sportif, et Yasmine (Anna Heckel). Cette dernière est une adolescente qui pratique le taekwondo dans une autre classe, et se lie d’amitié avec Camille, alors qu’il se distancie de Matteo.
Nous pourrions analyser le changement de comportement de l’adolescent, son ostracisation ainsi que sa distanciation envers son groupe d’amis comme une évolution d’une « masculinité hégémonique » vers une « masculinité marginalisée », pour reprendre les concepts de la sociologue australienne Raewyn Connell dans son ouvrage Masculinities, paru en 1995. En effet, d’une masculinité en accord avec les codes sociaux du groupe (brutalité, compétition, machisme), il développe progressivement une nouvelle attitude qui entraîne une certaine exclusion, du fait de ses douleurs et de son refus de terminer certains combats qu’il considère comme brutaux, voire dangereux.
« Toujours plus loin, toujours plus haut », mais à quel prix? L’accident de Camille semble avoir agi comme un révélateur de conscience. Si l’adolescent devient taciturne, c’est qu’il semble rejeter ce qui était le pilier de son existence jusque-là. Mais va-t-il pour autant réussir à changer de cap et trouver sa voie? Ce premier long-métrage témoigne d’une grande maîtrise scénaristique, ainsi que d’un regard lucide sur la jeunesse d’aujourd’hui, en proie à des sollicitations constantes et à des attentes parfois démesurées.
Bande-annonce
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