
« God send me here to save you »
[Dieu m’a envoyé ici pour vous sauver.]

Au XVe siècle, le Prince Vladimir renie Dieu après la perte brutale et cruelle de son épouse. Il hérite alors d’une malédiction : la vie éternelle. Il devient Dracula. Condamné à errer à travers les siècles, il n’aura plus qu’un seul espoir : celui de retrouver son amour perdu.
Apparemment, les monstres ont le vent en poupe. Tandis que Guillermo del Toro s’est allié à Netflix pour livrer un Frankenstein proclamant haut et fort son amour pour les créatures tragiques, Luc Besson, lui, a décidé de s’attaquer au vampire. Le célèbre roman de Bram Stoker se voit ainsi offrir une relecture pour le moins audacieuse de la part du réalisateur du Cinquième Élément. Le résultat? Un film flirtant souvent avec le grotesque, ponctué de quelques coups d’éclat, mais surtout porté par une vision du mythe qui risque d’en laisser plus d’un sur le carreau.
Dans le rôle-titre, on retrouve Caleb Landry Jones, déjà passé devant la caméra de Besson dans Dogman. Sur le papier, le choix paraît pertinent. Dans les faits, le cabotinage excessif de l’acteur finit par miner la crédibilité du personnage, déjà fragilisée par certains plans si sombres que j’ai dû plisser les yeux pour comprendre ce qui se passait à l’écran.
Face à lui, Zoë Bleu incarne Elisabeta. Un personnage réduit à l’état de jouet tragique, manipulé par le récit, et qui interroge (peut-être) la vision que Besson porte sur ses personnages féminins. Dépourvu de véritable personnalité, l’amour de Vlad traverse les scènes sans jamais se poser la moindre question, ballotée de situation en situation. Pour donner un peu de chair à son scénario, Besson convoque Christoph Waltz en prêtre, un personnage qui évoque davantage Van Helsing que l’homme de foi qu’il est censé représenter. Autour d’eux gravitent d’autres figures secondaires, tentant tant bien que mal de donner de l’épaisseur à un scénario qui laisse… disons, perplexe.
Grotesque. C’est le premier adjectif qui m’est venu à l’esprit. Ou peut-être fade. Car le film ressemble à un plat sans saveur qu’on aurait trop épicé pour masquer son absence de goût. Et c’est bien là le problème. À force d’en faire trop et d’ajouter de nouveaux éléments au récit, Besson dilue toute la dramaturgie de l’histoire. Les sentiments – l’amour, la trahison, la joie, la souffrance – se retrouvent ensevelis sous une accumulation de sous-intrigues qui encombrent plus qu’elles n’enrichissent.

Je vous épargne les accents à couper au couteau : les personnages vivent en Roumanie, parlent anglais… avec un fort accent russe. Cherchez l’erreur.
Plus le récit avance, plus le film se rapproche d’une aventure semi-gothique d’antihéros que d’une véritable tragédie. On est bien loin de l’expressionnisme, de la douleur intime de Dracula et de cette remise en question permanente qui sondent l’âme du lecteur et donnent au roman toute sa profondeur.
Besson privilégie le spectaculaire et le divertissement : batailles épiques sur-découpées à la hache électrique, caméra hystérique, montage frénétique. Certes, cela insuffle une énergie bienvenue… mais qui s’évapore aussitôt le dernier coup d’épée donné. Cette orientation n’a rien de surprenant : elle s’inscrit dans la continuité de sa filmographie, plus attirée par le rythme effréné (Lucy en est l’exemple parfait) que par une véritable réflexion sur la figure de Dracula. Ce qui demeure, c’est une vision superficielle, noyée dans une marée glaciale de CGI.
Chez Besson, l’amour, sous toutes ses formes, a toujours été un moteur narratif central. Ici encore, il est présent, mais broyé par les choix du réalisateur.

Difficile de créer une véritable alchimie entre les acteurs, et encore plus d’embarquer le spectateur dans une histoire censée lui planter un pieu dans le cœur. Les interactions semblent forcées, l’humour – souvent mal placé – tente maladroitement de dissimuler un vide émotionnel impossible à ignorer. Les arcs narratifs des personnages défilent comme du bétail vers l’abattoir. C’est triste… mais tout n’est pas à jeter.
Certaines idées avaient pourtant de quoi séduire. L’ajout d’une réflexion sur la religion et son poids dans la société, sa confrontation avec la science, ou encore un contexte historique lié au centenaire de la Révolution française : autant d’éléments qui auraient pu enrichir le récit et lui apporter une dimension lyrique bienvenue, soulignant l’influence de l’époque sur les choix des personnages.
Parmi eux, Christoph Waltz sort clairement du lot. Sans forcer, l’acteur autrichien impose sa présence et écrase le reste du casting. Une sorte de Van Helsing en soutane, privé du budget nécessaire pour s’équiper correctement, mais diablement efficace.
Au final, il ne reste presque rien d’imprimé sur la rétine. Une fiction vouée à être rapidement oubliée. Le vampire ultime du cinéma restera celui de Coppola, fresque grandiose où, pour une fois, Keanu Reeves est la proie et non le chasseur.
Bande-annonce
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