
« What are you doing here, Tommy? »
[Qu’est-ce que tu fais ici, Tommy?]
La vie de Tommy est un enfer! Sa mère est totalement déconnectée. Un accident soudain projette Tommy dans un monde de fantasmes ardents. Est-ce que ce sera suffisant pour lui?
Avec Tommy’s Odyssey, Zach Radford questionne la capacité de l’esprit humain à se créer des refuges face à la solitude urbaine et au délaissement parental.
Tommy traîne son existence comme un fardeau trop lourd pour ses épaules. Chez lui, le silence est assourdissant : sa mère, bien que présente physiquement, semble flotter dans une dimension où il n’a pas sa place, déconnectée par la fatigue ou l’indifférence. Malgré les tentatives du garçon de capter l’intérêt de sa mère, rien n’y fait.

En deux courtes séquences, le réalisateur réussit à montrer comment les distractions environnantes peuvent devenir des vecteurs de solitudes pour un fils qui semble déjà avoir de la misère à trouver sa place. Tommy est le reflet de notre société dans laquelle l’école n’est pas toujours ce lieu de socialisation qu’on imagine. Beaucoup de jeunes s’y sentent isolés malgré la présence d’un grand nombre de pairs. Lorsque la famille n’offre pas de possibilités de socialisation, la solitude prend de plus en plus de place.
Alors que certains se lanceront dans la violence, Tommy, ce jeune plus introverti, se retrouve plutôt dans un monde fantasmé qui représente cet endroit à moitié intérieur, à moitié numérique où beaucoup d’humains se renferment en 2026. Comme beaucoup de garçons de cet âge, Tommy est non seulement à la recherche d’amis, mais aussi de l’attention de la gent féminine et de la possibilité de découvrir la sexualité à deux.
D’une façon originale, Zach Radford représente ce fantasme commun.
De façon assez intéressante, le réalisateur représente cette norme en contournant les normes. En effet, cette recherche d’attention et cette découverte de la sexualité sont tout à fait normales chez les ados. Mais plutôt que de représenter cela en plaçant le jeune homme devant un écran d’ordinateur, Radford place Tommy dans une sorte de réalité augmentée, une fantaisie ardente où chaque émotion est décuplée et chaque désir prend vie.

Mais alors que les couleurs deviennent plus vives et que la chaleur l’enveloppe, une question demeure : peut-on vraiment s’épanouir dans un mirage quand on a le cœur brisé dans le monde réel? C’est le personnage de Mona qui sera là pour montrer le chemin à Tommy et, ainsi, amener le spectateur à se questionner sur les enjeux propres au film.
Parallèlement, Jay incarne le danger, pour celui qui a toujours été harcelé, de devenir lui-même harceleur s’il échappe à sa souffrance. En créant sa propre réalité, il devient ce qu’il a toujours méprisé. Richard, au-delà de l’humour qu’il apporte au récit, montre que la normalité ne consiste pas à ressembler aux autres, mais à se sentir bien dans sa peau et à s’accepter tel qu’on est.
Il s’agit donc d’une histoire qui explore la frontière ténue entre la fuite nécessaire et le déni dangereux, entre la normalité et l’acceptation de soi. Une question particulièrement actuelle : ce fantasme est-il une véritable libération, ou simplement une prison dorée?
Bande-annonce
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