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[Fantasia] The Girl From The Other Side — La naïve et l’immortel

« I don’t want her to feel the pain of losing everything. »
[Je ne veux pas qu’elle ressente la douleur de tout perdre.]

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Dans un monde divisé entre l’intérieur et l’extérieur, ceux qui vivent dans les deux royaumes ont pour consigne de ne jamais passer de l’autre côté, sous peine d’être maudits. Une jeune fille nommée Shiva vit de l’autre côté, dans un village abandonné, avec un gardien démoniaque connu uniquement sous le nom de « Professeur ». Bien qu’il leur soit interdit de se toucher, elles semblent partager un lien qui transcende leurs apparences disparates. Mais lorsque Shiva quitte la garde du « Professeur » pour partir à la recherche de sa grand-mère, le secret de son mystérieux mode de vie apparaît au grand jour… 

Somme toute, The Girl From The Other Side est un conte simple et patient qui parvient à faire ressurgir la lumière dans un monde obscur.

La naïve et l’immortel 

The Girl from the Other side est une adaptation d’un manga de 11 volumes du jeune artiste Nagabe. À noter que ce manga a déjà été transposé à l’écran par le même cinéaste, Yutaro Kubo, en 2019 sous la forme d’un court-métrage. Ce film est son premier long métrage, mais ses quelques projets précédents lui ont apparemment suffi à développer un style mature, sobre et patient. C’est une approche qu’il est peu commun d’adopter pour les mangas shōnen, ce terme signifiant que son public cible est constitué des adolescents entre 12 et 18 ans. Cela explique la simplicité du récit qui s’appuie sur un narratif sans détour. Sans détour, mais également généralement sans destination. On observe simplement la relation entre deux personnages se développer par la simplicité d’un quotidien qui s’installe sans grandes secousses.

Totsukuni_no_Shojo - La Naïve et l'immortel
Le Professeur et Shiva

Les grands drames, c’est avant l’histoire qui a lieu. Les seules traces qui en restent dans le film sont dans la scène d’ouverture où nous sommes plongés dans un état alternant entre l’onirisme flottant et la guerre violente, contraste appuyé par une trame sonore qui tranche au fil des coupes. En puisant dans les archétypes et dans le folklore japonais, l’univers qu’on mous propose est à la fois familier et unique. De manière inusitée, le conte emprunte également aux Irlandais puisque le sous-titre du manga ‘’Siúil, a Rún’’ tire son origine d’une de leurs chansons traditionnelles qui pourrait se traduire par marche, mon amour.

Univers inquiétant, sérénité contemplative

Ce qui fait l’originalité de ce film est la manière dont il contraste le monde de l’enfance avec des thématiques plus sombres. Cette dualité est bien incarnée par la relation entre les deux protagonistes qui, malgré leur apparence disparate, l’une jeune, petite, blanche et lumineuse, l’autre grand, pointu et obscur, tisse une relation tout à fait crédible et touchante. Elle, encore assez naïve et pure pour ne voir que le bien chez lui. Lui, un immortel ayant oublié sa nature humaine depuis longtemps, plongé dans la solitude par son refus de propager la malédiction comme les siens, à la recherche d’un sens et d’une rédemption. Ainsi malgré le monde en apparence terrifiant, l’élégance et la douceur avec lesquelles il est présenté installent une certaine sérénité contemplative. 

Totsukuni_no_Shojo - Univers inquiétant

La simplicité construit également un système de symbole qui, au fil du voyage, permet aux images et à l’environnement de prendre de plus en plus de sens : la fleur pour la naïveté de la jeune Shiva, les flammes pour la violence et le chaos,  les reflets de l’eau pour l’onirisme du monde de l’autre côté… Ainsi, le récit peut graduellement délaisser les mots pour permettre au silence de s’exprimer, un silence qui fait du bien. Ce silence est toutefois meublé par la musique, parfois triste, parfois douce, elle nous accompagne sans se faire entendre.

Organique et colorée

Du côté du dessin, il faut d’abord souligner la fidélité au style du manga original. Par la suite, le caractère organique du fusain des lignes contours met en valeur l’environnement constitué en bonne partie de bois et de nature. La couleur a plutôt une texture d’aquarelle qui amplifie les jeux d’ombres et de lumières, ce qui dramatise les atmosphères tout en appuyant la dualité qu’incarnent les protagonistes. L’animation des couleurs concentre le regard sur les personnages. Par contre, elles sont parfois très agitées dans un monde qui demeure autrement stable, ce qui peut détourner l’attention de manière presque dérangeante. En outre, les quelques séquences employant des médiums différents comme le graphite et le pastel sont des moyens efficaces d’évoquer des états plus flottants comme le rêve ou le souvenir. 

Totsukuni_no_Shojo - Organique et colorée

Pour conclure, ceux et celles qui se sont déjà laissés émerveiller par les univers fantastiques des studios Ghibli trouveront certainement une part de ce même esprit d’aventure, de mystère et de beauté dans ce film. Somme toute, The Girl from the Other Side est un conte simple et patient qui parvient à faire ressurgir la lumière dans un monde obscur. 

The Girl from the Other Side est présenté à Fantasia le 17 juillet 2022.

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
とつくにの少女
Durée
69 minutes
Année
2022
Pays
Japon
Réalisateur
Yutaro Kubo
Scénario
Satomi Maiya, Nagabe (manga)
Note
7.5 /10

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Fiche technique

Titre original
とつくにの少女
Durée
69 minutes
Année
2022
Pays
Japon
Réalisateur
Yutaro Kubo
Scénario
Satomi Maiya, Nagabe (manga)
Note
7.5 /10

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