Mascarade - Une

Mascarade – Danse, théâtre et cinéma se réunissent pour un moment intense

« Le monde est une comédie, voilà ce qu’il y a de certain, et voilà pourquoi je te disais tout à l’heure : Traversons gravement, ma noble fille, cette méchante mascarade qui s’appelle le monde. »
George Sand

Katia-Marie Germain - Intro - Photo par Olivier Desjardin
Katia-Marie Germain – Photo par Olivier Desjardin

Dans cette nouvelle création se déploie l’écriture chorégraphique tout en finesse et en subtilité quasi graphique de Katia-Marie Germain. Le décor, mélange de meubles et d’objets, recrée les pièces fictives d’une demeure. En clair-obscur, les scènes s’y succèdent et captent des portraits de femmes. Dans un mouvement épuré empreint de pudeur, celles-ci dépeignent les êtres et les drames dont elles portent les secrets. Tantôt fragiles et fortes, elles se livrent à une délicate énigme teintée de culpabilité, de simulacre et de disparition.

Jouant sur les tensions entre les personnages et la puissante alchimie entre les interprètes, Mascarades est une intrigue poétique où le fin mot de l’histoire se trouve dans l’œil de celui ou celle qui regarde.

Visuellement épatant

En s’assoyant dans la salle, on constate l’installation des décors qui sont loin de ce qu’on voit habituellement dans ce genre de spectacle. Des bureaux, des lampes, un lit et une grosse table font partie des éléments qu’on voit immédiatement. 

Lorsque ça commence, on a droit à un accompagnement sonore qui donne le ton : une sorte de pluie sur fond de bruit blanc. Puis embarque une musique lente, sombre, très cinématographique. Cette musique n’est pas sans rappeler celle que l’on retrouve dans des films sombres à la David Lynch ou encore à la David Cronenberg. 

Mascarade Visuellement épatant

Ici, on a droit à un fond d’instrument à cordes, très lent, avec un gong ou quelque chose de similaire, qui se répète toutes les 3 ou 4 secondes. C’est fondamentalement cette musique qui jouera du début à la fin du spectacle. Rien de très rapide, rien qui laisse entrevoir des mouvements brusques et mouvementés tels qu’on a l’habitude de voir en danse contemporaine. 

Quant à l’éclairage, elle est saisissante du début à la fin. Les 6 interprètes sont à des endroits différents sur la scène. Parfois simplement seules, parfois en duo, elles se figent le temps qu’une autre fasse un solo. Souvent des mouvements très lents, comme au ralenti, comme si quelque chose était figé en elles. Comme si un poids restait sur leurs épaules. 

L’éclairage, en partie fait par les lampes, joue dans des teintes ocre, orangées qui ajoutent à l’opacité ténébreuse de la pièce. Ces femmes sont-elles en train de combattre leurs démons, la société, ou le jugement? On ne le saura jamais de façon claire…

Danse, théâtre ou cinéma?

Katia-Marie Germain invite donc les spectateurs dans un univers qui mélange autant la danse que le théâtre que le cinéma. Si cette œuvre est déstabilisante au début par sa lenteur et le peu de mouvements, elle prend rapidement le spectateur dans son engrenage poignant et fait réfléchir tout en épatant. 

Si danser rapidement avec précision est difficile, il ne faut surtout pas croire que ces mouvements très lents sont plus faciles à maîtriser. Il y a aussi tous ces moments où chaque interprète reste immobile pendant de longues secondes, voire minutes. 

Mascarade - Danse théâtre cinéma
Elisa Barrat, Madeleine Bellefeuille, Jasmine Bouchard, Julianne Decerf, Luce Lainé et Caroline Namts

La musique tragique et lourde de Jessica Hébert, emboîte le pas à l’éclairage sombre orangé laissant entrevoir que ce qui se passe n’est pas léger. Lorsque la lumière se fait sur une des danseuses, elle commence une prestation remplie de douce puissance. Que font-elles? Elles se bagarrent? Est-elle en train de se faire agresser? C’est au spectateur de se faire sa propre idée. 

Puis, vient l’acte final dans lequel tout s’accélère, comme dans un feu d’artifice. La lenteur disparait pour faire place à une sorte de folie ou tout le monde bouge en même temps, les objets s’entassent, des choses sont lancées et les filles se lâchent enfin. Je dis enfin non pas parce que le reste est ennuyant. Je dis enfin parce qu’on a finalement l’impression que les « personnages » sont libérés de quelque chose. 

La façon dont se présente la trame de Mascarade me rappelle un peu le film Mother! De Darren Aronofsky. 

Une chose est sûre, l’œuvre de Katia-Marie Germain est puissante et vaut franchement le déplacement. À la fin j’étais soufflé. 

Informations complémentaires

Mascarade est présenté à l’Agora de la danse, du 15 au 18 novembre 2023. Les billets sont disponibles sur le site de l’Agora

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
Mascarade
Durée
60 minutes
Année
2023
Pays
Québec (Canada)
Note
9 /10

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Fiche technique

Titre original
Mascarade
Durée
60 minutes
Année
2023
Pays
Québec (Canada)
Note
9 /10

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