LAffaire Bojarski - Une

L’Affaire Bojarski – Le crime ne paie pas

« Règle numéro une : ne pas écouler plus d’un billet par boutique. »

LAffaire Bojarski - Affiche

En France, les faits divers ont toujours fasciné le public. Il n’y a qu’à voir comment des crimes médiatiques comme l’affaire Grégory et Xavier Dupont de Ligonnès ont su enflammer les médias, ou bien pourquoi le polar a souvent été un genre prépondérant dans la culture populaire française. Ça reste quand même le pays qui a vu naître Arsène Lupin, le parfait représentant du gentleman cambrioleur qui en a inspiré plein. Et si le personnage de Maurice LeBlanc a eu le droit à de nombreuses adaptations au cinéma et que plusieurs cinéastes comme Jean-Pierre Melville se sont spécialisés dans le genre du polar, d’autres ont puisé leur inspiration dans la vraie vie.

Le bon criminel

Plusieurs criminels français ou affaires criminelles dans l’hexagone ont eu le droit à un biopic au cinéma. Un des exemples les plus connus est le diptyque Mesrine de Jean-François Richet, qui retrace le parcours du célèbre criminel Jacques Mesrine, ici incarné par Vincent Cassel. Il y a aussi eu le tueur en série Henri Désiré Landru, qui a eu le droit à un film par Claude Chabrol en 1963 et a même inspiré Charlie Chaplin pour Monsieur Verdoux en 1948. Citons également L’Affaire SK1 de Frédéric Tellier, Roberto Succo de Cédric Kahn et Stavisky d’Alain Resnais, avec Jean-Pierre Belmondo. Dans toute cette filmographie, L’Affaire Bojarski de Jean-Paul Salomé se distingue non pas en parlant d’un gangster, d’un meurtre ou d’une escroquerie, mais d’un faussaire.

L'Affaire Bojarski - Le bon criminel - © 2025 Guy Ferrandis - Le Bureau Films - Les Compagnons du Cinema
Ceslaw Bojarski (Reda Kateb) © 2025 Guy Ferrandis | Le Bureau Films | Les Compagnons du Cinema

En effet, le film retrace la carrière criminelle de Ceslaw Bojarski, un immigré polonais, ancien réfugié lors de la Seconde Guerre mondiale, dont le statut lui empêche pleinement de devenir ingénieur. Il devient faussaire dans les années 50 et 60, recréant des billets avec une telle précision que même les banquiers ont de la difficulté à les reconnaître. Il est également très méthodique, ayant un système très pointilleux pour faire circuler ses billets, travaillant seul avec du matériel qu’il a lui-même conçu. Il sera surnommé le Cézanne des faux billets et deviendra vite une priorité pour la police, le tout en cachant cette deuxième vie à sa famille.

Sur mesure pour Salomé

Le sujet était fait pour le réalisateur Jean-Paul Salomé, habitué aux histoires populaires (Arsène Lupin de 2004, Belphégor, le fantôme du Louvre, Les Femmes de l’ombre) et aux films tirés de faits réels (La syndicaliste, Le Caméléon). Il repose également sur une distribution solide, avec notamment Pierre Lottin (L’Étranger), Bastien Bouillon (La Nuit du 12), Sara Giraudeau (Petit Paysan) et, surtout, Reda Kateb (Le Chant du loup) dans le rôle-titre. Si le choix de prendre un acteur algérien pour incarner un immigrant polonais est assez inusité, il offre une très bonne performance en tant que génie criminel à la double vie rongé par son secret. Les autres acteurs s’en tirent aussi, surtout Bastien Bouillon dans le rôle de du commissaire chargé de l’enquête des faux billets, offrant une excellente opposition au protagoniste.

Jean-Paul Salomé offre une mise en scène classique, mais qui sert à bien démontrer la reconstitution historique du film qui a été minutieusement travaillé, ainsi que pour encenser le mode de vie inhabituel de Bojarski, soit celui d’un père avec une famille, mais qui imprime des faux billets à quelques pas d’eux. Cette opposition se fait surtout à travers le montage plus que la mise en scène, juxtaposant moments de la vie mondaine et activités criminelles. La structure du film reste assez classique, surtout en termes de film sur un criminel, se reposant notamment sur le principe du Rise and Fall, la particularité étant que le Rise (la montée) se fait en secret.

LAffaire Bojarski - Sur mesure pour Salomé © 2025 Guy Ferrandis - Le Bureau Films - Les Compagnons du Cinema
© 2025 Guy Ferrandis | Le Bureau Films | Les Compagnons du Cinema

Cependant, le film n’arrive pas à trouver un focus. Jean-Paul Salomé met de l’avant plusieurs points de la vie de Ceslaw Bojarski, comme sa double vie et sa relation avec sa famille, son obsession et son perfectionnisme pour créer des faux billets plus beaux que l’original, son envie de passer à la postérité ainsi que l’enquête pour l’attraper. 

Chacun de ses aspects amène une particularité au film, surtout la partie enquête, où Bojarski crée une relation avec le commissaire chargé de l’enquête, avec des scènes rappelant Catch Me If You Can et Heat. Le problème, c’est qu’aucun de ces aspects n’est priorisé. Le scénario va d’une direction à une autre, sans jamais prendre le temps de s’attarder sur un aspect scénaristique précis, rendant le film plus confusant qu’il ne devrait l’être, entachant même le rythme du long-métrage. Jean-Paul Salomé aurait dû plus se concentrer soit sur l’enquête, soit sur la double vie, au lieu de faire du ping-pong entre les deux. Il y a aussi cette drôle d’idée qu’en tant qu’ingénieur, Bojarski crée des prototypes d’inventions actuelles, et ce dans les années 60. Que l’homme ait à lui seul inondé la France de faux billets, c’est plus plausible qu’il ait fait un prototype du Keurig en 1964.

Le sujet de L’Affaire Bojarski est absolument passionnant et a tous les mérites de faire un excellent film. Néanmoins, Jean-Paul Salomé n’a pas su, malgré de bons efforts, à mettre en image tout le potentiel de cette histoire, faisant de son film un biopic juste quelconque.

Bande-annonce  

Fiche technique

Titre original
L'Affaire Bojarski
Durée
128 minutes
Année
2026
Pays
France
Réalisateur
Jean-Paul Salomé
Scénario
Jean-Paul Salomé et Bastien Daret
Note
5 /10

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Fiche technique

Titre original
L'Affaire Bojarski
Durée
128 minutes
Année
2026
Pays
France
Réalisateur
Jean-Paul Salomé
Scénario
Jean-Paul Salomé et Bastien Daret
Note
5 /10

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