
« Sharrrrrrk! »
[Requiiiiin!]

En 1975 est sorti Jaws, l’adaptation du roman éponyme de Peter Benchley dans lequel un grand requin blanc menace une petite ville balnéaire des États-Unis. Malgré son tournage compliqué, surtout causé par un requin mécanique défectueux, le film a été un succès complet et est devenu aujourd’hui le septième film le plus rentable (en ajustant l’inflation) de l’histoire du cinéma. Non seulement il a créé ce qui deviendra le blockbuster moderne en plus de lancer la carrière de son jeune réalisateur, Steven Spielberg, mais il a également fait naître chez certains spectateurs une crainte des requins en proliférant le mythe que ces créatures marines sont des grands mangeurs d’hommes, alors que leurs attaques sont assez rares.
Cela n’a pas empêché des producteurs d’exploiter ce mythe pour produire d’autres films sur des requins tueurs. Il y a eu notamment trois suites à Jaws ; la franchise Sharknado ; des films de survie comme Open Water(Chris Kentis, 2003) et The Shallows (Jaume Collet-Serra, 2016) ; des tentatives en France avec Sous la Seine (Xavier Gens, 2024) ; des histoires plus farfelues comme The Meg (Jon Turteltaub, 2018), où Jason Statham fait face à un gigantesque requin préhistorique, ou bien Deep Blue Sea(Renny Harlin, 1999), où des requins surdoués attaquent les membres d’un centre de recherche sous-marin (dont la scène la plus connue est celle où Samuel L. Jackson se fait croquer par un requin en plein monologue). 27 ans plus tard, le réalisateur de ce dernier, Renny Harlin (Die Hard 2, Cliffhanger, L’île aux pirates, The Strangers), retourne chez les requins avec Deep Water.
Cette fois-ci, pas de requins dont l’intelligence a été augmentée par des scientifiques :un avion se voit obligé d’atterrir en urgence dans le Pacifique après un incident et un groupe de requins voit chez les survivants un potentiel repas. Les rescapés, dont le premier officier (Aaron Eckhart), devront collaborer pour survivre.
Deep Water est un projet qui date depuis longtemps, plus précisément,depuis plus de dix ans. Il a été mis de côté en 2014 à cause de la disparition du Malaysia Airlines Flight 370 la même année. Il fut cependant sauvé par Gene Simmons, le bassiste de Kiss, nouveau co-fondateur en partenariat avec le producteur Gary Hamilton de la société Simmons/Hamilton Productions. Deep Water est le premier film de la compagnie qui s’est jointe aux nombreux contributeurs au film. De plus, avec un réalisateur vétéran comme Renny Harlin, le film avait du potentiel. Cependant, on a plutôt eu le droit à une déception.

Deep Water est une sorte de mélange entre un film de survie et un film catastrophe du type La Tour infernale(John Guillermin, 1974) ou L’aventure du Poséidon (Ronald Neame, 1972).Un groupe de survivants d’une catastrophe tente d’échapper à leur malheur, et le tout est accompagné de tous ses clichés habituels : le capitaine qui prend en charge la survie du groupe, l’homme d’affaires égoïste, les enfants abandonnés de leurs parents, le couple séparé qui cherche à se réunir ou bien la personne aînée empathique. Ce mélange peut apporter des choses intéressantes, mais comme tout le reste du film, il est très mal dosé.
Dans ce type de film, un aspect important est les personnages.Comment chacun peut-il servir à la situation ?Comment peut-on s’attacher à eux ? Et qu’ajoutent-ils à la cohésion du groupe ? Ici, non seulement la grande majorité des personnages sont parfaitement oubliables (dont certains sont sans nom ou tout simplement délaissés à la fin du film), mais ils sont également inutiles. Seul le protagoniste semble actif, les passagers restants sont complètement passifs, et ceux qui ont de quoi à mettre sur la table se font rapidement dévorer. À cause de cela, les moments « émotionnels » quand quelqu’un meurt deviennent superflus, et ce malgré la musique triste qui tente en vain de faire ressentir de quoi au spectateur.
Une de ces musiques tristes apparaît notamment durant la scène de l’écrasement de l’avion, supprimant ainsi toute sensation de panique que ce genre de séquence est censé amener. Ce qui nous mène vers un autre défaut flagrant du film : sa mise en scène extrêmement maladroite. Renny Harlin n’est pas un grand réalisateur, mais il a su réaliser de bons divertissements.

Avec Deep Water, il ne savait tout simplement pas ce qu’il faisait.Entre la séquence mentionnée plus tôt, le cruel manque d’enjeu, une absence totale de créativité pour créer de la tension, la géographie des lieux qui ne fait pas grand sens, ainsi qu’un découpage tout aussi confus ; à l’inverse de Jaws, c’est un échec complet. Même les requins semblent arriver comme un cheveu dans la soupe. Et cerise sur le gâteau, le rythme du film est lui aussi déséquilibré et le résultat est plus ennuyeux que divertissant. On peut quand même noter une petite audace de la part du réalisateur de faire mourir les personnages dont on pensait qu’ils allaient survivre (Renny Harlin fait d’ailleurs ce qu’il avait fait avec Samuel L. Jackson dans Deep Blue Sea, cette fois avec Sir Ben Kingsley).
Dans ce vaste océan de films de divertissement qui sortent chaque semaine sur nos écrans, Deep Water risque de couler profondément et de rester dans les profondeurs de l’oubli.
Bande-annonce
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