
« Evil begets evil. »
[Le mal engendre le mal.]

La famille de Johanna (Anna Ferguson) est brisée. Sa fille Harriet (Sheila McCarthy) est complètement dépendante d’elle et semble avoir davantage de comportements d’un enfant que d’une femme d’âge mûr. Ses petits-enfants, William (Mark O’Brien), Therese (Carolina Bartczak), Martin (Alex Ozerov-Meyer) et Annika (Georgina Reilly) n’ont plus aucun contact avec Harriet depuis plusieurs années. Ils en veulent à leur mère de n’avoir pas su les protéger contre leur père abusif tandis qu’elle regardait sans rien faire.
Pourtant, lorsque Johanna meurt subitement, les quatre frères et sœurs doivent se réunir au chevet d’Harriet, qui a subi un choc à la vue de sa mère décédée. Aucun membre de la fratrie ne semble enjoué par cette réunion et chacun espère régler les funérailles de leur grand-mère et le cas de leur mère, afin de quitter la maison de leur enfance.
Cependant, Harriet commence à montrer des comportements étranges et Annika, religieuse dans un couvent, commence à se douter qu’un mal plus sinistre pourrait être la cause de tout ce qui se passe.
Mark O’Brien, en plus d’assurer le rôle de l’aîné/chef de la fratrie, est également le réalisateur et le scénariste du film. Il continue d’aborder un sujet qui lui semble cher : la religion, puisque son premier long-métrage, The Righteous, mettait en scène un ancien prêtre qui semblait avoir perdu la foi suite au décès de sa fille.

Pour The Voices of our Mother, O’Brien tire son inspiration du gothique, qu’on remarque immédiatement avec le style de son générique d’introduction. L’imagerie est très inspirée, nous offrant des lieux typiques de l’esthétique gothique, comme une église de pierre surmontée d’une gargouille ou la maison d’enfance de la fratrie qui ressemble davantage à un château.
Malgré un budget limité, qui se voit surtout dans les incrustations d’effets spéciaux qui ne sont pas très crédibles, O’Brien parvient quand même à donner une belle personnalité à son film et à le rendre visuellement plaisant.
Malheureusement…
Le message du film m’enrage.
O’Brien décide d’aborder un enjeu complexe, soit la violence familiale, et prend probablement la pire position qu’on peut avoir sur le sujet. Car, la quête d’Annika, personnage de la fratrie sur lequel on se concentre davantage, sera d’apprendre à trouver un amour sincère pour Harriet, sa mère. Cette même mère qui regardait ses enfants se faire battre par leur père, sans jamais les protéger.

Et l’histoire ne nous montre pas qu’Harriet est repentante ou qu’elle cherche à réparer ses torts. Rien ne nous indique qu’elle tente de demander pardon à ses enfants ou de prendre des actions pour rétablir des liens sains avec ses enfants.
Mais cela n’empêche pas l’intrigue de nous répéter en boucle que le mal engendre le mal et que seul l’amour peut supprimer le mal. C’est d’ailleurs ce qui ronge Annika de culpabilité, car elle a l’impression que c’est de sa faute si sa mère commence à afficher des comportements semblables à ceux d’une possession. Car elle n’arrive pas à trouver un amour sincère pour sa mère. Sa mère qui ne semble jamais avoir été une mère pour elle et qui a laissé son père la battre sans intervenir…
Je comprends que le pardon est un fondement du catholicisme, mais rendu là, c’est un peu dégueulasse de dire à une victime que si quelqu’un est abusif envers soi, il faut l’aimer sincèrement et que si elle redevient mauvaise, c’est parce qu’on ne l’a pas aimé assez fort.
Un prêtre (joué par Shawn Doyle) ira même jusqu’à tenter d’absoudre le père abusif de la fratrie, en expliquant à Annika qu’il était un modèle pour lui, un homme bon et que ce n’était pas de sa faute s’il est devenu ce qu’il est devenu.
Et si on reste au premier degré de l’histoire du film, oui, cette remarque peut avoir un certain sens. Car on apprend qu’Harriet est Satan que Dieu a transformé en bébé après que Johanna ait suffisamment prié (WTF). Mais pour qu’Harriet reste humaine, Johanna doit réciter une prière d’amour chaque jour pour supprimer le mal en elle et il est mentionné que dès que Johanna s’éloigne de sa fille, Harriet semble influencer négativement les gens autour d’elle. Comme si elle avait des résidus d’énergies démoniaques ou je ne sais quoi. Mais qu’on fasse une lecture au premier degré, où la mère est littéralement Satan, ou une lecture au deuxième degré, où il n’y a rien de surnaturel et que c’est une métaphore pour le cycle de violence familiale, le message reste qu’il faut aimer le mal d’un amour sincère, pour pouvoir le changer.
Même si la technique et la réalisation du film sont bien, Mark O’Brien manque son coup au niveau du message de son histoire. Une histoire qui nous dit que c’est à la victime de faire le travail et non à l’abuseur de faire le travail pour changer.
Et c’est un message qui m’horripile.
Bande-annonce
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