
« Parfois les histoires viennent de mes rêves. »

Les Rendez-vous Québec Cinéma sont toujours l’occasion de mettre en lumière le meilleur du cinéma québécois, mais aussi de redécouvrir des films que l’on a manqué au cours de l’année précédente. C’est dans cette optique que nous vous proposons, quelques mois après sa sortie, une critique de Le Train de Marie Brassard.
Dans le Québec des années 1960, Agathe, une enfant asthmatique, vit avec sa mère Thérèse (Larissa Corriveau), une artiste mélancolique. La nuit, la sirène récurrente d’un train alimente sa vision d’un monde parallèle où transitent des voyageurs, des personnages… À l’adolescence, Agathe (Électra Kiara Codina) rencontre Frank (Lennikim), un jeune écrivain, qui lui permettra de franchir la frontière entre le présent et l’avenir.
Le Train est avant tout un voyage. Un voyage qui traverse les époques, les rêves, les envies, et oscille entre les différentes réalités. Il devient ainsi un passage, un lien entre plusieurs dimensions : le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, l’enfance et l’adolescence.
Le film retrace des thématiques propres à la réalisatrice et à son parcours. Marie Brassard nous signe un récit autobiographique qui nous replonge dans son vécu des années 1970. À travers ce regard intime, elle transforme le train en un véritable fil conducteur, un leitmotiv qui rythme le récit.
À l’inverse du train qui suit des rails pour avancer, un chemin tout tracé, imposé, qu’il ne peut pas quitter, Agathe, elle, évolue et grandit autrement. Elle n’en suit pas le chemin défini. Elle grandit dans son propre monde, en fabriquant son propre chemin, en dehors des lignes déjà imposées.

Son parcours n’a rien de « normal », surtout dans les années 70. Elle grandit dans un foyer monoparental, uniquement avec sa mère, avec pour seule figure paternelle Maurice, un ami de la famille. À cela s’ajoute l’asthme, qui l’empêche de profiter pleinement des choses. Ce corps fragile la ralentit, la met à l’écart, l’empêche de suivre le même rythme que les autres. Elle ne peut pas avancer comme tout le monde, et ça la place naturellement en marge. Se réfugiant dans les rêves, dans d’autres mondes qu’elle se crée.
Cette construction passe aussi par une esthétique très marquée. La reconstitution des années 70 est particulièrement réussie : les costumes, les couleurs, le souci du détail dans les voitures, les bus. La scène du bar vient appuyer l’aboutissement de ce travail de reconstitution.

Tout participe à recréer une ambiance vivante et crédible. Mais au-delà du simple décor, cette reconstitution porte une véritable nostalgie. Elle sublime le passé, en révèle la beauté, tout en y ajoutant une touche de romantisme. Ce regard chargé d’émotion et de souvenirs.
Le film joue constamment avec la frontière entre le réel et la rêverie. Cette limite est fine, parfois imperceptible, et le spectateur est régulièrement amené à se demander ce qui relève du souvenir ou de l’imagination. Cette ambivalence est d’ailleurs au cœur du film, qui se termine sans trancher, laissant subsister un doute, une incertitude. C’est précisément dans cet entre-deux que réside sa force.
Le train est présenté aux RVQC le 24 avril 2026.
Bande-annonce
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