Top 5 de Solenne : Millésime 2022 — Un grand cru

2022 est déjà derrière nous! Il est temps de faire le point avec mon traditionnel top 5 pour l’année 2022 qui a été une fois de plus riche et bien chargée en matière de contenus cinématographiques. Voici quelques œuvres qui ont su capter mon attention, de façon tout à fait subjective, bien évidemment.

1. BABYSITTER – Monia Chokri

Synopsis :

Alors qu’il fait la fête avec ses amis, Cédric (Patrick Hivon) embrasse sur la joue une chroniqueuse sportive en direct à la télé. Rapidement, la vidéo fait le tour du web et devient virale. Cédric est alors suspendu de son emploi. Il se lance dans l’écriture d’un livre qui doit l’aider à dompter sa masculinité toxique. De son côté, sa femme Nadine (Monia Chokri) ne dort plus depuis la naissance de leur fille. En manque de rêve et d’adrénaline, elle se laisse prendre aux jeux particuliers initiés par leur nouvelle nourrice (Nadia Tereszkiewicz).

Babysitter

L’ultima maniera du Giallo – Détournement des codes du genre

Trois ans après La femme de mon frère, Monia Chokri poursuit sa lancée avec son second opus Babysitter. Très peu intimidée par son sujet, elle ne cesse de questionner à travers son film, la posture de la femme au sein de la société québécoise sous l’aspect très léger de la comédie. Babysitter est un conte étrange et horrifique qui pose un regard aussi drôle qu’intelligent sur le travers de la misogynie encore très présent dans notre société contemporaine. Pour ce faire, la réalisatrice se sert habilement des codes du cinéma d’épouvante et d’exploitation des années 60, 70 (appelé Giallo) pour démonter les stéréotypes et dénoncer le patriarcat tout en ajoutant une pointe d’humour noir. Elle inverse ainsi les rôles astucieusement en s’inspirant des œuvres de Lucio Fulci ou de Mario Bava où l’image de la femme était presque toujours abordée comme étant la source du mal et de la terreur. Mais Babysitter est aussi, et surtout, la quête de la femme pour se retrouver avec elle-même. De la même manière que dans Pleasantville, cette lutte quotidienne épuisante transparaît dans le couple de Nadine (Monia Chokri) et Cédric (Patrick Hivon) dont le peu d’échanges est tout en non-dits avec des regards dépités et des punchlines cassantes. Une petite pépite qui mérite sa place dans mon top 5.

2. EVERYTHING EVERYWHERE AT ALL ONCE – Dan Kwan, Daniel Scheinert

S͟y͟n͟o͟p͟s͟i͟s͟ :

Evelyn Wang est à bout : elle ne comprend plus sa famille, son travail et croule sous les impôts… Soudain, elle se retrouve plongée dans le multivers, des mondes parallèles où elle explore toutes les vies qu’elle aurait pu mener. Face à des forces obscures, elle seule peut sauver le monde, mais aussi préserver la chose la plus précieuse : sa famille.

Everything everywhere all at once

Incroyable, mais frais!

Une belle découverte cette année avec cette production made in A24 (le nouveau label des films qui sont forcément bien). Everything Everywhere All at Once est une œuvre à la fois folle, désordonnée, aussi extravagante visuellement que brillante, bien rythmée, bien montée, bien filmée, mais surtout un film profondément bienveillant, touchant, optimiste et humain. Il fait rire comme il fait pleurer (attention, sortez vos mouchoirs). Un véritable antidote contre le pessimisme et le nihilisme qui peuvent parfois ressortir dans les relations humaines ainsi que le rapport des mères et de leurs filles. C’est une œuvre cinématographique à la fois originale, audacieuse et vraiment unique autant en termes de scénario qu’au niveau du traitement de l’image. Une réussite éclatante qui aborde nos choix, nos regrets, la valeur de chaque expérience y compris les plus humbles de notre condition humaine sous un angle inattendu.

3. LA NUIT OÙ LAURIER GAUDREAULT S’EST RÉVEILLÉ – Xavier Dolan

S͟y͟n͟o͟p͟s͟i͟s͟ : Au cœur de l’intrigue : Mireille Larouche, thanatologue de réputation internationale qui, enfant, trompait l’insomnie en se glissant dans les maisons du voisinage pour épier les dormeurs. Seulement, une nuit, Laurier Gaudreault s’est réveillé et la vie de Mireille et de sa famille s’en est trouvée à jamais bouleversée. Trente ans après cette nuit fatidique, Mireille revient dans le village qui l’a vu naître après un long exil. Sa mère vient de mourir.

Comment réagir lorsqu’on apprend la vérité après autant d’années?

Xavier Dolan frappe fort avec cette nouvelle adaptation tirée de la pièce de théâtre de Michel Marc Bouchard (également à l’origine de « Tom à la ferme ») portant le même nom. Dolan s’essaie pour la première fois de sa carrière avec une série. Fidèle à lui-même, il garde son souci du détail, sa passion pour les familles dysfonctionnelles et il affirme toujours la singularité de son style en s’appuyant d’une direction photo extrêmement soignée. Et oui, je fais bien partie de ceux qui ont aimé les longueurs que certains n’ont pas su apprécier, même s’il faut attendre les deux tiers du premier épisode pour que la série prenne son envol, Anne Dorval nous saisit une fois de plus dans son rôle de mère déchirée au sein d’une famille complètement éclatée. Mais qu’est-il arrivé à cette fratrie?

4. TRIANGLE OF SADNESS (Sans filtre)  – Ruben Östlund 

S͟y͟n͟o͟p͟s͟i͟s͟ :

Après la Fashion Week, Carl et Yaya, couple de mannequins et influenceurs, sont invités sur un yacht pour une croisière de luxe. Tandis que l’équipage est aux petits soins avec les vacanciers, le capitaine refuse de sortir de sa cabine alors que le fameux dîner de gala approche. Les événements prennent une tournure inattendue et les rapports de force s’inversent lorsqu’une tempête se lève et met en danger le confort des passagers.

Triangle of sadness

Un naufrage à l’image de cette croisière infernale

Comment ne pas aimer cette Palme d’or obtenu à Cannes en mai dernier et sa satire sur les ultra-riches et le comportement de notre société ? Ruben Östlund pousse de plus en plus loin et sans complexe, le curseur de la moquerie et des travers de notre société avec des personnages aussi attachants que détestables. Triangle of Sadness se construit en trois actes et hante le spectateur à propos de trois sujets principaux : le culte du physique, l’argent, le pouvoir. Le réalisateur de The square saisi avec lucidité et installe au cœur de son film un cynisme ambiant, marqueur de notre époque minée par le règne de l’apparence, de la consommation et de l’individualisme. De la même manière que la série HBO The White Lotus, ce film au ton déjanté (un brun vomi-caca, et oui, on s’en va jusque là), où le malaise va s’installer doucement pour aller vers quelque chose de totalement inattendu. On se délecte du pire et on rit du malheur des autres sans une once d’empathie. Un projet audacieux qui surprend, dérange, irrite ou qui suscite l’admiration.

5. LE BRUIT DES MOTEURS – PHILIPPE GREGOIRE

S͟y͟n͟o͟p͟s͟i͟s͟ :

Alexandre (Robert Naylor), un formateur pour l’armement des douaniers canadiens, retourne dans son village natal après avoir été diagnostiqué par son employeur pour sexualité compulsive. Alors qu’il se lie d’amitié avec une pilote de course islandaise (Tanja Björk), le protagoniste se voit placé sous surveillance par des enquêteurs de la police qui travaillent à faire la lumière sur une affaire de dessins à caractère sexuel qui trouble la paix au village…

Le bruit des moteurs - une

Une œuvre singulière qui laisse périr l’espoir dans le cambouis.

Le Bruit des moteurs est un film qui semble venir d’ailleurs. Dans ce village où toute l’activité tourne autour de la piste de course, un étrange malaise plane sur ces personnages tous un peu hagards, déshumanisés et qui paraissent totalement échoués. Ce film est, avant tout, une belle énigme narrativement imaginative et visuellement très bien soignée. C’est une proposition originale et audacieuse, qui sort des carcans traditionnels en poussant le spectateur à la réflexion. Un véritable récit qui laisse périr l’espoir dans le cambouis tout en apportant une vision authentique et décalée au cinéma québécois.

Ceux qui valent un petit coup d’oeil également

Confessions de Luc Picard (Quebec)

Chien Blanc d’Anaïs Barbeau-Lavalette (Quebec)

Viking de Stéphane Lafleur (Québec)

The Menu de Mark Mylod (USA)

The Whale de Darren Aronofsky (USA)

Bardo de Alejandro Gonzalez Inarritu (Mexique)

Simone Veil, le voyage du siècle de Olivier Dahan (France)

Fumer fait tousser de Quentin Dupieux (France)

Les leçons persanes de Vadim Perelman (France)- Drive my car de Ryusuke Hamaguchi (Japon)

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