
« Cérès, est-ce que tu penses que je suis assez grande pour être une planète officielle? »

Dans l’espace galactique, une charmante petite planète du nom de Pluton (Sarah-Jeanne Audet) rêve d’intégrer le corps de ballet officiel du Système solaire. Avec l’aide de son meilleur ami astéroïde Cérès (Zakary Belharbi), et de son découvreur humain Clyde William Tombaugh (Matthew Rankin), elle fera tout pour y arriver. Dans ce film jeunesse où les humains et les planètes se partagent la vedette, le spectateur accompagnera Pluton dans sa quête de sens et de célébrité, jusqu’au moment où elle devra faire face à son destin.
Avec Au revoir Pluton, Sarianne Cormier offre un conte jeunesse qui mélange astronomie et passage de l’enfance à l’adolescence, dans un film à la fois drôle et touchant.
Au revoir Pluton est allégorie du passage vers l’adolescence, d’un point de vue féminin. Mais plutôt que de mettre l’emphase sur les changements physiologiques gênants, la scénariste/réalisatrice montre plutôt le côté social qui y est lié. Car ce changement, c’est aussi celui du passage à l’école secondaire.

Pluton est vive, décalée, rêveuse et déterminée. Mais elle est aussi insécure et à la recherche de l’acceptation des pairs. En utilisant l’histoire de la planète du même nom, la réalisatrice offre une comparaison efficace pour mettre en image la peur du rejet. Une peur non seulement réelle, mais qui peut souvent se concrétiser à cet âge.
La jeune Pluton travaille fort pour réaliser ses propres rêves, mais parfois la réalité met un frein brutal à nos rêves et désirs. Et bien que ce soit montré de manière assez douce ici, la réalisatrice évite les pièges de la fin trop facile pour que tout soit beau et rose.
Une autre chose que réussit à faire ce film, c’est de mélanger le divertissement avec la science. Une majorité d’enfants (et d’adultes) trouve fascinant tout ce qui touche à l’espace. Après tout, malgré les connaissances de plus en plus approfondies sur le sujet, le commun des mortels voit encore le ciel comme un grand mystère. Moi-même qui ai une culture assez avancée sur ce sujet, je reste fasciné par les nombreux phénomènes ou les détails que je découvre régulièrement sur l’univers. Une éclipse solaire m’a fasciné pendant des semaines, jusqu’au moment magique que j’ai vécu en y assistant.

D’ailleurs, tout comme la réalisatrice, j’ai été marqué par ce moment où on nous a dit que Pluton ne serait plus une planète. Mais pourquoi?!? J’étais presque en colère contre les méchantes personnes qui voulaient effacer cette mignonne planète.
« Au Revoir Pluton est né de ma fascination pour le cratère en forme de cœur que porte cette planète. En ayant un cœur, Pluton mʼa toujours semblé métaphoriquement posséder la vie. Cʼest pourquoi le jour où elle fut rétrogradée au rang de planète naine, je fus saisie dʼune grande empathie. Je retrouvais dans cette histoire mes peines dʼenfant, à lʼépoque où se faire une place à lʼécole nʼest pas si facile. Je me posais aussi tristement la question : quʼarrivera-t-il de la célèbre phrase Mon Vieux Tu Mʼas Jeté Sur Une Nouvelle Planète? »
Je m’égare… Je disais donc que Au revoir Pluton offre un volet scientifique riche et valable. Contrairement à ces influenceurs qui disent n’importe quoi sur les réseaux sociaux, ici, ce qu’on nous dit est scientifiquement juste. En tout cas, mes recherches confirment une grande partie des informations qui sont données dans le film. Non seulement je me suis informé sur le sujet, mais aussi mes fils ont posé des questions et on a vérifié des choses ensemble.
Franchement, ce film devrait être présenté dans les écoles. Vu la quantité de films d’animation américains qu’on montre aux enfants dans les écoles, il serait peut-être temps de montrer un film tout aussi divertissant, mais plus proche de la réalité et dans lequel on apprend plein de choses sans même s’en rendre compte.
Dans son premier long métrage, Sarianne Cormier utilise les codes du merveilleux pour mettre en osmose sa propre histoire avec la grande histoire de lʼastronomie, pour offrir aux jeunes publics et leurs parents un film fantastique sur cette étape charnière de la vie quʼest la préadolescence. Elle le fait avec une grande créativité. Les décors sont marquants.

À certains moments, les personnages passent sur une passerelle qui ressemble à un bricolage en carton, papier et autres trucs qu’on retrouve à l’école et qu’on utilise pour bricoler. Ce décor n’est pas sans rappeler certains films de Matthew Rankin. Est-ce qu’il y a un lien entre ces décors et le fait que l’artiste tient un rôle dans Au revoir Pluton? Peu importe. L’utilisation de ces matériaux pour une partie de l’univers des enfants fonctionne à merveille.
Le seul réel point négatif est que certaines notions sont un peu trop abstraites pour être bien comprises par son public cible. La fin du film est un peu complexe pour le jeune public. Mais avec une petite jasette, ils ont compris et surtout, ils ont adoré le film. Une œuvre originale, simple et créative à ne pas manquer.
Bande-annonce
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