
« Je n’ai rien contre les Mexicains, je dis simplement que nous devrions financer les Américains. »

Un jeune danseur de ballet mexicain, Fernando (Isaac Hernández), décide de traverser illégalement la frontière dans le but de retrouver son amante, Jennifer (Jessica Chastain). Il espère vivre leur amour en sol américain, où il souhaite également poursuivre sa carrière de danseur. Malheureusement, Jennifer est la fille du riche philanthrope Michael McCarthy et son statut social rend leur relation compliquée. Menant une vie remplie de conventions, Jennifer fait tout pour garder sa relation secrète, au grand désarroi de Fernando.
Ce dernier décide de se débrouiller par lui-même et de se concentrer sur la danse. Mais Jennifer ne peut se passer de son amoureux et commence alors un troublant jeu de chat et de souris.
Michel Franco imagine ce film depuis environ 5 ans, ce qui nous ramène au premier mandat de Trump, où ce dernier n’hésitait pas à qualifier publiquement les Mexicains comme étant des criminels. Si ce dernier est moins virulent envers le Mexique, sa vision des immigrants n’a pas changé.
Le réalisateur et scénariste nous offre un angle des enjeux de l’immigration sous le couvert d’une histoire d’amour. Il nous présente également des personnages troubles, joués avec brio par Jessica Chastain et Isaac Hernández, dont la complicité crève l’écran. Égale à elle-même, Chastain parvient à montrer la vulnérabilité de cette femme qui semble avoir tout pour elle, mais qui se sent tellement seule et emprisonnée dans une cage dorée, soumise à l’approbation de son père et de son frère.

De son côté, Isaac Hernández attire la sympathie dès la première scène qu’on le voit. Face à une actrice de calibre comme Jessica Chastain, il sait tirer son épingle du jeu et prendre sa place tout en laissant briller sa partenaire.
La réalité des sans-papiers mexicains est montrée de façon réaliste, sans tomber dans le misérabilisme. Michel Franco tente de montrer le quotidien de ces gens, qui doivent jongler avec le fait de se débrouiller seuls, demeurer solidaire avec ses compatriotes et prendre le risque de dépendre des autres mieux établis. Une situation compliquée, que le personnage de Fernando parvient à naviguer avec beaucoup de grâce et de dignité.
Grâce que l’on retrouve également dans la réalisation et la direction photo du film. Les images sont magnifiques. Michel Franco compose très bien son image et sait transmettre ses informations sans artifices faciles. Avec peu de gros plans pour accentuer une information et des longues scènes sans trop de coupes, le réalisateur nous démontre qu’il fait confiance au public et qu’il a confiance en son récit.
Avec le personnage de Jennifer McCarthy, Michel Franco nous offre une femme complexe dans ses relations avec les hommes de sa vie. D’un côté, il y a les hommes de sa famille. Même si elle est respectée et en haut de l’échelle sociale, on la comprend en dessous de son frère et de son père. Cela se voit particulièrement dans la manière dont son père, Michael McCarthy (interprété par Marshall Bell) parle de son fils Jake (Rupert Friend) et de sa fille Jennifer.
Alors que dans sa relation avec Fernando, on sent qu’elle est celle qui a le pouvoir. Elle est citoyenne américaine, elle est riche, elle est plus âgée que lui, bref, c’est elle qui détient toutes les cartes et qui peut lui offrir une meilleure vie. Les deux amants semblent en être conscients, sans jamais l’aborder ouvertement. Cela crée parfois des situations malaisantes, où la relation amoureuse semble parfois transactionnelle pour lui et satisfaire son manque de pouvoir pour elle.

Rajoutons à cela que Jennifer est également soumise aux conventions de son statut social. Le fait d’être vue en sa compagnie pourrait la mettre dans la disgrâce, surtout lorsqu’on apprend que Jennifer et Fernando se sont rencontrés par la fondation qu’elle a ouverte au Mexique, en lien avec celle de son père. On devine que le poids de son milieu pèse sur les épaules de Jennifer et que sa relation pourrait lui causer une perte de statut, alors que pour Fernando, le fait d’entrer dans le monde de Jennifer n’a que du positif.
Et c’est lorsque sa relation avec Fernando commence à échapper à son contrôle que son masque de prestance glisse et qu’une facette dangereuse émerge.
Sur papier, la relation entre Jennifer et Fernando pourrait être très caricaturale et stéréotypée. Cependant, Michel Franco a su mettre en scène des personnages nuancés et imparfaits. Bien qu’il aurait été plus intéressant de développer la relation familiale de Jennifer (surtout que le film fait 1h30), cela n’enlève en rien à l’histoire du film. Si la fin peut choquer, elle vous restera en tête, avec tout le malaise qu’elle suscite.
Bande-annonce
© 2023 Le petit septième