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Rose (Lucy Fry), une actrice en difficulté, voit sa vie bouleversée par une nouvelle inattendue. Elle est soudainement confrontée à un avenir qu’elle n’aurait jamais imaginé, au moment même où une opportunité professionnelle majeure avec la célèbre agente Cindy Abrams (Cara Seymour) se présente à elle. La situation s’aggrave lorsque son petit ami, Travis (Matt Rife), fait intervenir sa mère envahissante (Sheryl Lee), poussant Rose au bord du gouffre.
Elle se réfugie au Crown Inn, un motel délabré perdu au milieu de nulle part, où le temps se distord et la réalité se déforme. Hantée par la paralysie du sommeil, des souvenirs fragmentés et d’étranges habitants du motel, notamment l’énigmatique Lillian (Madeline Brewer), Rose commence à sombrer. Pour aller de l’avant, elle doit affronter la vérité enfouie de son passé, que son corps n’a jamais oubliée.
Avec I live here now, Julie Pacino propose un psychodrame envoûtant et onirique sur l’identité, le traumatisme et la frontière fragile entre la mémoire et la folie.
Tourné en 35 mm vibrant avec des séquences saisissantes en 16 mm, le premier long métrage de Julie Pacino n’est pas sans rappeler l’univers de David Lynch des années 1990. L’atmosphère étrange du motel avec ses couleurs intenses et ses recoins sombres, les lieux ordinaires qui ont l’air de tout sauf de quelque chose de normal et les éléments qui semblent être beaucoup trop monotone pour l’être réellement donnent ce ton étrangement envoûtant au film.

Puis, il y a les personnages. Rose est une femme perturbée, à la recherche de qui elle est et de ce qu’elle recherche. Une actrice vieillissante qui s’accroche à son rêve n’est pas sans rappeler Mulholland Drive. Les personnages secondaires sont tout aussi riches. L’étrange Lillian tout aussi effrayante que sensuelle, la complètement névrosée Sid qui travaille dans le motel et sa sœur ou collègue qui fait peur sont tous des personnages marquants. D’ailleurs, tous les personnages, à l’exception de l’amant fils-à-sa-maman, sont des femmes. Oui, le monde lynchien est bien là.
Pacino apporte tout de même son propre style à cette histoire onirique. Le film se déploie à travers un prisme surréaliste, mêlant humour et horreur à la réalité de Rose tandis qu’elle tente de percer son secret le plus intime.
La couleur joue un rôle symbolique central dans I live here now. À mesure que Rose se reconnecte à elle-même, son monde devient plus vif et saisissant. Rose est confrontée à des blessures générationnelles, à la honte de soi et à une misogynie intériorisée, autant de représentations des différentes couleurs et des différents personnages de l’auberge.

Certains de ces personnages, surtout dans la première partie du film, apportent un élément de comédie. Celui par qui passe le plus de ces moments est Travis. Dès la scène d’ouverture, alors qu’il donne un cunnilingus à Rose, on a droit à un moment inconfortable qui fait sourire. Il donne tout ce qu’il a, mais Rose ne réagit pas. Même pas un tout petit peu.
Puis, plus le film avance et plus les moments cocasses cèdent la place à l’étrange et à l’inquiétant. Les couleurs sombres du motel et les éclats vifs qui font irruption dans l’image déstabilisent et mènent le spectateur dans un monde tordu où on ne sait plus exactement ce qui se passe. Les certitudes d’une histoire simple deviennent floues.
I live here now est le genre de film qui devient un peu complexe à mesure que la trame narrative progresse. Ce n’est pas un film à regarder si on veut juste mettre son cerveau à off, ou si on est très fatigué. C’est un film exigeant, mais envoûtant.

Le côté kitch grotesque marque l’imaginaire (et rappelle Wild at Heart), tandis que l’élément que nous présente le film en ouverture devient un point de plus en plus flou à l’horizon. Rose représente la lourdeur de la vie, les difficultés inhérentes à survivre notre vie parfois trop chargée. Les personnages ne sont pas que de simples personnages. Ils représentent tous quelque chose, une notion, un sentiment, un concept.
Malgré quelques longueurs, ce premier long métrage est solide et laisse entrevoir une réalisatrice de l’étrange qui aura quelque chose de pertinent à offrir dans les années à venir.
Bande-annonce
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