The Innocents - une

Les innocents (De uskyldige) — Inquiétante enfance

« Maman, qu’est-ce qu’on fait lorsque quelqu’un est méchant? »

Innocents - Affiche

Un été, quatre enfants — Ada (Rakel Lenora Fløttum), Anna (Alva Brynsmo Ramstad), Aisha (Mina Yasmin Bremseth Asheim) et Ben (Sam Ashraf) — se découvrent d’étonnants pouvoirs et jouent à tester leurs limites, loin du regard des adultes. Mais ce qui semblait être un jeu d’enfants, prend peu à peu une tournure inquiétante…

Avec Les innocents (De uskyldige), Eskil Vogt offre un film terrifiant sur l’enfance. Il propose une fable sur le bien, le mal, et surtout sur les zones grises qu’il y a entre ces deux notions dans l’imaginaire de l’enfant.

Le bien, le mal, et l’enfance

On a tendance à se souvenir de l’enfance avec nostalgie, comme si c’était une époque toujours heureuse, mais c’est également une époque effrayante où l’on fait face à l’inconnu. Il y a tant de choses que l’on ignore et une imagination foisonnante. Les sentiments et les émotions sont si réels et le manque de recul les rend difficiles à gérer.

C’est là que Vogt place son histoire afin de la rendre, non seulement effrayante, mais de la rendre réaliste dans ce monde où le fantastique s’invite. Les personnages ont entre 7 et 11 ans, le moment où on fait des expériences sans être en mesure de bien évaluer les répercussions qu’elles peuvent avoir. 

The Innocents - Le bien le mal et enfance
Ada (Rakel Lenora Fløttum) et Ben (Sam Ashraf)

On a tendance à imaginer les enfants comme de petits anges innocents qui deviennent moins « bons » en vieillissant. Avec Les innocents, Vogt part de la prémisse que les enfants ne naissent pas purs. Il mise plutôt sur l’idée que nous naissons sans aucune notion d’empathie ou de morale – et que cela doit nous être enseigné. L’histoire du film nous amène à ce moment exact où ces enfants vont les découvrir en eux. Le spectateur sera donc mis en face de cette notion floue de morale alors qu’il sera pris à tenter de diviser les enfants entre les gentils et les méchants. Mais le monde réel n’est pas si simple. Même dans un film avec des éléments surnaturels.

À cet âge, donc, les notions de bien et de mal ne sont pas encore façonnées par la société. 

« C’est pourquoi il est plus intéressant de voir un enfant faire quelque chose que l’on qualifierait de diabolique que si cela venait d’un adulte. L’aspect moral est plus complexe du fait qu’ils ne sont pas encore formés à la vie. J’ai lu une étude de psychologie sur le moment où un enfant crève l’œil d’un animal. Ce n’est pas nécessairement un signe alarmant, les enfants font des expériences et leur sens de l’empathie évolue à différents rythmes. La base de la morale ne vient pas seulement de ce que les parents disent que l’on peut faire ou pas, mais de ce que l’on ressent — intérieurement, comme étant mal. Et pour établir ces repères moraux, je pense qu’il est nécessaire d’expérimenter, de tester voire de transgresser ce qui est donné comme acceptable par les parents. Pour moi, il était important que dans le film, même l’enfant le plus dangereux ne soit pas fondamentalement mauvais, qu’ils conservent tous leur humanité. »

Et c’est bien là que ce long métrage devient perturbant. En tant que spectateur, on voudrait bien catégoriser Ben comme étant méchant, et vouloir le voir anéanti. Mais nous, adultes, avons été façonné par cette société qui nous apprend qu’un enfant c’est pur. On ne sait donc pas comment réagir à la vue de ces actes fondamentalement méchants. 

Un style qui défie le genre

On se retrouve donc avec un film de genre, qui défie les genres. Vogt emprunte des éléments du cinéma d’horreur : la mort, la violence, les sons brusques. Mais il utilise aussi des éclairages très lumineux aux couleurs vives, associés à l’enfance. 

The Innocents - Un film qui défi le genre

Puis, à quelques occasions, des scènes très sombres, voire ténébreuses, sont insérées. L’une de ces scènes se déroule dans un boisé où Ben et Ana se rencontrent souvent. Ce lieu habituellement d’un vert vif est soudainement plongé dans les ténèbres pour une séquence particulièrement effrayante. Oui, l’univers de l’enfance peut être particulièrement épeurant.

Un peu plus…

Avez-vous déjà regardé des enfants jouer sans qu’ils ne sachent que vous êtes là? Ils sont souvent très différents de quand ils sont avec nous – ils ont une vie secrète. Le réalisateur a ensuite imaginé la suite à partir de ce dont il se souvenait de son enfance et de ce qu’il a pu observer de ses enfants ou des enfants de son entourage. 

The Innocents - Un peu plus
Anna (Alva Brynsmo Ramstad)

Mais pour réaliser un bon film sur l’univers des enfants, il faut des enfants, n’est-ce pas? Vogt explique que le processus de casting a été extrêmement long et minutieux. « Nous avons également mis en place des ateliers de travail pendant 18 mois avant le début du tournage. Nous voulions notamment voir si les enfants que nous recevions en casting avaient de l’imagination. Grâce à des exercices, nous avons eu un aperçu intéressant de leurs idées. Par exemple, nous leur avons montré à tous les mêmes photos, à partir desquelles ils devaient chacun inventer une histoire. C’est fascinant de voir ce que cela révélait de leur monde intérieur et de leur imagination, et je suis sûr que le film en a été enrichi. Nous avons fini par changer le genre et les origines de plusieurs des rôles, pour les faire correspondre aux talents des comédiens. »

Un personnage souffrant d’autisme régressif a aussi été intégré dans l’histoire. Ce personnage permet de rendre réalistes certains éléments narratifs qui n’auraient pas été aussi crédibles sinon. 

Je dois donc souligner le travail de distribution incroyable qui a été fait ici et le jeu parfait des enfants. J’ai rarement vu un casting de jeunes aussi fort que celui-ci. 

Après avoir vu Les innocents (De uskyldige), on ne voit plus le jeu enfantin de la même façon. 

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
De uskyldige
Durée
117 minutes
Année
2021
Pays
Norvège / Suède / Danemark
Réalisateur
Eskil Vogt
Scénario
Eskil Vogt
Note
9 /10

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Fiche technique

Titre original
De uskyldige
Durée
117 minutes
Année
2021
Pays
Norvège / Suède / Danemark
Réalisateur
Eskil Vogt
Scénario
Eskil Vogt
Note
9 /10

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