Last_Lap_Dance - une

[Hot Docs] The Last Lap Dance — Mon corps mais pas mon choix

« I wonder what her dad would say.
… I realized, how many women, probably, don’t do things they want to because of their dads. »
[Je me demande ce que dirait son père.
… J’ai réalisé combien de femmes, probablement, ne font pas les choses qu’elles veulent à cause de leurs pères.]

Le film révèle d’abord la lutte pour fermer les clubs de strip-tease à Tel-Aviv, du point de vue des strip-teaseuses, et documente la première lutte publique des travailleuses du sexe en Israël, une lutte qui a été presque complètement ignorée par les médias. Un film de suivi au fil des ans qui révèle au public une vision différente et inconnue des faits sexuels en Israël et des organisations qui luttent avec eux.

Avec The Last Lap Dance, Isri Halpern dresse un portrait de la situation – et de la lutte – des travailleuses du sexe en Israël. Le tout en mettant l’accent sur les femmes qui dansent dans les clubs de strip-tease.

Féminisme et antiféminisme

Sorti avec un large succès en Israël l’année dernière, le dernier film d’Isri Halpern documente les retombées sociales et politiques du domaine de la danse contact au moment où la police a fermé tous les clubs de strip-tease d’Israël en 2020. 

Last_Lap_Dance - Féminisme et anti-féminisme

Il y a, et pas juste en Israël, ce grand débat sur le féminisme et la sexualité. Peut-on avoir, en tant que femme — évidemment —, une sexualité débridée et être féministe. Dans le cas présent, la question est de savoir si le fait d’être danseuse nue fait en sorte qu’on ne peut pas être féministe. Et ce que certains et certaines des protagonistes qui veulent faire interdire les bars de danseuses jouent la carte du féminisme. La position des femmes qui dansent et aiment leur travail est que l’un et l’autre ne sont pas liés. La droite bien pensante dit qu’en tant que féministe, on ne peut pas accepter ce genre de travail qui est dégradant pour les femmes. 

The Last Lap Dance prend clairement position en faveur des travailleuses du sexe. Il va un peu plus loin en incluant la prostitution, mais sans se prononcer clairement, puisqu’il n’interviewe pas de femmes qui pratiquent ce métier. Un questionnement me vient, par contre, à propos de certaines scènes du film dans lesquelles les protagonistes sont nues chez elles. Je n’ai pas l’impression que ces plans, aussi beaux soient-ils, soient pertinents, contrairement aux scènes filmées dans les clubs avec les femmes en action.

Libérer ceux qui n’en ont pas besoin

L’autre point important du film est le thème de la « libération ». Les activistes anti-danse disent vouloir libérer ces pauvres femmes victimes des hommes qui les exploitent. Deux des danseuses se prononcent en disant qu’en fait, ce sont plutôt elles qui, d’une certaine façon, exploitent les hommes qui sont assez stupides pour dépenser une grande somme d’argent pour regarder une femme se dévêtir pour eux. 

Last_Lap_Dance - Libérer celles qui ne veulent pas être libérées
Une des danseuse avec son père, un rabbin

Dans le cas des travailleuses israéliennes, on pourrait presque utiliser cette comparaison un peu dangereuse avec la guerre en Ukraine et les multiples guerres menées par les États-Unis au Moyen-Orient. Ces gens se battent pour libérer des gens qui ne demandent pas à être libérés, qui n’ont pas besoin d’être libérés. 

Bien sûr, il y a des femmes qui le font pour les mauvaises raisons. Mais le documentaire amène l’argument qu’en fait, c’est une faible minorité qui est victime dans ce milieu et qu’on devrait focusser à aider ces personnes sans pour autant empêcher des femmes qui aiment leur métier, de travailler. Et il faut dire que le réalisateur parvient assez bien à défendre la cause, grâce à ces femmes qui témoignent ouvertement sur leur métier et sur les raisons pour lesquelles elles le font. 

Un peu plus…

Racontées presque exclusivement du point de vue des danseuses, et sur de nombreuses années, les questions d’exploitation, de choix personnel et de pressions religieuses sont explorées dans un débat qui a fait son chemin, des clubs à la rue, jusqu’à la Knesset (le parlement). Accusant les lobbyistes anti-travail du sexe d’exploiter la rhétorique féministe pour faire avancer leur propre programme moralisateur, les danseuses remettent en question les motivations de ceux qui prétendent représenter leurs meilleurs intérêts. 

Last_Lap_Dance - Un peu plus
Les danseuses qui manifestent devant la maison de la leader anti-bar de danseuses

Ces travailleurs exigent qu’on leur donne une voix dans un débat séculaire qui s’est largement déroulé sans leur participation et qui aura finalement le plus grand impact sur les danseuses elles-mêmes. Comme le déplore l’une des protagonistes, « Tout le monde parle de nous sans se soucier d’entendre ce que nous avons à dire. Si vous voulez faire des lois qui nous aident, demandez au moins notre avis. »

Malgré quelques faiblesses, ce film mérite d’être vu. 

The Last Lap Dance est présenté aux Hot Docs, du 28 avril au 8 mai 2022.

Fiche technique

Titre original
The Last Lap Dance
Durée
79 minutes
Année
2021
Pays
Israël
Réalisateur
Isri Halpern
Scénario
Isri Halpern
Note
8 /10

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Fiche technique

Titre original
The Last Lap Dance
Durée
79 minutes
Année
2021
Pays
Israël
Réalisateur
Isri Halpern
Scénario
Isri Halpern
Note
8 /10

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