Coupez - une

[Fantasia] Coupez! — Quel hommage!

« Vous savez où on en est là? Parce que moi chui un peu battu là. Je vous cache pas que… Chui un peu dans les choux là. »

Coupez! - affiche

Un tournage de film de zombies dans un bâtiment désaffecté. Entre techniciens blasés et acteurs pas vraiment concernés, seul le réalisateur semble investi de l’énergie nécessaire pour donner vie à un énième film d’horreur à petit budget. L’irruption d’authentiques morts-vivants va perturber le tournage…

Avec Coupez!, Michel Hazanavicius rend un hommage au film One cut of the dead (dont je vous ai parlé il y a 4 ans) et à tous les gens qui travaillent dans le monde du cinéma. Mais il offre surtout une comédie incroyable et un remake réussi!

Un remake pas comme les autres

Je dois admettre que je n’étais pas convaincu en allant voir Coupez!. One cut of the dead était, en soi, un film à part. Un genre de film inclassable, un ovni cinématographique que j’avais particulièrement apprécié. Et là j’apprends qu’un remake serait fait. Ça ne pouvait qu’être mauvais.

Coupez - une remake pas comme les autres
Les répétitions

Vous voyez, on se retrouve avec une ligne de présentation qui ressemble à ceci : d’après One Cut of The Dead! de Shinichiro Ueda qui a été Inspiré de Ghost in the box de Ryoichi Wada. Ça commence à ressembler au téléphone arabe ce truc, non?

C’est donc dans cet esprit que je me suis installé dans la salle de l’Auditorium des diplômés de la SGWU. Et ça commence. Ça commence mal. Mais c’est mauvais, que je me dis. Puis, après 30 minutes : générique de fin. Et là ça part! Comme dans l’original en fait. Je me rappelle que les premières minutes avaient été pénibles.

Désopilant

Se présentant au départ comme un film de zombies de sous-catégorie, il va progressivement passer au détournement de films de zombies, puis se transformer en comédie de situations, pour finir dans un genre de faux making of, amenant le spectateur vers une finale complètement débile. C’est un film où le spectateur commence par se demander ce qu’il est en train de regarder, et où il finit en se disant que c’est non seulement drôle, mais aussi génial. Une finale qui nous amène à voir ce remake comme était plus un hommage qu’un remake classique.

D’ailleurs, la deuxième partie, là où on explique la première partie du film, est désopilante. C’est dans ces situations qu’on voit toute la force d’une présentation en salle. Et à Fantasia, il y a du monde. En plus de l’armée de bénévoles qui ne lésinent pas sur les efforts, il y a le public. Et celui de Fantasia est fidèle et présent. L’ambiance y est spéciale et elle est parfaite pour un film comme Coupez!. Ça riait tellement que par moment il fallait lire les sous-titres anglais pour comprendre ce que les personnages disaient en français. 

Coupez! - Désopilant
Nadia, la maquilleuse (Bérénice Bejo) et Ava, l’actrice (Matilda Lutz)

Mal jouer, ce n’est pas si facile que ça. Surtout si on est bon et qu’on veut que le mauvais ait l’air vrai. Ici, l’effet est totalement réussi. Au point que dans la première partie, on se dit que ce sera tellement le pire film qu’on aura vu de notre vie. 

Les mots du réalisateur

Je n’ai pas l’habitude de faire ça, mais je trouve que le réalisateur parle de son film d’une façon vraiment intéressante. En fait, j’ai envie de vous partager comment il décrit l’expérience de créer un film. 

« Les personnages se débattent, ils ne sont pas spécialement brillants au départ, ils se confrontent à leurs problèmes, mais à un moment, ils se mettent ensemble et ils arrivent à aller au bout. C’est là où ils deviennent des héros. Le film qu’ils font n’est sans doute pas génial, mais ils le font. Ils y arrivent, c’est ce qui est important. Vous savez, c’est difficile de faire un film. Même un mauvais film, c’est dur. »

Et c’est vrai. On ne réalise pas tout le travail et les cernes que la création d’un film demande. Et on le réalise encore moins lorsqu’il s’agit d’un film au look cheap. Il ajoute ceci : 

« Faire du cinéma, c’est à chaque fois une expérience humaine hyper fusionnelle, où pendant six, huit, douze semaines, on travaille ensemble, on vit ensemble et chacun fait du mieux qu’il peut. Le collectif est plus fort que l’addition des individus, et l’aventure humaine est parfois plus intéressante ou plus belle que l’objet qu’on fabrique. »

Je veux ajouter ceci où il parle du côté méta de son film : 

« Hyper méta. Ma femme interprète la femme du réalisateur. Ma fille interprète sa fille. C’est raccord avec le sujet. Mais le film est méta, à plein de niveaux. C’est une mise en abime constante. Tournage d’un film dans le film qui raconte lui-même un tournage de film, remake d’un film japonais qui raconte le remake d’un film japonais, acteurs qui jouent des acteurs, scènes vues sous plusieurs angles, même nous au tournage on était parfois perdus… »

Coupez - Mot du réalisateur
Michel Hazanavicius

Oui, faire du cinéma, c’est un peu ça.

Un peu plus…

Petit fait intéressant : Hazanavicius inclut, dans son film, le personnage de Mme Matsuda, la productrice japonaise qui vient en France pour trouver un réalisateur qui fera le remake d’un obscur film japonais, en live, en un long plan-séquence. Ce personnage est interprété par Yoshiko Takehara qui reprend son rôle de One cut of the dead. Une touche qui amène une folie non seulement réjouissante, mais très efficace au niveau narratif. On peut croire à un projet comme celui-ci, s’il vient d’un personnage comme elle.

Et donc, le premier 30 minutes du film est un long plan-séquence demandant une technique d’une précision incroyable. 

« Je vois plutôt ce plan comme 250 plans reliés par un seul mouvement de caméra. Et puis nous avons travaillé avec les acteurs. Nous l’avons répété durant cinq semaines sur les six de préparation. Les acteurs venaient tous les jours sur le décor, ainsi que Jonathan Ricquebourg, le chef opérateur, qui faisait la lumière et qui cadrait. Des choses ont évolué. J’ai donc re-storyboardé, pour que chaque mouvement, chaque place de caméra, chaque timing soit répété et répété jusqu’à être intégré par tous. La dernière semaine de préparation, nous avons travaillé avec la machinerie, les effets spéciaux, les cascadeurs, le maquillage, les costumes. Nous avions le faux sang, des décapitations, les personnages qui se transforment en zombies avec quelques secondes pour les changements de maquillage, les prothèses, les lentilles, etc… On a tout chorégraphié, que ce soit au plus précis autant dans les mouvements que dans le timing. »

Je voudrais terminer ce long texte en précisant qu’il n’y a rien de numérique dans le film, tout a été fait sur le plateau, en essayant de trouver les solutions les moins chères, à l’ancienne.

Chapeau à Michel Hazanavicius, à Alexandre Desplat pour la musique, à son équipe technique et aux acteurs — Rémi, le réalisateur (Romain Duris), Nadia, la maquilleuse (Bérénice Bejo), Raphaël, l’acteur (Finnegan Oldfield), Ava, l’actrice (Matilda Lutz), Fatih (Jea-Pascal Zadi), Mme Matsuda (Yoshiko Tekehara) — qui ont réussi un petit miracle en réalisant ce film.

Et au final, Coupez! est un hommage aux gens qui fabriquent des films, les acteurs, les réalisateurs, mais aussi les techniciens, les stagiaires, tout le monde. Un hommage au cinéma en train de se faire, aux métiers du cinéma, au quotidien d’un artisan du film.

Coupez! est présenté au festival Fantasia le 15 juillet 2022.

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
Coupez!
Durée
111 minutes
Année
2022
Pays
France
Réalisateur
Michel Hazanavicius
Scénario
Michel Hazanavicius
Note
9 /10

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Fiche technique

Titre original
Coupez!
Durée
111 minutes
Année
2022
Pays
France
Réalisateur
Michel Hazanavicius
Scénario
Michel Hazanavicius
Note
9 /10

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