La fonte des glaces - Une

La Fonte des Glaces — L’humain est un iceberg

« Tes esti d’affaires de mongoles là, ça a  faillie me tuer! Ce qui est icitte là, ça m’appartient. Faque, lâche-moé! »

La Fonte Glaces - Affiche

Louise Denoncourt, une agente de libération conditionnelle pas comme les autres (Christine Beaulieu), dirige habilement une aile expérimentale de réadaptation pour meurtriers. Un nouveau détenu (Lothaire Bluteau) dont elle a la garde est soupçonné d’avoir tué sa mère. Criblée de doutes, Louise se lance dans une mission invraisemblable. Jusqu’où ira-t-elle pour l’empêcher de tuer à nouveau?

La pointe de l’iceberg

La dernière fois que l’on a pu apprécier une histoire de François Péloquin et Sarah Lévesque était en 2015 avec Le Bruit des Arbres. Le duo revient en force avec une autre réalisation de Monsieur Péloquin; La Fonte des Glaces (y’a comme une thématique dans leurs titres) est un long métrage surprenamment percutant où les âmes glacées par les maux de la vie se percutent pour se fracasser et fondre dans l’eau salée.

La fonte des glaces - La poin te de l iceberg
Un nouveau détenu (Lothaire Bluteau)

Le film porte en lui une histoire sublime de pardon et de rédemption. En à peu près 106 minutes, La Fonte des Glaces rend compte d’une réalité du milieu carcérale excessivement mise de côté dans la société; la réhabilitation. Si l’on compare à une série québécoise bien connue elle aura pris plus de 169 épisodes de 44 minutes, totalisant en un incroyable 7436 minutes (ça c’est 6 jours sans ne RIEN faire d’autre incluant dormir) pour en arriver à un point similaire.

Je n’ai pas envie d’amener la longueur comme étant constamment un point négatif — je suis un grand fan de la série X-Files et ce n’est pas une courte série, croyez-moi — sauf que personnellement ce que j’aime du cinéma en général consiste en une symbolique et un scénario concis, élagué et peaufiné; des images et des visages qui en disent parfois plus long que les mots; et des mots qui évoquent bien plus grand que la totalité de l’existence sur Terre. Ce sont ces pensées qui montaient en moi alors que je regardais ce qui se dévoilait au fur et à mesure comme un petit bijou cinématographique. 

Perito Moreno

La trame narrative est constamment interrompue par des plans de glaces brisées dérivant sur les eaux; fondant au fur et à mesure qu’elles se fracturent et que le récit avance. Ce sont ces moments qui permettent de suivre l’intériorité des personnages. Souvent les gens qui fréquentent les établissements comme la prison ont une couche de glace sur le cœur; le joyau qu’est l’âme se retrouve alors derrière des murs impénétrables, mais qu’il ne faut pas prendre comme étant indestructibles.

La fonte des glaces - Perito Moreno

Les icebergs sont ces immenses morceaux d’eau douce congelée flottants sur l’océan Arctique et Antarctique et qui dérivent parfois ailleurs comme l’océan Atlantique (une minute de silence pour Jack). Ces montagnes — assez grandes et robustes pour couler le plus insubmersible des navires — ne montrent qu’environ un dixième de leur entité à la surface; c’est dans cette optique que le scénario semble écrit. L’histoire ne nous amène pas à comprendre ou à être témoins de chaque détail de la vie des personnages et ce n’est pas pour mal faire.

J’ai souvent dit que pour bien raconter l’entièreté de la vie d’un individu X ou Y, on aurait besoin d’un film d’une durée minimalement équivalente. Dans La Fonte des Glaces comme dans la réalité du milieu carcérale (rendu là, de la vie tout court), on ne peut pas avoir accès à la totalité de l’existence d’un individu. Chercher à connaître tous les détails est une tâche compliquée, voir impossible. À un moment, le prisonnier, interprété par l’excellent Lothaire Bluteau, confit un bout de papier avec nombre d’inscrit à son agente de libération, interprétée par l’autant remarquable Christine Beaulieu, qu’il dit être le nombre de meurtres qu’il aurait commis; un nombre allant dans la vingtaine. Tel l’iceberg qui cache sous les flots glaciaux davantage que l’on peut concevoir vu des vagues qui le trimballent, l’histoire ne révélera que deux des crimes du dénommé Marc St-Germain sur les vingt quelques mentionnés (et encore là on ne plonge pas dans les détails des meurtres).

Savoir ne pas rester de glace

Le personnage de l’agent de libération conditionnelle amène ses détenus à s’apprécier eux-mêmes; à utiliser d’autres mécanismes que la violence pour interagir; et même à créer ensemble. Les questionnements soulevés dans le film sont valables autant dans la fiction que dans la réalité; jusqu’où va le pardon? Cela restera une interrogation sur laquelle réfléchir me déchirera toujours. En étant conscient des torts que l’on nous a causés et ceux que l’on a causés en retour; l’humanité peut-elle surmonter ces maux pour évoluer; sommes-nous condamnés à se haïr? 

La fonte des glaces - Savoir ne pas rester de glace

La Fonte des Glaces est une œuvre très bien réalisée qui sait mettre en lumière — malgré l’obscurité des abysses qui entourent le sujet — beaucoup en un court laps de temps.  Il serait à mon avis bénéfique pour la culture ici de favoriser plus de projets de ce genre tout en laissant un peu moins d’importance aux quotidiennes comme Unité 9 ou STAT qui s’essoufflent sur des sujets qui pour la plupart auront déjà été abordés dans la même série. Un film offre (et là, je me répète) la possibilité d’encapsuler un moment, un concept, ou une idéologie dans une bulle qui tourne et se retourne sur elle-même pour permettre à son spectorat d’en apprécier un sens plus profond; une signification qui dépasse l’oeuvre originale permettant de rejoindre la symbolique intrinsèque et unique à tout un chacun.

N’est-ce pas Mister Freeze dans Batman (l’animation de 1992, bien entendu) qui nous aura appris ce qu’est un cœur de glace? Cette série démontre brillamment comment les méchants — ou les vilains comme on les nomme dans l’émission de Batman — ne sont qu’à leur tour des êtres ordinaires et brisés par des événements fortuits; un mal qui malheureusement transcende celui qui la ressent et l’amène à l’infliger aux autres. Il ne s’agit pas de démoniser un être qui reste de glace devant la douleur, mais simplement de comprendre pourquoi; pouvoir donner une chance à la chaleur de revenir et de permettre la fonte des glaces. 

Bande-annonce  

Fiche technique

Titre original
La Fonte des Glaces
Durée
106 minutes
Année
2024
Pays
Québec (Canada)
Réalisateur
François Péloquin
Scénario
Sarah Lévesque et François Péloquin
Note
7.5 /10

1 réflexion sur “La Fonte des Glaces — L’humain est un iceberg”

  1. Wow.
    Quelle belle critique.
    Je suis heureux de te lire et de constater à quel point ton interprétation du film est profonde et juste.
    Merci encore.
    FP

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Fiche technique

Titre original
La Fonte des Glaces
Durée
106 minutes
Année
2024
Pays
Québec (Canada)
Réalisateur
François Péloquin
Scénario
Sarah Lévesque et François Péloquin
Note
7.5 /10

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