
« C’est toujours l’histoire autour de l’objet qui lui donne sa valeur. Toujours, l’histoire et jamais l’objet. »

À Montréal, à l’aube du 20e siècle, un garçon miséreux tombe amoureux d’une jeune fille dont les pleurs se transforment en perles. Il les revend à un prêteur sur gages impitoyable et avide d’en obtenir davantage. Tenté d’emprunter le chemin de la cupidité, le garçon doit choisir entre l’amour et la fortune, au risque d’y laisser son âme.
L’Office National du Film, ou ONF pour les intimes, réussit encore et toujours à survivre à l’envahisseur qu’est le système de production Hollywoodien et ses pairs. Soyons francs, il n’est pas facile de faire rayonner quelque chose d’aussi intime et mondain qu’une vision discrète du monde; celle d’un individu. Alors que tout le modèle semble s’industrialiser, que reste-t-il de nous, de vrai dans cette histoire? Les histoires justement, les contes ne sont-ils pas, par leur capacité à créer un lien entre concept, observateur et objet, aussi vrais qu’une histoire vraie; c’est-à-dire, vécue?

La jeune fille qui pleurait des perles est une œuvre du tandem nommé aux Oscars que forment Chris Lavis et Maciek Szczerbowski (Madame Tutli-Putli), ce film méticuleusement confectionné témoigne de la magie de l’animation image par image. Les marionnettes fabriquées à la main, la fascinante narration de James Hyndman et la musique envoûtante de Patrick Watson concourent à faire de La jeune fille qui pleurait des perles une parabole intemporelle sur les thèmes du désir, de la duperie et du prix de l’innocence. Enfin, c’est ce qu’on dit sur la page internet de l’ONF. Toutefois, je suis d’accord sur l’approche. Cependant, l’histoire me parle encore plus profondément, ce qui est ironique lorsque l’on considère le récit qui soutient ce court métrage.
Je ne me permettrai pas de dévoiler le film dans son ensemble pour vous priver de l’expérience, mais plutôt d’aiguiser votre goût à vouloir le vivre vous-mêmes sans divulgâcher le tout. Je commencerais d’ailleurs en précisant que dans un cas comme celui-ci, on aime l’histoire parce qu’elle se déploie sous nos yeux et non parce qu’on en connaît la fin. Tout de même, j’essaierai au mieux de ne pas vendre la mèche comme il se doit dans les règles de l’Art de la critique de… et bien de l’Art.

Premièrement, à mon avis, pour bien raconter une histoire, ça prend quelque chose que l’on appelle l’identification. Bon, c’est tout un pan de la philosophie, mais surtout de la psychologie, qui serait long à aborder en entier ici. Alors pour les besoins de la cause (votre précieux intérêt, cher lectorat), je résumerai donc brièvement ce que j’ai pu y percevoir. Par contre, de par mon appréhension globale, je peux vous dire que le jeu en vaut la chandelle. Probablement l’un des meilleurs courts-métrages qui m’a été donné de voir.
J’ai commencé le film avec un œil naïf, peut-être même un peu condescendant. Une attitude du type qui regarde son enfant et dit : « Allez, raconte-moi ton histoire. Papa t’écoute.» Après tout, pourquoi pas? C’est quand même le ton de la diégèse. Un grand-père qui raconte une histoire à sa petite fille sur le bien le plus précieux qu’il possède : une perle qui serait tombée des yeux d’une jeune fille triste et mal aimée. Le vieil homme raconte comment — lorsqu’il était encore un jeune petit roublard orphelin — il a pu apercevoir une fille dont les larmes de tristesse se cristallisaient en perles les plus parfaites qui soient.

Et laissez-moi vous dire, le bonhomme il les aime ses perles. Il en parle en long et en large; de leurs couleurs, de leur lustre, de leur valeur que l’on s’arrachait, comment il les ramassait, troquait, etc. Si bien qu’à un moment j’en avais presque soupé d’entendre son récit de vieux croulant qui explique comment sa fortune lui vient de la duperie et de la fourberie. Cependant, je ne pouvais me douter que — telle une huître qui en apparence ne pourrait contenir rien d’aussi magnifique — se tisserait aussi soigneusement que le mollusque sculpte ce bijou.
Finalement, après avoir tendu l’oreille, il m’est impossible de ne pas vous le recommander. Avec mon expérience, je tiens à vous dire que ce n’est pas tous les jours qu’une œuvre puisse s’exprimer avec autant d’éloquence que La Trahison des images de Magritte ou Ceci n’est pas un conte de Diderot. La jeune fille qui pleurait des perles est sans doute une représentation contemporaine des réflexions les plus intemporelles que 2025 à pu produire, s’inscrivant probablement au Panthéon des œuvres d’art à conserver coûte que coûte.
La jeune fille qui pleurait des perles est présenté à Cinemania le 11 novembre 2025.
Bande-annonce
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