Recollection - Une

Recollection — Rien ne sert d’oublier

« You don’t need to live with that pain. »
[Tu n’as pas à vivre avec cette douleur.]

Recollection - Affiche

Dans un monde où les gens comptent sur la technologie pour effacer les souvenirs douloureux, un bogue fait ressurgir les souvenirs supprimés de Kate (Rosslyn Luke), révélant une terrible vérité sur son passé et sur l’entreprise responsable.

Rafraîchir la mémoire

La différence entre un bon concept et une bonne œuvre semble ne pas être si grande, et pourtant. Dans notre quotidien, il existe plusieurs exemples de ces écarts qualitatifs. Nous n’avons qu’à considérer la souplesse d’un plan électoral et de ses promesses vis-à-vis les applications réelles ou tangibles des actions posées à cet effet. Disons qu’il est plutôt surprenant d’assister à la réalisation d’un projet dans la même optique qui l’a vue naître. 

Ce que j’insinue par là, c’est que l’on commence toujours un projet en se disant : « Ah, ça, c’est une bonne idée »; il n’est pas donné à tout le monde de remettre en question sa propre excellence. Puis, de cette idée naît un concept. Un concept, si on s’en tient à la définition du Larousse, c’est : « une idée générale et abstraite que se fait l’esprit humain d’un objet de pensée concret ou abstrait, et qui lui permet de rattacher à ce même objet les diverses perceptions qu’il en a, et d’en organiser les connaissances ». Ensuite on se dirige à la production et c’est souvent là que les choses se corsent.

Recollection - Rafraichir la mémoire - Kate Memory Booth Night Rain
Kate (Rosslyn Luke)

La vie — ou plutôt la réalité dans ce cas précis — est faite de sorte que même si on croit avoir calculé toutes les possibilités, il y a toujours quelque chose qui nous échappe. Les réalisateurs expérimentés le savent, sur papier c’est bien beau, mais rendu le temps de tourner le satané requin refuse de bouger adéquatement. Une fois que c’est fait, on ne peut pas retourner en arrière, il faut savoir moyenner avec ce que l’on a. Et ce n’est pas que les accessoires qui peuvent causer des imprévus. Parfois, ce sont les gens qui sont en retard ou qui se brisent un pied en donnant un coup de pied dans un casque.

Du coq à l’âne

Après avoir terminé le tournage, ça ne veut pas dire que le film l’est pour autant; il faut aussi le monter. Plus qu’une question d’ajout de sons et d’effets VFX, on parle également de l’agencement des scènes de manière à créer un lien intelligible entre le concept et l’œuvre que le public pourra percevoir. Ça peut sembler facile comme ça quand on regarde le tout comme une recette de cuisine, mais, en art, on n’a pas vraiment le droit à l’erreur. Je le mentionnais plus haut, qu’on ne revient pas en arrière. Une fois la sculpture dévoilée au grand jour, le sculpteur ne doit pas éternellement polir son travail au risque de le dénaturer complètement. Peut-être qu’un angle n’était pas aussi soigné que désiré — un coup de ciseau un peu trop passionné — et la sculpture en garde quand même une légère trace. Eh bien, soit! Amen. Ou, en langage courant, « ainsi soit-il. »

Recollection - Coq - Kate in Line Vitailty
Kate en ligne chez Vitality

Recollection, réalisée par Caden Butera et coécrite par lui-même ainsi que Rylan Butera, aborde le sujet épineux qu’est le sort que nous réserve le futur. Utopie ou dystopie? Le duo de cinéastes nous emmène en 2033 (1 an avant le départ du Romano Fafard) où les États-Unis sont sur le point de mettre en marche le programme Vitality à la grandeur du pays. L’objectif du programme est simple; toute personne désirant continuer de travailler devra se soumettre à une politique de purgation des émotions grâce à une technologie qui permet de cibler et éliminer toute pensée ou souvenir nuisible susceptible de créer de l’inefficacité au travail. On le sait trop bien, rien de pire qu’un employé traumatisé à cause d’un événement « hors travail » qui doit demander congé aux frais de l’entreprise.

L’histoire tourne autour de Kate Parker, interprétée par Rosslyn Luke, qui travaille pour Vitality, et comme tous les employés elle est amenée à se « purger » de ses mémoires perturbantes (en même temps, ça serait louche que l’entreprise qui propose ce genre de service ne demande pas à ses employés de le faire eux aussi). Le seul problème c’est que notre protagoniste a déjà la fâcheuse habitude de se purger progressivement pour des altercations de plus en plus mondaines. L’intrigue de départ ici est très intéressante, avec une rigidité sociétaire et une esthétique évoquant un mélange entre des classiques du genre comme Brazil, réalisé par Terry Gilliam, et Equilibrium, réalisé par Kurt Wimmer. C’est un peu dommage que le film ne commence pas là-dessus.

Quand c’est trop facile

L’introduction c’est, en fait, Kate attachée sur une chaise dans un endroit lugubre qui se fait interroger par une voix sinistre qui lui demande de se souvenir de quelque chose pour ensuite nous faire le classique « 3 jours plus tôt ». C’est dommage parce que ça casse le rythme. Un film qui utilise la dystopie comme moteur narratif et qui ne l’installe pas de prime abord risque de perdre une partie de son public. Pour être honnête, lorsque cette ellipse fut ultimement bouclée, j’avais complètement oublié que le Recollection commençait avec ça. C’est à croire qu’on avait peur de laisser le récit respirer et que je m’endorme en commençant.

Recollection - Trop facile - Maggie Gun in Lair - Jasmine Wright
Maggie (Jasmine Wright)

La joke, comme on dit, c’est que je ne m’endormais pas du tout au début. Le premier tiers, c’est même la meilleure partie, selon moi. Ensuite… eh bien, mettons que c’est un peu le classique de la conspiration où les personnages peuvent ressurgir n’importe quand comme dans un vieux téléroman à l’eau de rose. À la fin je pensais qu’on allait me dire que tout ceci n’était qu’un rêve et que tout le monde n’était pas mort ou disparu. Nulle crainte, ce n’est pas ça qui arrive. Enfin pas totalement.

Finalement, ce long métrage de science-fiction ne m’a pas particulièrement surpris, mis à part peut-être le caméo d’Eric Roberts, même s’il aurait pu être mieux utilisé. En fait, le film m’apparut comme deux bonnes idées qu’on avait essayé de faire tenir en une seule. Loin d’être mauvais, mais loin d’être parfait, c’est tout de même la preuve que les films de série B ont de moins en moins d’écart avec ceux à gros budget. Une chose est certaine par contre, ce qui est vu est vu et ne peut pas être « dévu »! À vos risques, cher lectorat.

Bande-annonce  

Fiche technique

Titre original
Recollection
Durée
119 minutes
Année
2025
Pays
États-Unis
Réalisateur
Caden Butera
Scénario
Caden Butera et Rylan Butera
Note
7 /10

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Fiche technique

Titre original
Recollection
Durée
119 minutes
Année
2025
Pays
États-Unis
Réalisateur
Caden Butera
Scénario
Caden Butera et Rylan Butera
Note
7 /10

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