
Asiate en court était de retour pour une troisième édition en fermeture de rideau pour Accès Asie 2026. Une fois de plus, l’équipe avait sélectionné de bons films et invité quelques réalisateurs à une discussion après les projections.
J’ai assisté à la séance 2, samedi soir. J’y a vu 6 courts métrages, dont 3 qui ressortent particulièrement. Je prends tout de même le temps de commenter chacun des 6 films.

Tara, une femme palestinienne queer d’une vingtaine d’années, tente de réprimer ses émotions lors d’un appel téléphonique avec sa meilleure amie Sarab, dont elle est amoureuse.
Avec I never promised you a jasmine garden, Teyama Alkamli propose un film simple, mais solide. La mise en scène sobre rend le film très réaliste et touchant.
On pourrait trouver que l’image est clichée. Quoi de plus cliché dans l’univers queer que la fille qui tombe amoureuse de sa meilleure amie, amie qui n’est pas attirée par les filles? Mais malgré ça, le film reste vraiment bien fait, et le public peut s’y retrouver. L’actrice principale est excellente et parvient à transmettre l’émotion.
J’ai bien aimé, aussi, l’idée que le film en entier se déroule lors d’une conversation au téléphone, sans jamais qu’on ne voit la deuxième personne. Garder le spectateur attentif pendant 20 minutes sans jamais montrer les autres personnages, c’est un bel exploit.

Une mère immigrée dévouée part livrer un gâteau pour l’anniversaire de son fils, mais au fil de la journée, elle est contrainte de faire face à la réalité de la situation de son fils.
Avec Year of the dragon, Giran Findlay-Liu offre un film touchant et montre comment la réalité peut parfois échapper à l’œil qui voit le tout de l’extérieur.
En misant sur une mise en scène sobre et lente, le réalisateur développe brillamment son personnage et laisse le temps au spectateur d’apprendre à comprendre la réalité de cette mère. En mélangeant drame et surprises, ce film crée un grand sentiment d’impuissance chez le spectateur. Une œuvre solide, malgré qu’elle aurait pu être un peu plus longue, et un réalisateur à suivre.

On estime qu’un enfant canadien sur 50 âgé de moins de 17 ans a reçu un diagnostic de TSA (trouble du spectre autistique), un trouble qui affecte la communication et les relations avec les autres.
Le court-métrage de danse Weirdo Schmeirdo, réalisé par Marites Carino et chorégraphié et interprété par Emmanuelle Lê Phan, s’inspire de la neurodiversité. Dans cet univers créatif, les comportements nerveux déclenchés par l’anxiété sociale se métamorphosent en une chorégraphie inattendue, et la différence est applaudie plutôt que raillée.
Ce film part d’une intention noble. Malheureusement, le fil conducteur n’est pas clair, et plutôt que de comprendre la réalité du personnage, on trouve ce personnage gossant. La chorégraphie ne fait pas, non plus, ressortir la thématique. L’idée d’utiliser le chandail aux manches ultras longues est intéressante. D’ailleurs, la transition entre le chewing-gum et le chandail fonctionne bien. Malheureusement, les mouvements n’apportent pas un grand intérêt. On se serait attendu à plus avec l’utilisation de cet outil élastique qui offre des possibilités différentes en danse.

Glissant dans le silence hivernal de la Colombie-Britannique, Cami roule seule, aux prises avec la santé déclinante de sa mère et l’ombre plombante d’un père absent. Son voyage est lent, contemplatif, ponctué de motels au bord de la route, de signaux radio à peine captés et de voix enregistrées sur de vieux magnétophones.
Tourné en partie avec des caméras thermiques, le film s’attarde sur les textures et l’atmosphère, utilisant des outils expérimentaux pour explorer le deuil, la distance et la douleur silencieuse du lien. Au cœur de tout cela : une tour de transmission isolée, qui bourdonne doucement dans le froid.
En mélangeant le film narratif classique et les insertions expérimentales, la réalisatrice offre une œuvre différente qui questionne le deuil, l’éloignement, et la compréhension que ressentent les êtres éplorés.

Respirez profondément. En expirant, imaginez qu’en trois ans environ, partout où vous êtes allé sur la planète, vous avez trouvé les molécules qui sont à l’intérieur de vous en ce moment.
À travers l’animation image par image, Becoming Air explore la circulation des molécules dans le temps et l’espace. En expirant, les corps libèrent des particules qui, dans quelques années, se retrouveront partout sur la planète. L’oxygène que nous respirons aujourd’hui, issu des arbres et des océans, nourrit notre corps et nous relie à un cycle plus vaste.
Alisi Telengut poursuit son exploration de la nature et des minéraux avec ce nouveau film qui utilise non seulement l’animation image par image, mais aussi les projections sur corps. Le résultat est un film un peu dense qui heureusement ne dure que 6 minutes. Le duo a su réduire la longueur afin de conserver l’attention du spectateur dans cette œuvre lente et conceptuelle.

Après avoir immigré au Canada, Ming devient père au foyer tandis que Fei, sa femme ambitieuse, poursuit son rêve de devenir copilote en Chine. Luttant contre le stigmate social lié à son statut d’homme sans emploi et contre un sentiment croissant d’inadéquation au sein de sa famille, Ming aperçoit un jour un flamant rose égaré nommé José. Il décide alors de secourir l’oiseau afin de donner un sens à sa vie.
Avec L’oiseau immobile, Athena Han offre une œuvre d’une grande beauté sur les relations familiales au sein d’une famille d’immigrants élevant leurs enfants nés dans ce nouveau pays, et vivant dans une situation non traditionnelle.
Il y a actuellement une certaine importance à montrer des réalités d’immigrants de première et deuxième générations au Canada. Depuis la pandémie de Covid-19, l’intolérance s’est installée et il y a de plus en plus de préjugés qui reviennent. Lorsqu’une personne qui est née ici, d’une famille qui vit au pays depuis de multiples générations, il est très difficile de réellement comprendre ce que c’est que de s’exiler pour changer de vie.
Un film comme L’oiseau immobile montre une réalité sans donner une impression de donner une leçon ou de vouloir passer un message. Son histoire implantée dans le réalisme social touche et fait réfléchir tout en offrant un visionnement qui reste assez léger pour être apprécié par n’importe qui.
Les acteurs sont bons, surtout Su Jian Ping dans le rôle de Ming. Avec très peu de dialogues, il réussit à délivrer une prestation solide qui va de l’impuissance, à la tristesse, en passant par la curiosité. Les interactions entre les personnages sont justes et naviguent bien entre les malaises et les beaux moments.
Le résultat final est un beau film qui montre que les relations modernes n’ont pas à être typiques du bon vieux temps pour être saines, mais qu’avec les changements viennent des défis. Une œuvre à ne pas manquer.
Le programme deux d’Asiate en court était présenté le 30 mai 2026 dans le cadre d’Accès Asie.
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