
Jeudi soir avait lieu l’édition 2026 de la Nuit de la danse du FIFA. Chaque année, c’est pour moi l’occasion de regarder les plus récents courts métrages de danse que le monde a à offrir.
Cette année, je traite de 9 des 18 films qui y sont présentés.
Que ce soit pour la beauté ou pour la contestation, chaque film a sa raison d’être. Voici quelques mots sur chaque œuvre que j’ai vue hier soir.
Sur une musique d’Antonio Vivaldi et une chorégraphie de Sylvain Groud, ce court métrage dansé capte la naissance d’un sentiment de passion entre deux personnages, à la frontière de deux mondes : l’un obscur et déshumanisé, l’autre verdoyant et habité par l’amour.

Avec La passion, Alain Fleischer montre que la passion peut être le meilleur des remèdes pour s’évader.
Mettant en opposition deux univers — l’un une prison sombre en noir et blanc, l’autre des champs verts et colorés —, Fleischer offre la liberté à ses personnages. La prison est caractérisée par des bruits de métal et une musique composée uniquement de ces sons durs. Les champs, eux, nous sont montrés sur une musique douce et passionnée de Vivaldi.
Alors que les personnages se rapprochent dans leur monde sombre, jusqu’à se toucher, leur esprit s’envole dans le monde coloré. Une belle analogie pour montrer que la passion est le remède de l’esprit et la fuite de la prison.
La chorégraphie mise sur les rapprochements des corps, les enlacements, les baisers et les jeux de regards. Le résultat est une œuvre qui promène le spectateur à travers plusieurs émotions.

Vortex est une performance expérimentale inspirée des gyres océaniques, ces tourbillons où s’accumulent les déchets plastiques. Le court métrage utilise cette image comme métaphore du temps, de la répétition et de la persistance humaine dans la transformation des écosystèmes. À travers une narration visuelle abstraite et sensorielle, il évoque la trace durable de nos actions sur le vivant. Boucles d’images, mouvements circulaires et textures organiques composent une performance centrée sur l’accumulation, la mémoire et l’irréversibilité.
Avec Vortex, Sébastien Provencher propose une œuvre visuellement intéressante, mais qui n’a pas vraiment sa place dans un programme de film de danse.
Heureusement, il y a un résumé pour expliquer le film. Mais je me questionne sur ce genre d’œuvres. Si on n’est incapable d’avoir, ne serait-ce qu’une toute petite idée de ce que représente le film, c’est peut-être que le film n’est pas réussi. Même s’il est beau et qu’on prend plaisir à le regarder, si on ne comprend rien du message ou de l’histoire, c’est qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas.
Soherin’avaratra : La chrysalide du Nord met en scène un solo, chorégraphié et interprété par Claudia Chan Tak, artiste pluridisciplinaire québécoise d’origine malgache-chinoise.

Dans un dôme souterrain propice au recueillement, la danse se déploie comme une métamorphose. Autour d’elle, des insectes, dont le papillon comète de Madagascar, ornent les murs de leur éclat. Portée par une création musicale malgache originale, la chorégraphie puise dans les racines et les transformations intérieures de l’artiste, traçant un chemin où espace, corps et mémoire vibrent à l’unisson.
Je me questionne… Pourquoi ce film? Le lien entre chrysalide et chorégraphie est clair. Les mouvements et l’environnement ne laissent aucunement place au questionnement.
Mais il manque quelque chose dans ce court film. La musique n’inspire pas à la danse, et les mouvements, bien que représentatifs, ne sont pas très excitants. On reste avec l’impression que cette prestation est une introduction pour quelque chose à venir. Peut-être qu’il aurait été pertinent de faire une oeuvre plus longue afin de donner le temps à la performeuse de donner quelque chose de plus complet.
Saba, une jeune Iranienne, est danseuse. Elle veut rester indifférente à ce qui l’entoure et exprimer son être et sa liberté à travers son corps. Elle est amoureuse de l’art de la danse, de l’art du lâcher-prise et de la vie affranchie des liens conventionnels. Mais cet art d’exister est interdit dans un État profondément religieux qui ignore les droits humains les plus fondamentaux.

Avec And me, I’m dancing too, Mohammad Valizadegan propose un portrait sincère de l’oppression quotidienne que subissent les femmes en Iran sur le chemin de la liberté.
Moitié film de danse, moitié pamphlet politique, ce film est un cri contre l’oppression. Bien qu’il n’y ait pas autant de séquences de danse que ce qu’on a l’habitude de voir dans les films de cette catégorie, l’œuvre de Valizagedan n’en est pas moins belle. Ici, chaque mouvement est un geste politique, un geste engagé, un geste dangereux.
Saba prend position dans le mouvement de contestation civile en utilisant l’art pour protester. Le mouvement est son arme. En suivant la jeune femme dans les rues de la ville, le réalisateur prend un risque afin d’aider les femmes à s’affranchir. Ici, pas d’artifices, pas de longues chorégraphies. Chaque mouvement, chaque seconde compte.
Le film se termine dans une danse sublime et forte qui donne toute sa force à ce film et qui montre tout le génie d’un mouvement contestataire qui tente de changer le monde.
The Oath explore les mouvements synchronisés en groupe, à la fois issus des pratiques quotidiennes et poétiques. Inspiré de la chorégraphie scénique américaine d’Annie-B Parson et baigné de couleurs vives, le film réunit dix-sept femmes et personnes s’identifiant comme femmes, âgées de 24 à 80 ans, qui se déplacent à l’unisson pour incarner une dynamique collective.

Avec The Oath, Alla Kovgan et Annie-B Parson proposent une chorégraphie en mouvement synchronisé qui donne l’impression de regarder une secte transmettre ses promesses. On peut aussi y voir une critique de la société et des rôles qu’elle donne aux femmes.
Le problème c’est que ce genre de mise en scène est ennuyant à regarder sur un écran… Dans une salle, le délai au début avec les danseurs qui ne font rien ou presque crée une attente, un désir d’en voir plus. Sur un écran, c’est juste long. On n’a pas la chaleur qui émane des corps, les bruits des pas, du plancher qui craque, les respirations… Tout ce qui crée cette ambiance, cette proximité, cette impression d’intimité.
De plus, la mise en scène cinématographique est ennuyante et nuit au regard du spectateur. On ne peut pas regarder ce qu’on veut et la caméra ne donne rien de spécial. Les plans larges n’apportent rien que le regard ne saurait donner si on était sur place. Au contraire, ils empêchent le spectateur de pouvoir se concentrer sur un duo, une danseuse, quelque chose qui attire son regard.
Il s’agit probablement d’une prestation vibrante, lorsque vu live, mais un ennui lorsqu’on a la version filmée.
Une nuit à Paris. Quatre artistes de cabaret se préparent à entrer en scène, entre hésitations, rituels et métamorphoses.

Avec Voisine, Julia Flaster offre un court portrait de ces artistes qui ont choisi le cabaret pour exprimer leur art.
Trop court pour réellement être pertinent, ce film est une belle entrée en la matière. Le sujet de la danse érotique n’est pas souvent traité, et ce l’est encore moins en France. En donnant la parole à ces artistes, Flaster offre une fenêtre sur un univers qui est très mal connu.
Voisines permet de découvrir différents types de personnes qui ont fait le choix de danser dans le cabaret. Pour certaines, c’est un grand désir, pour d’autres c’est une simple continuité. Mais ce qui ressort de ce court documentaire, c’est la passion qui guide ces artistes à performer dans un cadre moins classique.
Le résultat est un petit film intéressant qui laisse un peu sur notre faim. Donnez-nous un long métrage, dirigé par Julia Flaster, avec ces 4 personnes, et on pourrait avoir quelque chose de vraiment pertinent.
Dans la pénombre d’une cellule, le cinéaste catalan Aitor Ibáñez observe le travail d’une chorégraphe et d’une danseuse. Des années plus tard, une image numérique retrouvée et une bobine 16 mm oubliée révèlent un raccord inattendu : non une continuité, mais une coupure entre deux matérialités.

Île tête nue entremêle alors deux séquences de danse issues de temporalités distinctes, reliées par des surimpressions, des colorisations et des jeux de lumière. Le corps nu se transforme en formes abstraites, où lumière, ombre et son créent un espace pictural et onirique, à la frontière du conceptuel et du corporel.
Avec Île tête nue, Aitor Ibáñez offre un film expérimental captivant.
Le corps qui bouge très lentement dans le noir et les images qui semblent immatérielles créent une ambiance surréelle. On ne sait plus trop ce qui est de quelle temporalité. Mais rapidement, le questionnement se laisse tasser par une captivité. La musique hypnotisante, jumelée aux images semi-abstraites, saisissent et le spectateur se retrouve saisi, se laissant emporter par ce qu’il voit.
Ici, ce n’est pas l’histoire ou le message qui est abstrait, mais bien les images. Mais l’abstraction devient de l’art pur. Le noir qui enveloppe le corps donne un résultat marquant. Une lumière qui vise un corps et laisse le reste dans la pénombre totale… Magnifique!
Your Love : Beside Me est un triptyque de films de danse narrative retraçant le cycle de la vie amoureuse. À travers des duos intimes, l’œuvre explore l’euphorie d’un premier regard, l’harmonie silencieuse des rythmes partagés et la tendresse des adieux. Chaque partie reflète une phase distincte de la relation, évoquant mémoire, intimité et passage du temps. Ancrés dans une narration corporelle, les films questionnent la manière de traverser le deuil et de se retrouver, dans l’obscurité de nos cocons et dans la fragile émergence qui suit.

Avec Your love : beside me, Ali Kenner Brodsky offre un film de danse tout en douceur.
Contrairement à ce qu’on a l’habitude de voir dans les films de danse, celui-ci propose une trame narrative plutôt claire, se rapprochant d’un cinéma plus traditionnel. Ne vous trompez pas. Ce court métrage contient de la danse du début à la fin. Il en contient même plus que certains autres. Mais on peut aussi comprendre l’histoire qui s’y déroule.
Le cycle de l’amour n’est pas unique et pareil pour tous, mais on peut tracer une ligne similaire pour chacun. Ici, on suit l’évolution dans un romantisme et une douceur touchants. Les mouvements sont lents et empreints d’une chimie qui ne laisse aucun doute sur la relation des protagonistes.
Bien que ce ne soit pas ce que je recherche dans une soirée de films de danse, j’ai grandement apprécié ce film.
Créé in situ en Italie, avec des danseur·se·s, musicien·ne·s et membres de la communauté, italien·ne·s et internationaux·ales, Landed tisse mouvements, musiques et paysages en une méditation cinématographique sur la mémoire et la transformation.

Avec Landed, Marlene Millar propose une œuvre de danse de groupe qui mise sur une certaine diversité et qui rappelle la migration.
Je dois admettre que je ne suis pas un grand amateur de films de danse qui mettent en scène un grand nombre de danseurs. Comme on ne voit pas tout, on ne peut pas choisir ce qu’on veut regarder. Mais, au moins, ici, la mise en scène cinématographique est efficace et fait des choix pour guider le spectateur.
Les chorégraphies sont simples, mais entraînantes. On pourrait dire qu’il s’agit d’un court métrage qui amène un rayon de soleil. Et comme je le regarde à un moment où il neige, j’apprécie encore plus cet aspect positif, voire jovial.
On ressort du visionnement avec un bonheur de vivre et un sourire sur le visage. Juste ça, c’est déjà beaucoup. On a besoin de plus d’œuvres qui amènent du bonheur.
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