Animpgraphe - une

 L’Animographe, ou Je suis né dans une boîte à chaussures – L’invention qui a (presque) révolutionné l’animation

« Tout le monde disait : “on est au moment où on change de direction” et puis le destin en a voulu autrement »

Les aventures de Jean Dejoux le génial inventeur de l’Animographe, la machine à faire du dessin animé, sur laquelle a été faite la première série des Shadoks ou A long Drawn out trip de Gerald Scarfe.

Avec un débit d’information efficace, L’Animographe parvient à tracer le parcours de l’invention dans un enchaînement logique et fluide. Par contre, son esthétique manque parfois de finesse. 

Je me souviens encore de ma fascination lorsque, dans mes premiers cours de cinéma, on me présentait le praxinoscope d’Émile Reynaud, le phénakistiscope de Joseph Plateau ou encore le zoopraxiscope d’Eadweard Muybridge. Toutes ces inventions ont été déterminantes dans la transition de l’image fixe vers le mouvement. Elles sont les ancêtres du cinéma tel qu’on la connaît aujourd’hui. Par contre, pour chaque machine ayant marqué l’histoire, il y en a une marre d’autres dont la contribution ne sera jamais soulignée. En ce sens, L’Animographe, ou Je suis né dans une boîte à chaussures peut être considéré comme un travail de mémoire.

Pour clarifier la deuxième partie du titre, ce n’est pas l’inventeur Jean Dejoux qui est né dans une boîte à chaussures, mais bien l’animographe. Le documentaire parvient de manière claire et succincte à nous exposer sa genèse et à nous expliquer son fonctionnement. Sans entrer dans les détails, la machine permet à l’animateur de réaliser une animation à partir de moins d’images en utilisant un fondu entre deux images et elle permet de visionner directement le résultat à la vitesse désirée.  Par contre, son plus grand inconvénient est la taille du canevas disponible à l’artiste pour dessiner : une case de pellicule 70mm. 

Le potentiel de l’animographe

Pour mettre l’époque en contexte, cette invention date de 1961, la même année que la sortie de l’iconique 101 Dalmatiens de Disney, dont la réputation était déjà bien établie. En comparant les images que produisaient alors ces studios à celles de l’animographe, on voit rapidement que les images de Disney sont plus détaillées et plus fluides que celles que pouvaient produire l’invention de Dejoux. Certes, la courte durée de vie de l’appareil  ne lui ont pas permis d’atteindre son plein potentiel, mais, de toute façon, ce n’est pas dans la finesse que réside son intérêt.

L’animographe, c’est une toute autre manière d’approcher l’animation, plus rapide et plus spontanée. Plutôt que de travailler en plusieurs départements sur une longue période comme c’était alors la norme, il permet de créer seul et en peu de temps, d’expérimenter. Parmi les nombreuses animations présentées au cours du documentaire, c’est selon moi Val Verde, comédie de Paul Demeyer qui exploite le mieux le potentiel créatif de son instrument. À travers des dessins simples, il nous transporte tel un oiseau à travers une maison, puis une bouche, puis une ville et des passants, dans une sorte de voyage omniscient.

Les archives et la mémoire

Le travail de recherche effectué par Thierry Dejean et son équipe est indéniable, les nombreuses images d’archives permettant aux années 60 de prendre vie en sont témoins. Parmi ces images, dont la courte animation mentionnée ci-haut, certaines sont pratiquement introuvables ailleurs, ce documentaire devient donc un moyen de préserver l’histoire. Par contre, leur qualité est parfois variable, ce qui n’est pas un défaut en soit, mais qui devient parfois dérangeant lorsque, par exemple, une photo de Norman Mclaren est pixelisée et obstruée par un filigrane. Ce qui est également un peu moins réussi du côté de l’image est, ironiquement, les séquences d’animation créées pour le film. Même si elles ont manifestement été réalisées dont une optique de fidélité au style Dejoux, elles sont simplement peu inspirées. Dans un autre documentaire, j’aurais accepté des séquences d’animation dont le style est moins travaillé pour accorder plus d’importance à l’information, mais pour un film traitant spécifiquement d’une invention permettant d’approcher l’animation de manière plus spontanée et expérimentale, j’aurais aimé qu’elle soit approchée dans la même énergie. 

La force de ce documentaire est sans aucun doute son narratif finement ficelé. Avec un débit d’information efficace, L’Animographe parvient à tracer le parcours de l’invention dans un enchaînement logique et fluide.  En évitant les détours émotifs ou la surdramatisation, le documentaire peut devenir moins engageant pour les spectateur.ices désirant s’accrocher à des personnages ou à une histoire, mais c’est ce qui lui permet de communiquer son message de manière succincte. Il parvient à répondre à la question initiale : pourquoi l’animographe n’a jamais adopté à plus grande échelle? Plusieurs pistes sont fournies dans le documentaire, mais ce qui est sûr, c’est que ses jours étaient comptés face à l’ascension d’une technologie qui aura bouleversé le cinéma d’animation : l’ordinateur. 

L’Animographe, ou Je suis né dans une boîte à chaussures est présenté aux Sommets du cinéma d’animation, du 10 au 15 mai 2022.

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
L’Animographe, ou Je suis né dans une boîte à chaussures
Durée
52 minutes
Année
2022
Pays
France
Réalisateur
Thierry Dejean
Scénario
Thierry Dejean
Note
6.5 /10

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Fiche technique

Titre original
L’Animographe, ou Je suis né dans une boîte à chaussures
Durée
52 minutes
Année
2022
Pays
France
Réalisateur
Thierry Dejean
Scénario
Thierry Dejean
Note
6.5 /10

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