
« C’était prémédité. Il voulait tuer. »

Une enquête policière, qu’elle soit fictive ou réelle, offre un excellent scénario pour un film. C’est pour ça qu’on en voit autant. De ce fait, les films sur les enquêtes journalistiques peuvent tout autant fonctionner. Les deux métiers montrent pas mal de similitudes : un policier et un journaliste enquêtent tous les deux sur un événement, explorant et questionnant les faits qui sont devant eux, interrogeant plusieurs personnes concernées, dans le but de révéler la vérité. La différence étant que le journaliste n’est pas un officier de loi, ce qui le rend plus vulnérable et le pousse à faire preuve d’ingéniosité dans des situations sensibles.
Les grands films sur le journalisme sont Les hommes du président d’Alan J. Pakula, Spotlight de Tom McCarthy, The Insider de Michael Mann ou bien The Post de Steven Spielberg. Tous ces films, basés sur une histoire vraie, traitent de grandes enquêtes journalistiques qui ont bouleversé les lecteurs. S’ils ont autant d’impact, c’est bien sûr parce qu’ils sont basés sur de grandes histoires, mais cela pousse les cinéastes à laisser de côté le journalisme de faits divers. Au cinéma, ce monde est notamment représenté par Nightcrawler de Dan Gilroy, qui parle du métier des stringers, mais plus récemment par Rapaces de Peter Dourountzis.

Ava est une jeune journaliste qui réalise un stage pour le magazine de faits divers Détective (inspiré de la véritable revue Le Nouveau Détective) avec son père Samuel, avec qui elle a une relation assez distante. Les deux sont assignés à une affaire de meurtre où une jeune fille a été brûlée à l’acide. Cette affaire va attirer l’intérêt de Samuel et d’Ava, les poussant à enquêter de leur côté pour découvrir le coupable, surtout après avoir découvert le lien avec un meurtre similaire.
Si le scénario du film s’inspire de l’affaire Élodie Kulik, il est bel et bien une fiction. Le réalisateur Peter Dourountzis, à qui on doit le film Vaurien en 2020, a voulu faire un film d’enquête en mettant à l’honneur le journalisme d’investigation. Le long-métrage propose une bonne représentation du journalisme, que ce soit dans la gestion des sources, dans la manière moins traditionnelle de faire ses recherches, ou dans la façon de dresser un portrait de ce milieu en grande difficulté. Il se permet également de critiquer l’aspect sensationnaliste, parfois malhonnête et même illégal des journalistes de faits divers, se comportant un peu comme des rapaces en quête de proie, d’où le nom du long-métrage.

Mais c’est bien la partie enquête qui intéresse le réalisateur. Elle est très bien menée, Samuel et sa fille découvrant petit à petit la vérité sur cette histoire, dont les révélations arrivent à nous surprendre nous-mêmes. La maîtrise du scénario se voit aussi à travers la mise en scène, également signée par Peter Dourountzis, ce qui permet de rendre le récit encore plus haletant.
Le point culminant du film est le climax dans le restaurant. Il s’agit d’un excellent moment de tension, où les deux protagonistes se retrouvent piégés, avec chaque opportunité qui se ferme petit à petit, mais leur intelligence et leur persévérance finissent par leur permettre de survivre. En somme, un grand moment de cinéma qui permet au film de se distinguer.
Car sans cette scène, le film aurait eu du mal à marquer le spectateur, malgré le fait qu’il soit bien construit. Toutes les scènes ne sont pas passionnantes et l’aspect relation père/fille est peu exploré. La maestria que le long-métrage démontre durant son climax aurait pu se retrouver tout au long du film, mais le résultat demeure inégal à certains moments.
Rapaces reste un très bon thriller qui arrive à tenir en haleine les spectateurs dans ses meilleurs moments, tout en montrant un bon portrait des journalistes. C’est le deuxième long-métrage de son réalisateur et il démontre déjà un bon savoir-faire qui ne peut que s’améliorer dans le futur, ce qui fait de lui un cinéaste à suivre.
Bande-annonce
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