
「カナたさんはどんな思いで『マリア』を作ったんですか?」
[Kanata-san, quelle était votre intention lorsque vous avez créé « Maria »?]

Maria (Hina Kikuchi), élevée dans une famille monoparentale, découvre une collection de CD, de photos, de journaux intimes et une cassette démo inutilisable en triant les affaires de sa défunte mère. La cassette, comme elle, porte le nom de « MARIA ». Quel secret sa mère cachait-elle? Quel genre de chanson est enregistré sur la cassette? Pour percer le secret de sa mère, Maria se rend dans une salle de concert. Là l’attend un genre musical étrange appelé « V-kei » (Visual Kei).
Avec V.Maria, Daisuke Miyazaki propose un film tout simple qui se rapproche du film sentimental sans tomber dans le genre. Un film sur la découverte de soi qui rappelle que notre passé a effectivement une influence sur notre présent.
La musique fait souvent partie de notre vie assez rapidement. À l’adolescence, elle contribue à former qui nous sommes. Bien que nos goûts peuvent changer, la marque que la musique laisse reste en nous. Nous sommes toujours la même personne, mais nous évoluons. Parfois on a la chance de tomber sur quelque chose qui nous touche particulièrement. Pourquoi? On ne le sait pas toujours.
C’est en fouillant dans son passé que le réalisateur est ainsi venu à créer cette œuvre touchante.
« Cette musique éblouissante qui m’a baigné ce jour-là fait désormais partie intégrante de ma vie, et, bien sûr, je ne peux expliquer pourquoi je l’aime. Je ne sais pas pourquoi, mais je l’aime. Ni plus, ni moins. Et en ce sens, en vivant encore avec cette musique que je ne comprends pas pleinement, mais que j’aime, je suis toujours Daisuke Miyazaki aujourd’hui et je continue à m’exprimer. »
La jeune Maria se cherche. La mort de sa mère lui a laissé un grand vide et l’a amené à se demander qui elle était. En tombant sur une boîte de souvenirs de sa mère, cette quête d’identité est remontée à la surface et l’adolescente ressent un fort désir de comprendre non seulement qui était réellement sa mère, mais de comprendre qui elle est elle-même.

Le réalisateur réussit à mettre en scène cette quête dans un ton léger sans tomber dans le comique ou le ridicule. Le film n’est ni un drame, ni une comédie, mais une quête humaine montrée de façon réaliste, mais légère, transportant le spectateur dans une recherche et une série de changements qui mèneront Marie à se définir.
Le fait que le film n’entre pas dans une case stylistique ou de genre n’est pas anodin. Ça représente aussi l’état d’esprit du personnage de Maria qui ne se retrouve pas dans les cases que lui propose la société traditionnelle. Sa rencontre avec Hana (Mayuki) lui permettra de découvrir qu’il existe d’autres façons d’être, comme il y a d’autres façons de faire les choses (ou les films).
Daisuke Miyazaki, d’ailleurs, se promène allègrement d’un genre ou d’un style à l’autre lorsqu’il fait ses films. Avec Videophobia, il offrait un film un peu étrange et noir et blanc. Plus tard, avec #MITO, il allait à l’autre bout du spectre avec une œuvre très colorée, voire agressante dans sa rapidité et dans sa musique criarde. Cette fois-ci, il propose un long métrage plutôt classique au niveau de l’image. Mais une chose rassemble ces films : tous questionnent la modernité. Que ce soit le droit à l’image ou les réseaux sociaux, ou encore le droit de devenir qui on veut, chaque fois le spectateur se retrouve à se questionner sur sa propre vision du monde et de qui il veut être.

Quand on regarde le personnage de Maria évoluer, on peut voir la même chose et les mêmes changements qui se produisent alors qu’elle passe d’une apparence très classique d’une adolescente très respectueuse des styles que lui imposent la société à une jeune femme qui tente les vêtements un peu plus « baggy » et finalement à un style hors norme assumé.
Tout est dans tout, comme on dit.
Cette fois, Daisuke Miyazaki n’hésite pas à plonger dans le sentimental, mais il le fait avec une simplicité déconcertante. C’est brillant et ça nous amène à nous interroger sur l’une des questions les plus essentielles : celle du temps qui passe et nous échappe. Le tout, en nous faisant découvrir un monde musical fascinant et méconnu.
Le résultat est un film intelligent, mais léger et facile à regarder. Chacun pourra certainement s’y retrouver, à condition de ne pas avoir complètement oublié comme ton se sent lorsqu’on est à la porte de l’âge adulte sans y être encore.
V.Maria est présenté au FNC les 9 et 11 octobre 2025.
Bande-annonce
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