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Everything Everywhere All at Once – Dans une autre vie

« L’univers est tellement plus vaste que tu le crois. »

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Lorsqu’une rupture interdimensionnelle transforme la réalité, une héroïne improbable doit utiliser ses nouveaux pouvoirs pour combattre les dangers étranges et déroutants du multivers, alors que le destin du monde est en jeu. 

Everything Everywhere All at Once est une comédie de science-fiction dans laquelle les membres d’une famille normale doivent se battre contre eux-mêmes pour s’empêcher de… non, on recommence. Les réalisateurs de Swiss Army Man nous reviennent six ans plus tard avec un film d’action où une famille de perdants se battent entre eux avec des doigts en forme de saucisses à hot-dogs avant de… non, toujours pas. Le duo iconique d’enfants terribles du cinéma indépendant américain, Dan Kwan et Daniel Scheinert (connus plus simplement sous le nom des « Daniels ») sont de retour avec un drame familial dans lequel une mère a pour mission de tuer sa fille et… non, ça ne fonctionne toujours pas.

En fait, fidèle à son nom, Everything Everywhere All at Once est tout cela en même temps, et même plus. Avant toutes ces choses, il s’agit surtout d’un délire total où tout est permis. En disant cela, je ne parle pas de figure de style; tout est littéralement permis, et c’est précisément pourquoi le film est aussi amusant.

Dans le multivers de la folie

Evelyn Wang, stoïque et déprimée, mène une vie des plus normales. Avec son mari Waymond, homme distrait et jovial, elle possède une petite buanderie sans prétention, commerce sur le point de se faire saisir par les créanciers. Elle a aussi une fille, Joy, avec qui elle a de la difficulté à connecter. Bref, rien d’inhabituel pour cette famille d’immigrants chinois un peu déçus par le rêve américain. C’est lors d’une visite chez les comptables que la monotonie de la vie d’Evelyn sera dramatiquement brisée lorsque son mari, qui semble soudainement épris d’une grande vitalité et d’un air sérieux, lui explique que l’univers est en danger, et qu’elle seule peut le sauver. Il lui explique alors qu’il est possible pour elle de voyager entre des univers parallèles, univers où les mêmes personnes existent, mais mènent une vie différente dû à certains choix différents faits par le passé (par exemple, celui de ne pas se marier, de ne pas immigrer aux États-Unis, etc.) Elle prend alors conscience d’un point crucial de ce pouvoir : lorsqu’elle parvient à entrer en contact avec une autre « version » d’elle-même, elle acquiert aussi ses compétences. Par exemple, un univers parallèle où elle est une star de films d’arts martiaux, un autre ou elle est une cheffe de cuisine particulièrement bonne avec les couteaux, bref… vous comprenez le principe.

Everything Everywhere All at Once

Je passe vite fait sur la prémisse parce qu’avant tout, les fonctionnements exacts de cette dynamique d’absorption de pouvoir importent peu aux scénaristes. Si ces concepts semblent un peu ridicules, c’est qu’ils le sont. En faisant expliquer les mécanismes de multivers à ses personnages, les Daniels cherchent surtout à vite établir des règles pour mieux les détruire. À une époque où le concept des multivers est particulièrement populaire, mais cela davantage pour des raisons de marketing (par exemple, donnant une excuse diégétique à Marvel pour s’en tirer avec n’importe quoi et ramener des personnages morts sous une autre forme), Everything Everywhere All at Once prend avantage de ce que ce type de film permet et en profite pour nous offrir une expérience qui, au long de ses deux heures et demie, nous fait passer à travers toute une gamme d’émotions (on rit, on pleure), de thèmes (le regret, la famille, l’immigration), et ce multipliant au passage des hommages tous plus délirants les uns que les autres (dont les films de Wong Kar-wai, les chef-d’œuvres wuxia, et une référence particulièrement hilarante à Ratatouille).

Ce qui aurait pu être

Lorsque le film n’est pas occupé à mettre en scène des bagarres délirantes, des intrigues inutilement compliquées ou même des cultes religieux où le dieu primordial est un bagel, Everything Everywhere All at Once témoigne d’une grande profondeur émotionnelle. Si sa prémisse ridicule lui permet de s’en tirer avec n’importe quoi, une grande partie du film est dédiée à la réflexion philosophique qu’amènerait la possibilité de pouvoir voyager d’une vie à l’autre. Confrontée à une infinité de versions d’elle-même, Evelyn ne peut s’empêcher d’avoir un petit pincement au cœur, non pas parce qu’elle constate ce qu’elle est, mais ce qu’elle n’est pas. Aussi satisfaits puissions-nous être de nos vies et de notre entourage, il est alors difficile de ne pas se voir un peu en elle, de se détacher de cette profonde angoisse, que nous abordons au mieux avec espoir, au pire avec regret, regrets de ce qui aurait pu être.

EEAAO - Ce qui aurait pu être
Evelyn Wang (Michelle Yeoh)

Je ne sais pas si ce texte fait du sens. En fait, c’est qu’il est assez difficile de parler de ce film, vu l’immensité de ce qu’il contient (ou plutôt, devant le peu de choses véritablement explicables). Et je vous mentirais si je vous disais qu’il me fait totalement plaisir de l’écrire (auquel cas il est particulièrement ironique de l’avouer si tard dans celui-ci) : je crois qu’il est mieux de voir ce film à sec, sans savoir ce qu’il contient. Ne lisez pas d’autres critiques, ne cherchez pas à savoir de quoi le film parle; il parle de tout. Prenez-vous un billet tout de suite; il est impératif de le voir en salle. Bien qu’il soit assez tôt dans l’année pour l’affirmer avec certitude, Everything Everywhere All at Once finira dans le top 10 de bien des gens. Et si son exubérance hyperactive ne conviendra pas nécessairement à tout le monde, il est difficile de concevoir comment pourrait sortir un film plus original cette année. Après tout, il serait ardu d’essayer d’aller plus loin qu’un générique de fin qui joue à la moitié du film, une bataille sanglante à coup de godemichets, et une poursuite de roches inanimées.

Bande-annonce

Il y a aussi une bande-annonce doublée.

Fiche technique

Titre original
Everything Everywhere All at Once
Durée
139 minutes
Année
2022
Pays
États-Unis
Réalisateur
Dan Kwan & Daniel Scheinert
Scénario
Dan Kwan & Daniel Scheinert
Note
8 /10

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Fiche technique

Titre original
Everything Everywhere All at Once
Durée
139 minutes
Année
2022
Pays
États-Unis
Réalisateur
Dan Kwan & Daniel Scheinert
Scénario
Dan Kwan & Daniel Scheinert
Note
8 /10

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