
« I mean, the protagonist is a flower. What’s not to like? »
[Je veux dire, le protagoniste est une fleur. Comment ne pas aimer?]

BE se réveille dans un monde qu’elle ne reconnaît pas. Au fil de ce voyage mystérieux, elle suit des indices cryptiques et des vestiges de choix pas encore faits, la rapprochant d’un moment de convergence : celui où elle et sa version future fusionneront dans le présent.
Avec As time swallows time, Rosario Hurtado, Roberto Feo et Stuart Bannocks proposent un dialogue avec le thème de la Biennale de Ljubljana, « Parlez-vous les fleurs? » qui explore les contextes historiques dans lesquels les femmes ont été symboliquement liées aux fleurs — figures de fragilité, de sensualité et d’objectification — et comment ces associations ont été réappropriées et subverties, et ce thème directement, ainsi que l’exploration spéculative des auteurs sur le temps, la perception temporelle et la post-humanité.
Ce film tisse des récits fragmentés en un dialogue poétique entre deux interrogations intimement liées. Ces interrogations sont portées par deux femmes, dans un dialogue unique.
La première interrogation s’inscrit dans le cadre de la Biennale de design de Ljubljana (BIO28), qui interroge le symbolisme historique associant les femmes aux fleurs – figures de fragilité, de sensualité et d’objectification – et la manière dont ces associations ont été réappropriées et subverties. Les réalisateurs utilisent le film pour montrer comment cette analogie a été utilisée par le design et l’art pour catégoriser les femmes. Mais dans As time swallows time, la fleur n’est plus seulement un objet délicat. Elle devient un système complexe, parfois étrange ou imposant, qui possède sa propre force biologique.

La seconde partie du film se déploie comme une exploration spéculative du temps et de la perception temporelle, envisagés non plus comme des mesures linéaires, mais comme des forces actives façonnant la conscience et l’évolution humaines. Le film suggère que notre rapport au temps définit notre humanité : en superposant le rythme lent, presque géologique, de la croissance végétale à la fugacité de l’expérience humaine, les réalisateurs créent une tension où le temps semble littéralement « avaler » l’instant présent.
Ensemble, ces fils narratifs composent une méditation profonde sur la transformation et la nature cyclique de l’existence. Le film refuse la finalité; il préfère l’idée d’un éternel retour ou d’une métamorphose continue. Cette circularité fait écho à la biologie — la fleur qui naît, se fane et renaît — mais aussi à la mémoire, où les souvenirs ne s’effacent pas, ils s’empilent et se transforment en de nouvelles strates de conscience.
Construit par la juxtaposition de fragments narratifs plutôt que par une progression dramatique, le film superpose les scènes de manière à transformer le spectateur en cartographe. Il ne s’agit plus de suivre une histoire, mais de naviguer et de reconstituer un territoire temporel et conceptuel fragmenté. Cette structure impose une participation active : c’est le regard du spectateur qui lie les images entre elles, créant ainsi une temporalité unique et subjective à chaque visionnement.

Cette structure pousse étrangement le spectateur dans une sorte d’hibernation où le cerveau absorbe les images pour les replacer à sa guise. En résulte un film qui place le spectateur dans un état de relaxation malgré la lourdeur des thèmes. Un peu comme si le côté intellectuel du film se gérait sans effort.
Si vous n’aimez que les films à grand déploiement, As time swallows time ne sera certainement pas pour vous. Mais si vous êtes le moindrement ouvert à vous laisser surprendre et embarquer dans une réflexion symbolique, vous en aurez pour votre argent.

Le cinéma, c’est un art. On ne parle pas de Hollywood, qui, lui, est une industrie, mais du vrai cinéma. Et de l’art, c’est exactement ce que ce trio de réalisateurs vous propose. Et l’art, ça s’observe, ça s’analyse et ça se digère.
Mais au-delà de son côté intellectuel, ce court long métrage se regarde sans effort. Mais soyez assuré que le lendemain, vous l’aurez toujours en tête.
As time swallows time est présenté au FIFA le 14 mars 2026.
Bande-annonce
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