Jim Queen - Une

[Cannes] Jim Queen –Queentastique

« Jim Queeeeeen! »

Un film haut en couleur, déjanté et drôle.

Jim Queen est un beau projet délirant, profondément créatif, qui casse les codes et les clichés. Un petit ovni du Festival de Cannes, qui a su trouver son public : une salle hilare du début à la fin de la projection.

Jim Queen - Jim Queeeeeen

Film d’animation destiné aux adultes, il ne fait pas dans la dentelle et, par ses thématiques, va loin dans ses idées, avec avant tout une volonté assumée de faire rire.

Jim Parfait, icône gay de la scène parisienne, voit son monde s’écrouler lorsqu’il contracte l’« hétérose », un virus qui transforme les homosexuels en hétérosexuels. Tous le délaissent, sauf Lucien, un de ses jeunes followers, timide et discret. Ensemble, ils vont parcourir les recoins de la capitale à la recherche d’un remède mystérieux capable de guérir Jim.

Quand l’audace rencontre la précision

L’histoire de Jim Queen devrait déjà, en l’état, vous donner un aperçu du potentiel humoristique de l’œuvre. Mais le film va encore plus loin, en nous faisant passer de surprise en surprise, tout en conservant son humour. Il n’a pas peur de critiquer et de pointer du doigt sa propre communauté, tout en livrant de puissantes déclarations d’amour envers celle-ci.

Le film n’est pas seulement drôle et bien écrit : il possède également une véritable force visuelle grâce à son animation, les couleurs, les textures et les animations sont particulièrement réussies. Le film a beau parler de sexe et d’en montrer ouvertement, il n’en est pas pour autant obscène ou déplacer.

Jim Queen - Lorsque audace rencontre précision

J’ai eu la chance de rencontrer et de poser quelques questions à l’équipe du film : Marco Nguyen, l’un des deux réalisateurs, et Simon Balteaux, l’un des quatre scénaristes. À l’approche de la séance et à l’annonce du synopsis, je n’arrêtais pas de me demander : comment trouvent-t-ils des idées pareilles? J’ai donc voulu en savoir plus sur leur processus créatif, comment naissent les idées, jusqu’où aller, comment savoir si l’on va trop loin, quels sujets aborder, ou encore le choix des doubleurs.

À l’image de leur film, j’ai été très bien accueilli. L’échange était fluide, riche, et ils ont répondu avec beaucoup de générosité à mes questions. Comme leur œuvre, ils n’ont pas hésité à aller loin et à donner énormément.

D’où vous est venue cette idée? 

Jim Queen - De où est venu cette idée - Marco Nguyen ©Alex Pilot
Marco Nguyen | ©Alex Pilot

De nos esprits malades. Ça vient d’une envie commune, déjà, de parler de nous, de notre vie, de notre milieu, du milieu gay qu’on adore, et qu’on avait envie de montrer dans toute sa beauté, mais aussi avec ses défauts, comme tu peux le voir.

On avait envie d’être très précis dans nos expériences et de se demander ce qui se passerait si, un jour, on nous enlevait tout ça.C’est comme ça qu’est né le concept. C’est une technique d’écriture assez classique, quand tu veux montrer que quelque chose est important, tu l’enlèves. Que se passe-t-il s’il n’y a plus de communauté gay? Si tout disparaissait?

Et puis, évidemment, c’était aussi un pied de nez à tout ce qu’on a pu entendre pendant des années, qu’on était des malades, que la maladie c’était d’être gay. Il y a aussi un lien direct à l’épidémie du VIH-SIDA. On a grandi dans les années 80, on a été traumatisés dans notre sexualité et notre chair, comme beaucoup de monde par ça.

Petit à petit, en mélangeant tout ça, on arrive à une idée dingue comme l’hétérose.

Est-ce qu’au début vous craigniez de ne pas être bien compris?

Au début, on n’en avait pas peur, on en rigolait. Mais ensuite, on s’est dit que c’était quand même une idée de barge. Pendant tout le processus, jusqu’au dernier moment, on se posait pas trop de question.

Mais c’est surtout il y a quelques semaines, quand t’as Thierry Frémaux qui va pitcher le film, où tu te dis, il est sélectionné à Cannes, c’est là qu’on a eu notre réponse en fait .Et là tu te dis, ça y est, on a été compris.

Jim Queen - Au début

Pendant huit ans de développement, jusqu’au bout, on ne savait pas. On s’est vraiment demandé si on allait se prendre des critiques violentes. On en parlait entre nous en se disant : « OK, le film est fait, maintenant il va falloir l’assumer. »

On était très convaincus qu’il fallait le faire, on l’aimait profondément, mais la vraie crainte, c’était de savoir s’il allait être compris.

Vous êtes deux à la réalisation et quatre à l’écriture. Comment ça se passe pour les idées et les désaccords?

On avait une room d’écriture très fluide et agréable. On était deux gays et deux hétéros, eux, Nicolas Attane et Brice Cheviart, qui travaillent aussi dans l’animation depuis longtemps, ont apporté un regard différent.

Nous, on était parfois trop dans un langage « pour nous, par nous ». Eux ont permis de rendre le film plus universel. À travers le personnage de Lucien notamment, ils se sont mis dans la peau de quelqu’un qui découvre la communauté.

On n’a pas eu de restrictions sur ce qu’on écrivait. On est allé vraiment très loin, jusqu’à, avec un seul but commun, c’était de faire rire, et pas choquer. C’est ce que je dis souvent, c’est-à-dire qu’on peut vite choquer en disant n’importe quoi, et on a écrit des choses très choquantes, mais il faut aussi essayer, être audacieux, sans dépasser la ligne qui desservirait le projet.

Écrire à 4, c’est rare, c’est rare qu’elle (l’écriture) se passe aussi bien d’ailleurs, donc on a fait des heures et des heures et des heures d’ateliers, de discussions, etc., mais ça permet aussi d’avoir 4 esprits différents, et en plus avec des vies complètement différentes.

Deux hétéros qui, dans cette période-là, étaient en train d’avoir des enfants, vivaient leur pure vie d’« hétérosés », et nous deux gays qui à ce moment-là, un peu moins maintenant, avaient leur meilleur moment dans la nuit gay parisienne. Il y avait une vraie curiosité pour la vie de l’autre, et ça a nourri énormément le projet.

L’objectif, c’était avant tout de faire rire, pas de choquer ou de faire passer un message?

Dans notre film, il n’y a jamais eu vraiment d’intention politique, nous on voulait juste parler de notre vie, de ce qu’on vivait, et en fait, le contexte actuel fait que juste parler de ça le rend politique. C’est plus l’environnement actuel qui a apporté toute cette connotation politique. Je ne dirais pas qu’il n’y avait pas d’intention politique, mais il n’y avait pas d’intention militante; rétorque Simon Balteaux. 

Jim Queen - Objectif rire

On ne voulait pas donner de leçons ni porter un message précis. En revanche, on savait que parler de sexualité, de drogue ou de kinks allait forcément prendre une dimension politique. 

Aujourd’hui, avec les réactions à Cannes, le film est perçu comme plus politique que ce qu’on imaginait au départ. Ce n’était pas forcément l’intention, mais si ça permet d’ouvrir des discussions, tant mieux.

Le cœur du projet reste avant tout le rire, la satire et l’autodérision. Et d’une certaine manière, faire rire peut déjà être une forme d’engagement. 

On a aussi le sentiment que le film arrive au bon moment. Plus tôt ou plus tard, il n’aurait sans doute pas été reçu de la même manière. Les droits LGBT étant de plus en plus remis en question, cela donne une résonance particulière au film et à ses thématiques. 

Ensuite, dernière question par rapport au doublage, est-ce que vous avez pensé à des personnalités en particulier où le casting est venu après?

On en avait en tête au départ, mais finalement ce ne sont pas forcément les comédiens qu’on a eus. Les personnages ont évolué au fil de l’écriture, mais aussi grâce à leur design visuel, qui a influencé certains choix. 

On voulait une comédie très rythmée, avec un vrai sens du timing. C’est pour ça qu’on s’est tournés vers des profils comme Alex Ramirez ou Shirley Souagnon, issus du stand-up, avec une vraie maîtrise du rythme et de l’efficacité comique. 

Avoir un casting queer était aussi très important pour nous, afin que les comédiens puissent apporter leur propre vécu aux personnages. Il y a toujours ce débat : est-ce qu’un comédien doit forcément partager l’identité du rôle? On sait que les comédiens peuvent tout jouer, mais on s’est dit que ça apporterait ici encore plus de sincérité et d’incarnation. 

Et on ne regrette pas du tout ce choix. Par exemple, François Sagat apporte énormément, avec beaucoup d’autodérision, mais aussi une vraie finesse de jeu. Chaque comédien a enrichi son personnage, parfois au-delà de ce qu’on avait imaginé. 

Certains rôles avaient aussi des contraintes spécifiques, notamment les personnages chantés, ce qui a forcément joué dans le casting. Et parfois, les choix étaient liés à des rencontres personnelles, comme Harald Marlot, que Marco connaissait déjà dans le milieu de la nuit parisienne. 

Tout cela a contribué à rendre le film plus incarné, plus vivant et surtout plus sincère.

Et par rapport à Philippe Katerine, comment c’est venu de lui faire jouer une prostate?

Ça, c’est une idée du producteur. Un vrai coup de génie. On ne pensait pas qu’il accepterait, et finalement il a dit oui… justement parce que c’était une prostate.

Quand on a appris ça, on s’est dit que c’était irréel. Et j’avoue que quand j’ai vu que Philippe Katerine allait jouer une prostate dans mon premier film au cinéma, je me suis dit, c’est bon, je peux crever. Je suis un fan de Philippe Katerine.

Ça montre aussi que les producteurs ont eu beaucoup d’instinct sur le projet, que ce soit pour le casting ou notre relation qu’ils ont créé pour le quatuor d’écriture, ça vient d’eux aussi. Ils ont bien senti beaucoup de choses.

Extrait de l’entrevue

Fiche technique

Titre original
Jim Queen
Durée
85 minutes
Année
2025
Pays
France
Réalisateur
Marco Nguyen et Nicolas Athané
Scénario
Simon Balteaux, Marco Nguyen, Nicolas Athané et Brice Chevillard
Note
9 /10

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Fiche technique

Titre original
Jim Queen
Durée
85 minutes
Année
2025
Pays
France
Réalisateur
Marco Nguyen et Nicolas Athané
Scénario
Simon Balteaux, Marco Nguyen, Nicolas Athané et Brice Chevillard
Note
9 /10

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