
« Real zombies are based on the shit in Haiti : is dead bodies that they turn into slaves with magic”
[Les vrais zombies, c’est basé sur la merde qui se passe en Haïti : des cadavres qu’on transforme en esclaves avec de la magie.]

En 1987, des débris spatiaux, tombés dans le désert australien libèrent un champignon génétiquement modifié, tuant 26 personnes. Confisqué par des agents, il est scellé dans un complexe militaire du Kansas. En 2019, le site, devenu une entreprise privée, voit deux employés nocturnes découvrir une activité suspecte au sous-sol. Sans le savoir, ils réveillent le pathogène, désormais mutant et ultra-contagieux, menaçant l’humanité. Un ex-agent anti-bioterroriste, seul à connaître la menace, s’allie à eux pour une course contre la montre : détruire le champignon avant qu’il ne ravage la planète. Leur mission? Éviter l’apocalypse fongique.
Il s’agit de la première adaptation d’un roman du célèbre scénariste David Koepp (auteur entre autres de Jurassic Park, Minority Report, mais aussi L’Impasse (Carlito’s Way), Spider-Man et j’en passe) qui prend part au scénario et à la production. La réalisation est laissée à un certain Jonny Campbell (réalisateur anglais qui signe ici son deuxième film, 20 ans après le premier). Le film prend des airs de film de série B des années 80, mais avec beaucoup plus de budget.

Un bon scripte entre les mains de cinéastes émérites comme Spielberg, Brian de Palma, David Fincher ou encore Steven Soderbergh a toutes les chances de briller et de donner un très bon film. Mais entre celles d’un autre réalisateur, le résultat peut radicalement changer pour le meilleur… ou le pire.
Après avoir visionné ce film, on se demande pourquoi le Studio Canal a choisi d’adapter ce roman sur grand écran. La construction du récit est bien faite, il prend son temps, pour amener les situations, développer chaque personnage, le tout dans un humour décalé et noir, mais c’est loin d’être le film de l’année. Il est vrai que depuis 2020, les fictions mettant en scènes des pandémies, des virus ou même des apocalypses de zombies sont monnaie courante. On pourrait citer le retour de la saga 28 Days Later, le film sensation Bird Box, le succès de la série The last of Us, ou encore la sortie récente de la génialissime série Pluribus, peut-être dans une volonté de surfer sur une nouvelle angoisse née de la crise sanitaire. Reste à savoir si cette tendance survivra ou si elle finira elle-même par être mise en quarantaine…
Tout au long du film nous suivons Travis (Joe Keery), un repris de justice un peu paumé, Naomi (Georgina Campbell),une jeune mère célibataire, et un militaire à la retraite (Liam Neeson). Ce sont des figures bien plus ordinaires que spectaculaires.
Malgré une menace mortelle et ultra-contagieuse, la figure du héros classique est remise en question. Ce ne sont ni des unités d’élite surentraînées, ni des politiciens, ni des experts scientifiques qui affrontent tous les dangers, mais bien nos héros plutôt banals. Dotés de bon sens, de courage, de solidarité et de générosité, ils vont venir au bout, ou non, de cette menace. David Koepp, en écartant les experts et les institutions, livre ici une critique du système. Il fait part d’un message, face au chaos, le salut ne vient pas d’en haut, mais bien de la solidarité immédiate de ceux que la société à l’habitude d’ignorer. C’est à chacun d’entre nous de reprendre le contrôle et d’agir à son échelle pour changer la donne.
Tout comme dans Jurassic Park, nous retrouvons ici l’idée d’une curiosité scientifique au détriment de l’humanité. Koepp souligne que lorsque cette soif de découverte n’est pas encadrée, accompagnée et suivie d’une surveillance absolue, elle mène inévitablement au désastre.

Le scénariste dénonce une fois de plus la démesure de l’être humain, capable de mettre en péril sa propre survie par pur orgueil intellectuel.
À travers les plans en VFX immersifs, on se retrouve plongé au cœur même de l’organisme humain. On observe la propagation interne et intracellulaire du virus aux côtés des globules rouges. Ces effets spéciaux mettent en scène le fonctionnement et l’invasion du champignon, qui s’attaque aussi bien à l’homme qu’aux animaux. Par ce biais, Koepp nous rappelle à quel point l’humain n’est qu’un animal parmi tant d’autres. Il démontre que l’homme a toujours été au sommet de la chaîne alimentaire, mais qu’un simple champignon, un organisme unicellulaire sans conscience, peut nous transformer en marionnettes. C’est une leçon d’humilité et un rappel de notre vulnérabilité biologique.
Tout au long du récit, le film explore la question de la responsabilité. Elle est d’abord environnementale, avec une nature qui reprend ses droits, elle est ensuite individuelle avec la nécessité de faire le bon choix dans les moments critiques, elle est enfin politique pointant du doigt la négligence militaire qui a laissé ce virus à l’abandon. Cette idée développée par Koepp, place le spectateur face à un constat : le virus n’est pas le véritable ennemi, il n’est que le symptôme d’un monde qui a cessé d’être vigilant.
Bande-annonce
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