
« Ne les laissez pas s’échapper! »

2025 marque les 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le sujet a inspiré de très nombreux films hollywoodiens; des drames historiques (La liste de Schindler, La chute, Le pianiste), des films de guerre (Il faut sauver le soldat Ryan, Dunkerque, La ligne rouge) et même des films plus imaginatifs (Jojo Rabbit, Overlord, Captain America). Néanmoins, il n’y a qu’un seul film américain de grande ampleur en 2025 qui est revenu sur cette période historique : Nuremberg, de James Vanderbilt, avec Rami Malek et Russel Crowe. L’œuvre revient sur le célèbre procès de Nuremberg, dans lequel 24 officiers nazis, dont le bras droit d’Hitler, Hermann Göring (interprété par Crowe), sont accusés de complot, crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Mais si vous voulez plus de films sortis cette année-là, il faut se tourner vers la Chine.
Car là-bas, ils ont surtout célébré les 80 ans de la fin de la seconde guerre sino-japonaise, qui a eu lieu de 1937 à 1945. Il s’agit peut-être d’une coïncidence, mais trois films portant sur de grands événements de cette guerre sont sortis cette année-là. Il y a eu Dead to Rights, de Shen Ao, qui revient sur le massacre de Nankin, où l’armée japonaise a torturé, violé et tué des centaines de milliers de civils de la ville de Nankin (le film était le choix de la Chine pour l’Oscar du meilleur film international); Evil Unbound, ou 731 en Chine, de Zhao Linshan, qui revient sur l’Unité 731, un centre de recherche bactériologique de l’armée impériale japonaise, qui a utilisé des prisonniers chinois pour commettre des expériences inhumaines; et le film qui nous intéresse, Dongji Rescue, de Guan Hu et Fei Zhenxiang, qui traite des événements du Lisbon Maru.
Le Lisbon Maru est un navire japonais qui était utilisé par l’armée pour transporter des prisonniers de guerre de Hong Kong jusqu’au Japon. Le 1er octobre 1942, le sous-marin américain USS Grouper lance une torpille vers le navire en ne sachant pas qu’il contient 1816 prisonniers britanniques. Alors que l’armée japonaise évacue le navire en train de couler, elle abandonne les prisonniers à leur mort. Si certains réussissent à sortir, près de 800 d’entre eux meurent noyés ou bien criblés de balles japonaises. Cependant, un groupe de pêcheurs chinois venant des îles aux alentours arrivent pour sauver 384 soldats britanniques et les ramener en lieu sûr.

L’événement avait déjà été relaté au cinéma en 2024 avec le documentaire The Sinking of the Lisbon Maru, de Fang Li. Ici, les réalisateurs Guan Hu (qui avait déjà signé un film historique épique avec The Eight Hundred en 2020, mais également le film dramatique Black Dog, lauréat du prix Un Certain Regard au Festival de Cannes de 2024) et Fei Zhenxiang (surtout connu comme acteur) signent une fiction prenant la voie du divertissement.
En effet, comme les deux autres films chinois de 2025, l’événement historique est montré par les yeux d’un individu particulier. Dans ce cas-ci, ce sont deux individus, soit deux frères exilés du village de pêcheurs qui tombent sur un soldat britannique en fuite. Le film présente également d’autres personnages aux caractéristiques spécifiques, comme un ancien soldat, le doyen du village ou bien le traducteur japonais. Chacun a son propre arc narratif qui sera résolu en prenant part au secours des soldats britanniques. Une structure très hollywoodienne, mais qui fonctionne bien et qui sert à rendre le film plus spectaculaire. Un procédé qu’on peut déjà voir dans l’excellent film sud-coréen The Battleship Island, de Ryoo Seung-wan, traitant aussi d’un événement de la Seconde Guerre mondiale.
Mais tout comme le film sud-coréen, Dongji Rescue prend de très grosses libertés avec les faits historiques, notamment pour mettre en valeur la population chinoise. Le nationalisme chinois est une habitude dans les superproductions locales, souvent financées en partie par le gouvernement communiste chinois et faisant office de propagande. On peut certes critiquer cet aspect, mais c’est une réalité qu’il faut accepter quand on se penche sur les blockbusters chinois. Toutefois, certains films arrivent à atténuer ce sentiment patriotique. Si Dead to Rights arrive à cette balance, tandis que Evil Unbound non, Dongji Rescue est une sorte d’entre-deux.

Il rend en effet hommage au véritable événement et aux pêcheurs qui ont sauvé la vie de tous ces soldats, mais présente les personnages des deux frères comme étant les instigateurs du sauvetage. Le film met aussi grandement en valeur le courage du village face à l’occupant japonais. Cela n’est pas sans rappeler le peuple chinois, qui s’est remis de décennies d’oppression exercée par les forces étrangères, démontrée ici via la grande violence, souvent sadique, de l’armée japonaise. Un sentiment très anti-japonais souvent présent dans les films historiques chinois.
Malgré tout ce nationalisme qui émane du long-métrage, Dongji Rescue n’oublie pas de fournir un bon divertissement. L’histoire est certes classique, mais prenante. Des scènes spectaculaires nous sont offertes, notamment au moment d’un climax haletant. La reconstitution historique, quant à elle,est bien soignée. Si on oublie un montage souvent approximatif, ce blockbuster chinois reste un film pop-corn honnête, mais sans être révolutionnaire.
Si vous n’avez jamais vu un blockbuster chinois moderne, Dongji Rescue est une bonne porte d’entrée en matière. Il s’agit d’un bon film de divertissement avec un récit plaisant à suivre, ce qui fait mieux passer l’esprit patriotique chinois de ce type de production.
Bande-annonce
Révision linguistique par Mathieu Giroux.
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