
« She’s still someone else to take care of now. »
[C’est à quelqu’un d’autre de s’occuper d’elle maintenant.]

Tom, instructeur de tennis, enchaîne, jour après jour, revers et services face à de riches touristes ordinaires dans un complexe insulaire pittoresque. Le soir, il fait la fête avec excès. Il est brûlé par le soleil et proche de l’épuisement. Un matin, Anne, la jolie maman du jeune Anton, l’aborde pour lui demander des cours pour son fils. Tom assure qu’il est déjà surchargé, mais Anne sait se montrer persuasive.
Très vite, Tom se retrouve entraîné dans la dynamique familiale, qui inclut malheureusement Dave, le père d’Anton, au caractère ombrageux. Tom devient alors un témoin malgré lui des moments les plus intimes et inconfortables de la famille, tandis que Dave le pousse à faire la fête toujours plus intensément.
Jan-Ole Gerster signe ici son cinquième film. On a d’abord l’impression de suivre un film léger, où l’on se laisse porter par l’intrigue et la mise en place des personnages. Mais très vite, on est happé par l’histoire et par les liens qui se tissent entre les différents protagonistes.
Islands reprend habilement les codes du « film noir » : un héros sur le déclin, un mari au futur incertain et une femme que l’on ne peut pas vraiment déchiffrer, ni dans ses intentions ni dans ses actions. Au fil du récit, on se retrouve embarqué dans un thriller magistralement maîtrisé.
Le montage, au début, peut se montrer déroutant par la manière dont les transitions sont construites, cassant parfois le rythme ou introduisant la scène suivante avec un léger décalage. Cependant, la photographie et la mise en scène, elles, sont maîtrisées de bout en bout.
Le réalisateur s’inspire des peintures et des ambiances qui se dégagent de l’œuvre d’Edward Hopper. Une fascination pour le peintre américain transparaît, non seulement dans la lumière et la sensation de solitude urbaine, mais aussi à travers ces personnages qui semblent attendre quelque chose qui n’arrivera sans doute jamais.

Tous ces éléments se retrouvent dans Islands. Au fil des plans, on voit les personnages partager le même cadre sans jamais se regarder. Ils sont ensemble, mais profondément seuls. On ressent une véritable volonté de capturer ces instants et de soigner l’esthétisme des plans : le cadrage et la composition accentuent le récit et renforcent la tension envoûtante que le film installe.
On retrouve aussi beaucoup de plans-séquences, qui donnent une perception du temps plus étendue.
La musique, quant à elle, participe à créer une atmosphère paradoxale : le calme apparent, quand tout semble sous contrôle, alors que petit à petit, les secrets et les mensonges apparaissent. Le spectateur est confronté à cette nouvelle réalité en même temps que le personnage de Tom.
Le récit et le film fonctionnent aussi bien car il est porté par la prestation des acteurs, Tom (Sam RiIey), Anne (Stacy Martin), Anton (Dylan Torrell) et Dave (Jack Farthing).

L’actrice française Stacy Martin, révélée dans Nymphomaniac de Lars von Trier, a ensuite joué dans les trois films de Brady Corbet. Stacy apporte au personnage de Anne une profonde ambiguïté. Son jeu passe beaucoup par les regards, les non-dits. L’actrice fait coexister le doute, la peur et le désespoir, parfois dans une seule scène. Elle installe quelque chose de trouble, d’insaisissable.
Sam Riley porte le film sur ses épaules en duo avec Stacy. Il traverse le film comme une balle de tennis, entre coups et revers. Il encaisse, répond et hésite, comme sur un court de tennis. Il parvient à jouer avec légèreté et profondeur, avec un je-ne-sais-quoi d’électrisant, mais toujours contenu.
Dylan Torell, quant à lui, incarne ici son premier rôle au cinéma. On souligne une présence discrète, mais marquante, son jeu étant d’une précision absolue, avec un très bon instinct du rythme. Nous sommes ici témoins d’un jeune acteur prometteur.
Bande-annonce
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