Mon père et sa mélancolie - Une

Mon père et sa mélancolie – Le poids de la mémoire

« Papa, est-ce que tu regrettes que je ne parle pas naxi?»

Mon père et sa mélancolie - Affiche

Le protagoniste du documentaire est le père de la réalisatrice, Chongren He, né en 1937, à Li Jiang, une petite ville sur la frontière tibétaine. Il est un descendant des Naxi, une des cinquante-six minorités chinoises avec une population de 300,000 personnes. Ce qui rend le peuple Naxi unique est son ancienne culture Dongba préservée dans des pictogrammes vieux de millénaires. Leur pictogramme est le seul qui est encore en usage dans le monde aujourd’hui et est appelé le « fossile vivant ». « Sous les pressions constantes de la politique et de l’assimilation par la culture chinoise dominante, mon père vit aujourd’hui dans son village comme sur une ile isolée entourée par des vagues interminables de touristes. Le film cherche à comprendre comment un individu de 82 ans a réussi à construire son propre château fort spirituel afin de se protéger lui-même ainsi que sa culture si fragile, mais si précieuse. »

Comme son titre l’annonce assez bien, Mon père et sa mélancolie est avant tout une lettre d’amour de la part de la réalisatrice à son père et sa culture millénaire. Avec pour seul contexte une visite dans le village presque déserté de son père, Xiaodan He tente de mieux comprendre son père et la solitude dont il souffre à travers des histoires racontées par ce dernier sur sa culture presque mourante.

Simple et charmant

Mon père et sa mélancolie - Simple et charmant
Chongren He

Il s’agit d’un documentaire somme toute assez simple, mais là se trouve son charme. La réalisatrice, plutôt que de faire un grand nombre d’entrevues, opte pour laisser les images parler d’elles-mêmes. Le résultat donne un film paisible et charmant, qui n’est cependant pas sans sa part de drame. Il est très intéressant de voir aller le père de la réalisatrice, Chongren He qui au moment du tournage a 81 ans : celui-ci a vécu un grand nombre d’évènements importants et traumatiques et fut au cœur de radicaux changements politiques et sociaux. Étudiant à Pékin au milieu des années 1950, il fut évidemment ciblé par les réformes communistes de Mao Zedong, visant à éliminer la dissidence en renvoyant les diplômés universitaires et les intellectuels dans leur village natal. Alors que beaucoup d’étudiants sont consternés par la décision du président de la République, Chongren He préfère tirer le mieux de la situation et retourne à Li Jiang dans le but d’étudier la culture de ses ancêtres, les Naxi. C’est alors qu’il se concentre sur la transmission de sa culture tout en gagnant son pain comme écrivain et poète.

Si le synopsis et la contextualisation de la situation au début du film laissent croire à un documentaire informatif sur le peuple Naxi et la culture et écriture dongba (seule écriture entièrement pictographique encore utilisée de nos jours, quoique rapidement déclinante), il devient vite clair que nous avons affaire à un film éminemment personnel, où la réalisatrice utilise le prétexte du film pour mieux comprendre son père et la culture de laquelle elle a l’impression de s’être coupée, non pas sans une certaine dose de culpabilité qui y est associée. À cette fin, elle fait le pari risqué de s’inclure elle-même dans le documentaire : si cela peut souvent paraître complaisant dans d’autres films, le contexte se prête assez bien à ce que Xiaodan He interagisse avec son père, résultant en un sentiment de proximité du spectateur accru, sentiment important à transmettre lorsqu’il est question de comprendre au mieux possible une personne dans toute sa complexité. Il devient alors beaucoup plus intéressant de voir son père parler de son vécu dans toute sa vitalité et sa sagesse alors que celui-ci raconte des anecdotes sur sa vie.

Mon père et sa mélancolie - En somme

En somme, il s’agit d’un court film très charmant et personnel où il nous est donné l’occasion d’en apprendre sur une culture mourante à travers une personne drôle et intéressante. S’il n’est cependant pas sans faute, notamment au niveau de son montage qui parfois paraît précipité et plat, ou dans son utilisation douteuse de la musique (où cette dernière, beaucoup trop dramatique, en vient à jouer si fort qu’elle enterre la voix des personnages), il est difficile de ne pas s’émerveiller devant la beauté des montages du sud de la Chine ou de rire amer en voyant comment une culture mourante puisse aussi bien être commercialisée et attirer autant de touristes. Bien qu’il ne m’ait pas laissé une si forte impression, je le recommanderais à quiconque porte une certaine curiosité anthropologique ou historique sur les peuples asiatiques méconnus.

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
Mon père et sa mélancolie
Durée
78 minutes
Année
2022
Pays
Canada
Réalisateur
Xiaodan He
Scénario
Xiaodan He
Note
6 /10

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Fiche technique

Titre original
Mon père et sa mélancolie
Durée
78 minutes
Année
2022
Pays
Canada
Réalisateur
Xiaodan He
Scénario
Xiaodan He
Note
6 /10

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