
« Toute chose étant égale par ailleurs. »

Entre documentaire et art visuel, cette œuvre radicale plonge au cœur d’un Occident en crise, prisonnier des dérives du capitalisme, mais non dépourvu d’issues collectives.
Le capitalisme… Que dire de plus? Je range ma machine à écrire. À la prochaine, cher lectorat!
Je plaisante, bien évidemment, mais c’est bien pour dire que le mot ne se garde pas d’être empreint de polémique lorsqu’il tombe dans les oreilles de bien des gens. Toutefois, que veut dire ce mot? Selon notre fidèle dictionnaire Larousse, le capitalisme est un : « Statut juridique d’une société humaine caractérisée par la propriété privée des moyens de production et leur mise en œuvre par des travailleurs qui n’en sont pas propriétaires. » Ça dit ce que ça dit, pas vrai? « (…) Et leur mise en œuvre par des travailleurs qui n’en sont pas propriétaires », sérieusement, que voulez-vous que je réponde à ça; dictionnaire, on jette le micro? Je ne veux pas me prendre pour un révolutionnaire, mais je crois que le cœur du problème de notre époque se trouve là.

Les moyens de production existent maintenant depuis plus longtemps que celles et ceux qui les ont inventés. Je suis le premier à défendre la méritocratie et qu’il faille rendre à César ce qui lui revient, mais comme le dirait le personnage d’André Martyr, l’animateur de Radio fictive CHIT inventé par François Pérusse; « Y’a toujours des limites! » En effet, de nos jours, il semble étrange que toute notre technologie serve encore à nourrir les intérêts de qui fut assez fortuné – et par-là j’entends chanceux – pour être né du « bon côté ». Ce que je veux dire c’est… le principe d’héritage – quand on est riche – c’est une bonne excuse pour ne rien donner en fin de compte. Et avant de me crucifier à l’aide de quelconque sophisme évoquant la culture ou le patrimoine, je tiens à vous rappeler que l’on parle de la vie des gens ici. Une multitude de personnes directement affectée par la mauvaise répartition des richesses sous prétexte que la propriété privée n’a pas à avoir de limites.
Bien évidemment, je conçois que l’on veuille avoir un petit quelque chose de convenable pour soi et les siens, mais il m’apparaît un tant soit peu mal avenant de ne pas veiller d’abord à s’assurer de ne pas perpétuer la misère pour arriver à ses fins. Combien d’entre nous doivent se lever le matin, pas seulement pour amener les enfants à l’école, mais pour ensuite se dévouer à des tâches quotidiennes et répétitives entourant souvent des lignes directrices légèrement futiles de nos sociétés comme par exemple : se maintenir au-dessus du seuil de pauvreté. Je ne vous cache pas que c’est aussi le temps des impôts, alors c’est facile de revenir à ça, mais dès que tu fais un peu plus que le seuil de pauvreté, on te prend le « surplus ». Comme ça, on garantit qu’on va devoir y retourner jour après jour, après jour. C’est bien fait pareil.
Le documentaire Plus rien n’est égal par ailleurs nous introduit justement à cette perspective d’abus. Martin Bureau nous ouvre la porte aux pensées qui préoccupent le philosophe Alain Deneault ainsi que tant d’autres; la vision d’un monde où l’on préfère détruire l’excès plutôt que de le répartir. À travers une fresque dichotomique alternant entre nature majestueuse et créatrice ainsi que celle de l’humain aberrant et destructeur, Monsieur Deneault explique pourquoi la réflexion sur ces sujets doit plonger davantage en profondeur pour se confronter au cœur de la problématique actuelle liée à la surproduction et la surconsommation.

Cette faculté moderne à préférer la précarité plutôt que l’abondance — ce que notre philosophe de l’extrême nomme le mécanisme de consommation des biens — est certes un des phénomènes les plus effarants de nos modes de vie décadents. Non, mais, je vous entends tous dire, « Pis toi? Moi, monsieur Robert, je vous promets que je veille ardemment à bien faire les choses pour ne pas vivre d’éco anxiété », et je vous crois là. Sauf que… ben vous savez, tu souhaites être une amazone robuste, mais… t’es mou. On est rendu qu’on préfère laisser quelqu’un d’autre décider les produits qu’on va manger et se faire livrer notre épicerie que d’aller la chercher; même si c’est pas loin, qui fait beau et qu’on ne va pas acheter grand-chose.
C’est trop loin! C’est ça qu’on essaie de nous rentrer dans la tête depuis des années. On a fait fonctionner la machine à fond la caisse et ça commence à sentir le roussi ou dans ce cas-ci le caoutchouc brûlé. La pédale au plancher, on a tout arraché au passage parce que c’est donc fun de voir des artistes dire comment iels sont conscientisés, mais quand même se faire des partys démesurés. Parce qu’on ne fait pas que rendre à César, il ne faudrait pas oublier Oscar non plus.
J’admire vraiment l’effort qui a été mis dans la production, mais malheureusement… J’ai trouvé ça long. En fait, c’est peut-être parce que ce n’est pas la première fois que je vois un documentaire du genre artistique interprétatif, mais c’est un documentaire et j’aurais aimé ça sentir que j’apprends quelque chose. À la place, les seuls moments parlants ou réellement explicatifs sont ceux où Monsieur Deneault est lui-même pensif assis dans l’ombre sur son fauteuil de velours sans prononcer plus d’une vingtaine de phrases réparties sur toutes les 66 minutes. Ah oui, et la caméra fait des cercles autour de lui; gros effort de composition d’images la gang.

C’est certain qu’il y a de beaux plans comme le survol des complexes industriels qui donnent aux paysages des airs semblables au début de Blade Runner (celui de Scott pas Villeneuve). Par contre, attention si vous êtes épileptique, il y a un passage qui m’a moi-même secoué tellement l’excitation à l’écran est imprévisible et soudaine. C’est tout le contraire des paroles d’Alain Deneault qui sont lentes, décousues et parfois très prévisibles. On se demande s’il avait préparé un monologue ou si on l’a tout simplement laissé au centre d’un cyclotron en lui disant : « Vas-y, dis ce que tu veux! »
Ce que j’en pense finalement c’est qu’une image vaut mille mots, mais à quoi bon si ce sont les mêmes mille mots pendant 1 heure complète? Ce sera à vous de le déterminer si jamais vous avez une chance de le regarder au FIFA (Festival International du Film sur l’Art) de cette année. Sinon, il faudra attendre que l’ONF (l’Office Nationale du Film) le rende accessible au public. Quand? Ça, je ne saurais vous dire. Tant qu’à avoir le bec clos, je vais m’arrêter ici et je vous dis : À la prochaine fois!
Plus rien n’est égal par ailleurs est présenté au FIFA les 18 et 21 mars 2026.
Bande-annonce
© 2023 Le petit septième