
« Tous les choix que l’on fait sont-ils judicieux; sont-ils importants ? »
Écoles sous pression – Une quête de Ricardo Larrivée soulève un véritable enjeu de société démontrant l’urgence de mettre nos écoles au cœur des préoccupations sociales.
Ce mardi 24 mars 2026, je suis sorti de chez moi – ainsi que tant bien d’autres ce matin-là – pour constater que sonner le glas de l’hiver n’en annulait pas de facto le froid qui tarde comme toujours à céder sa place aux bourgeons du printemps. Sauf que de mon côté, j’avais quand même la chance d’aller au chaud des studios de Radio-Canada; c’est pour dire que ce n’était pas le cas pour tout le monde. Je ne parle pas que d’itinérance bien évidemment, mais ce n’est pas le sujet du documentaire signé Mélissa Beaudet avec les Studio Pamplemousse, car je fais plutôt référence aux étudiants de la Province et plus précisément celles et ceux du primaire et du secondaire.

Avec nul autre que Ricardo Larrivée comme hôte, cofondateur de l’initiative Lab-École, École sous pression est un documentaire qui choque avec grâce et empathie sur l’état, avouons-le, déplorable de notre système d’Éducation et tout particulièrement ce qui à trait à ses infrastructures. On le souligne dès le départ, le but n’est pas de faire du sensationnalisme pour la télé. On veut tout simplement donner l’opportunité aux gens non seulement de savoir, mais aussi de voir, constater la situation d’environ une école sur deux à travers tout le Québec. Alors que le gouvernement en place à plusieurs fois pris la peine de souligner l’importance des enfants et de la relève, on peine encore à en voir les résultats. C’est donc dans cette optique de sensibilisation que l’on s’immisce tant bien que mal à travers quelques établissements scolaires qui font tout simplement froid dans le dos.
La problématique est toutefois beaucoup plus complexe à étaler clairement au grand jour, car tel le classique des cours d’école, on se lance la balle jusqu’à ce que sonne la cloche, même dans les plus hautes instances ministérielles. À un détail près, la partie semble inégale du simple fait que l’équipe du haut s’épuise peu à laisser retomber la faute plus bas; et en contrepartie, on s’acharne souvent à vouloir la relancer de toutes nos forces pour les atteindre sans trop de succès. Toutefois, Ricardo nous dit : « Suffit de se lancer des pierres », et il a bien raison, si on veut construire vaut mieux les empiler. Est-ce que cette crise semblablement insurmontable l’est vraiment, où n’est-elle pas plutôt la démonstration qu’avant de pouvoir régler n’importe quel problème il faille d’abord accepter qu’il y en est un?
On prend beaucoup de précautions afin de s’assurer que le message ne porte pas une connotation trop… disons rebelle. Pourtant, ce n’est pas d’inciter à la violence que de donner des preuves tangibles pour favoriser le dialogue et les prises d’actions subséquentes qui s’imposent, non? Après tout, les enfants sont le futur ou pas? Il faudrait se décider avant d’attendre, encore une fois de trop, de se retrouver devant le fait accompli. Veut-on vraiment prendre la chance que le ciel leur tombe littéralement sur la tête ou pouvons-nous, oui ou non, tenter à notre tour de mettre la main à la pâte comme Ricardo et tant d’autres? Ce dernier évoque lui-même avec certitude ne pas être la première personne à le décrier. Il appelle à conscientiser aussi celles et ceux qui comme lui ont le pouvoir de s’exprimer, mais aussi d’être entendus. On ne peut se le cacher, de nos jours, la liberté d’expression n’a d’égale que son nombre d’abonnés; toute argumentation est devenue pétition quitte à devenir sophisme. Que la majorité l’emporte, soit, mais ne soyez pas étonnés qu’on retourne à la case départ.

En fait, la seule façon qu’une majorité puisse être un argument de taille dans une prise de décision, c’est seulement si tout l’électorat vote à parts égales et en connaissance de cause en tout et partout. Je veux dire, on nous fait découvrir bien plus les participants d’Occupation Double ou Big Brother que nos politiciens. C’est pas un vote de popularité qu’ils disent, mais c’est comme pareil un vote de popularité un peu, non? À quand le moment où nous allons enfin nous décider avec de la certitude et pas que de la servitude? Parce qu’en ce qui a trait au système d’éducation, ça l’air que les professeurs, et autres corps de métiers oeuvrant dans le milieu scolaire, ont peur de se prononcer sur l’état de celui-ci. Incroyable, pas vrai? Nous sommes en 2026 et même au Québec, il ne faut pas dire de mal de l’État et ça laisse un froid soviétique dans le dos; ils appellent ça le devoir de loyauté… Si tu travailles au gouvernement, tu ne peux donc pas critiquer le gouvernement. Est-ce que c’est juste moi qui trouve ça contre-productif? On s’entend que si t’as besoin de fabriquer une clause du genre pour gérer tes rapports avec les autres, tu dois pas être trop trop fiable. Est-ce normal que le système des adultes revête autant de similitudes que la façon dont les équipes de ballons-chasseurs se forment sous la supervision de pump up the jam?
La question qui me brûlait les lèvres : « Mais peur de qui? Peur de quoi? » Ce sont des mots qui pour moi sont lourds de sens. Ça m’angoisse et d’autres aussi, j’en suis certain. Non, mais dans quel monde vit-on? Si on refuse d’écouter celles et ceux qui s’y connaissent le plus en leur imposant un code d’éthique – pas si éthique finalement – où critiquer l’établissement et les conditions de travail se transforment en « mesures disciplinaires », alors on écoute qui? Je ne veux pas semer le chaos, je tente moi aussi tant bien que mal de comprendre pourquoi et surtout comment on pense pouvoir sanctionner un individu pour avoir pris la parole. Après tout, le gouvernement n’impose pas personnellement, même si le code lui-même existe bel et bien, de suivre toutes les directives à la lettre. Il paraît que si l’équipe du documentaire a eu quelques difficultés, c’était entre autres la facilité à pouvoir venir dans des écoles plus vétustes pour ne pas dire délabrées. Le ministère soutient que ce sont des décisions qui appartiennent à la discrétion de la direction desdites écoles. Allez savoir.
Alors, il faut avoir peur de qui? Techniquement, on devrait avoir peur de personne, on ne trouve jamais de coupable ni de bourreau, juste des victimes. Augusto Boal, artiste et philosophe reconnu pour la création du Théâtre de l’Opprimé, racontait comment l’oppresseur pouvait parfois se trouver à l’intérieur même de l’agressé. Ça veut dire qu’il arrive qu’un individu doive défendre ses droits ou les faire respecter, mais qu’il s’incline sous les coups de bâtons imaginaires. On n’a pas besoin d’imposer quoi que ce soit à personne si celles-ci se punissent elles-mêmes. Selon moi, c’est tout simplement que le problème semble insurmontable et que ça ne dit pas à grand monde d’hypothéquer son confort pour la bataille. Je vous comprends, c’est normal. On a tous nos petites vies à mener, c’est pas comme si ça nous coutait des centaines de millions pendant ce temps-là.

On ne se le cachera pas, les élections s’en viennent avec un leitmotiv de Jaws et j’ai l’impression qu’on les redoute plus que jamais. Vous savez cette étrange sensation quand tu dois aller tondre la pelouse chez ta tante, mais qu’elle a juste une vieille tondeuse que son défunt mari avait et que lui « il savait comment elle marche ». Tu regardes l’engin qui rajeunit pas et t’es comme « Son esti de tondeuse de marde »… sauf que maintenant c’est genre la tienne parce que ta tante l’utilise pas; c’est toi qui s’en sert astheure. Ben oui, quand vient le temps de la mettre en marche, tu pèses sur le vieux piton de caoutchouc mou, tire sur la corde deux ou trois bons coups (même si, son mari, ça y’en prenait rien qu’un) et à chaque fois tu as peur qu’elle te pète dans la face. Pas de danger que tu la répares ou t’en prennes une neuve, tu t’en sers aussi souvent que tu vas voter de toute façon et c’est jamais pour bien longtemps. Le reste du temps, c’est son voisin qui le fait, pourquoi lui il en prend pas une nouvelle?
Dommage que la politique ne fonctionne pas comme les Prix Nobel. Dans le sens que, non, n’importe qui ne peut pas se présenter. Ça prend quelqu’un, généralement un expert dans son domaine, qui propose votre candidature si vous voulez être sélectionné. Je propose, Ricardo comme ministre de l’éducation. Non, mais sérieusement, moi je ferais confiance à cet homme pour prendre sur ses épaules ce lourd dossier. Ça prend du coeur pour se soucier réellement de ses concitoyens et on le connaît, il ne cuisine pas avec des pommes pourries. Je pense que c’est avant tout notre devoir en tant que membres du peuple de s’investir. La jeunesse ne peut pas tant que ça, et la vieillesse peut encore beaucoup plus qu’on le sous-entend. Je vous incite donc fortement (pour ne pas dire obliger) à regarder École sous pression afin que vous puissiez constater par vous-mêmes le genre d’avenir que nous sommes en train de laisser derrière nous.
Bande-annonce
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