Funny Pages - une

Funny Pages — Émancipation artistique

« I had a lot of time to think. And I made the decision I’m not gonna go back to school after winter break. »
[J’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir. Et j’ai pris la décision de ne pas retourner à l’école après les vacances d’hiver.]

Funny pages - affiche

Lorsque Robert (Daniel Zolghadri), un lycéen et dessinateur en herbe, rejette le confort de la vie de banlieue, abandonne l’école et quitte la maison, il se tourne vers un enseignant rebelle et un ami involontaire en Wallace — un ancien coloriste de bande dessinée de bas niveau — dans cette histoire de passage à l’âge adulte tordue et ludique.

Avec Funny Pages, Owen Kline raconte une histoire de passage à l’âge adulte mordante d’un dessinateur adolescent qui rejette le confort de sa vie de banlieue dans une quête de recherche de qui il est.

L’univers de la BD

Il y a un petit quelque chose qui rappelle les films comme Chasing Amy ou High Fidelity dans Funny Pages. Vous savez ce genre de films qui mettent en scène des geeks profondément ancrés dans un univers spécifique? Ici, il s’agit de celui de la BD d’humour. 

Funny Pages - Univers de la BD
Robert (Daniel Zolghadri)

En mettant en scène Robert, un lycéen, employé d’un magasin de bandes dessinées et dessinateur en herbe obsédé par les vieilles « funny pages » et méprisant la vie de classe moyenne de ses parents, il prend position en s’identifiant et en identifiant son film à une communauté spécifique du domaine de la BD. Cela étant dit, le film ne s’adresse pas uniquement aux amateurs de BD.

Ces Funny Pages sont un concept des années 1970. Elles ont vu naître les Peanuts et Garfield de ce monde. Afin de donner un petit look rétro à son film — bien qu’il se déroule à notre époque —, Kline a choisi de tourner en super 16mm. Un choix que l’on pourrait discuter puisque le spectateur devient incertain à savoir quand se déroule l’histoire. Heureusement, la technologie est là pour nous rappeler que nous sommes bel et bien dans les années 2020.

Autre fait intéressant, le réalisateur n’hésite pas à montrer sa communauté cible telle qu’elle est, dans son plus beau, mais aussi dans son moins beau. C’est tout à l’avantage du film qui, du coup, devient beaucoup plus plausible. 

S’émanciper

Mais au-delà de l’univers de la BD, Funny Pages est l’histoire d’un jeune homme qui veut s’émanciper, mais qui se perd quelque part en chemin, dans le flou entre rêve et réalité. 

Funny Pages - Émancipation
Robert et Miles (Miles Emanuel)

C’est le personnage de Miles (Miles Emanuel) qui représente, en quelque sorte, la beauté de la naïveté de ceux qui débutent dans un milieu artistique américain (et possiblement ailleurs sur la planète). Tout le point de vue de Miles sur l’âme contre l’industrie est celui que seul un jeune pourrait avoir, celui qui détient une certaine pureté de valeurs — le type de pureté qui commence à peine à s’éroder chez Robert et qui s’est depuis longtemps érodé chez quelqu’un comme Wallace (Matthew Maher), en supposant qu’il l’avait au départ.

C’est donc ce passage de la pureté à la réalité industrielle qui fait l’objet central du film. Si vous perdez votre mentor (comme c’est le cas de Robert lorsque son professeur meurt), vous avez l’impression que la fondation sur laquelle cette personne vous a guidée est également en péril. Notre jeune dessinateur se sent perdu maintenant que la voix de son professeur d’art lui a été retirée. Il ne va certainement pas se tourner vers ses parents, qui représentent une forme de mort culturelle parce qu’ils veulent qu’il réussisse sur un chemin très classique et droit. Ils soutiennent sa créativité dans une certaine mesure, mais seulement s’il suit un chemin vers leur vision de l’accomplissement, un chemin qui est contraire à ses valeurs. Il se tourne donc vers Wallace qu’il prend pour un guide artistique afin combler le vide laissé par le décès de son professeur. Robert voit probablement aussi une forme d’autodestruction chez Wallace qui l’attire parce qu’il la vit lui-même.

Tout ça semble bien lourd, mais le film est écrit telle une comédie noire à l’anglaise. Le résultat final est assez réussi et donne un long métrage qui se laisse regarder. On ne rit pas aux éclats, mais on reste collé à notre fauteuil. 

Un peu plus…

Le volet artistique était très important pour Kline qui ne voulait surtout pas se retrouver avec des dessins non représentatifs de la réalité du milieu. Et comme les dessinateurs doivent créer leur propre langage personnel de narration et de caractérisation à partir de zéro, et leurs signatures sont visibles dans des détails aussi petits que la façon dont ils dessinent une paire d’yeux, un nez et une bouche, il a casté une variété de dessinateurs avec des styles de dessin très différents pour créer les œuvre d’art pour chaque personnage. Cette distribution de rôles était aussi importante que de choisir les acteurs pour chaque personnage.

Funny Pages - Un peu plus
Wallace (Matthew Maher) et Robert

Au final, on retrouve une œuvre qui peut plaire à un large public, allant des fous de la BD aux amateurs de cinéma d’auteur. Un style de cinéma qui pourrait s’apparenter à celui de Kevin Smith.

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
Funny Pages
Durée
85 minutes
Année
2022
Pays
États-Unis
Réalisateur
Owen Kline
Scénario
Owen Kline
Note
8 /10

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Fiche technique

Titre original
Funny Pages
Durée
85 minutes
Année
2022
Pays
États-Unis
Réalisateur
Owen Kline
Scénario
Owen Kline
Note
8 /10

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