The invisible half - Une

The invisible half (インビジブルハーフ) – L’importance du smartphone

「その正体は、スマホに触れているときだけ見える透明な怪物だったって言ったら、どう思う」
[Que penserais-tu si je te disais que sa véritable identité est celle d’un monstre invisible qui ne devient visible que lorsqu’on touche notre smartphone?]

The invisible half - Affiche

Elena (Lisa Siera), une adolescente métisse japonaise, emménage dans une petite ville rurale et se sent complètement perdue. Bientôt, elle réalise qu’elle est traquée par un monstre qu’elle ne voit qu’à travers son téléphone et dont elle entend la voix dans ses écouteurs.

Avec The invisible half (インビジブルハーフ), Masaki Nishiyama propose un film entre le J-Horror et le suspense qui met en parallèle un monstre invisible faisant partie du personnage, et le côté japonais qu’on ne perçoit pas chez le personnage qui est à moitié européen. 

Japonaise, ou « gaijin »?

Ce qui est intéressant dans The Invisible Half réside dans sa capacité à transformer un malaise identitaire impalpable en une menace physique terrifiante. En mettant en scène une protagoniste tiraillée entre ses origines japonaise et anglaise, Masaki Nishiyama utilise la figure du monstre à moitié invisible comme un miroir déformant de sa propre existence. Cette créature n’est pas là simplement pour faire peur; elle incarne l’état de « hafu », où l’individu se sent perpétuellement incomplet, une silhouette floue qui n’est jamais totalement saisie ni par l’une, ni par l’autre de ses cultures d’appartenance.

The invisible half - Japonaise ou Gaijin

Cette traque incessante par une entité semi-transparente devient alors la métaphore du déni de soi. Le réalisateur suggère avec brio que ce que la société refuse de voir — ou ce que le personnage tente de dissimuler pour se fondre dans le moule — finit inévitablement par resurgir pour nous hanter. La lutte n’est plus seulement extérieure pour la survie, mais devient une confrontation interne brutale contre l’effacement de sa propre histoire. Le monstre représente cette part d’ombre, cette moitié ignorée qui exige d’être reconnue sous peine de consumer entièrement l’individu.

Aussi, en ancrant son récit dans le réalisme magique, Nishiyama souligne le poids étouffant du regard social au Japon. En matérialisant cette dualité par une agression physique, il sort le débat du cadre sociologique classique pour le rendre viscéral. Le film démontre que tant que l’identité n’est pas réconciliée et acceptée dans sa globalité, elle demeure un fardeau, une proie facile pour une aliénation qui nous rend, à notre tour, invisibles aux yeux du monde. 

D’ailleurs, la façon dont les autres élèves traitent Elena n’est pas si différente de celle du monstre. Les filles sont violentes psychologiquement, alors que le monstre l’est physiquement. Une autre belle inversion qui relie le côté physique et le côté immatériel. Les filles (physiques) font des dégâts psychologiques (immatériels), alors que le monstre (immatériel) fait des dégâts au corps (physiques).

Visuellement fort

Un autre point fort du film, c’est la touche visuelle. On pourrait dire que The Invisible Half est un film d’horreur conceptuellement riche. Ce premier long métrage de Nishiyama n’est pas encore sorti au Japon. Je me sens d’ailleurs choyé d’avoir été parmi les quelques personnes qui ont eu l’occasion de le voir hors festival pour en parler pour sa sortie imminente au Japon. 

Le film se distingue par son utilisation des téléphones portables et des réseaux sociaux comme points de départ narratifs, transformant des technologies familières en sources de terreur. Avec des images saisissantes et une bande-son déstructurée signée Cao Moji (oscarisé pour « Godzilla Minus One »), il offre une expérience viscérale.

The invisible Half - Visuellement fort

Alors qu’on a souvent vu des films qui utilisaient justement les réseaux sociaux et les téléphones, Nishiyamane ne montre pas simplement ce qu’on voit en utilisant l’écran du téléphone ou en écrivant en surimpression les textes des réseaux sociaux. À la place, il filme les images de façon habituelle, en insérant des plans rapides des gestes posés par le spectateur. Ainsi, il laisse au spectateur la possibilité de comprendre par lui-même. 

Le résultat est saisissant, surtout avec l’apparence marquante du monstre, et l’utilisation du son sourd pour représenter les déplacements. 

Un peu plus…

Sans être révolutionnaire, The Invisible Half apporte du nouveau à un genre qui doit constamment se renouveler pour ne pas tomber à plat comme l’a fait le slasher aux États-Unis. Savoir utiliser les nouvelles technologies de façon à apporter ces changements est efficace. Mais ce doit être bien fait. C’est exactement ce qui arrive ici. 

Lorsqu’on regarde The Invisible Half, il ne faut pas s’attendre à sursauter. Ce n’est pas le style qu’on retrouve au Japon. Il s’agit surtout d’un film d’atmosphère qui vient chercher le spectateur directement en son centre. Il se retrouve ainsi absorbé. Et c’est exactement ce qu’on recherche lorsqu’on regarde un film de J-Horror.

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
インビジブルハーフ
Durée
106 minutes
Année
2025
Pays
Japon
Réalisateur
Masaki Nishiyama
Scénario
Masaki Nishiyama
Note
7.5 /10

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Fiche technique

Titre original
インビジブルハーフ
Durée
106 minutes
Année
2025
Pays
Japon
Réalisateur
Masaki Nishiyama
Scénario
Masaki Nishiyama
Note
7.5 /10

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