Ariaferma - Une

[FCMS] Ariaferma — Cohabitation forcée

«Les 96 détenus qui devaient être transférés dans d’autres installations le seront comme prévu, mais les 12 qui devaient aller à Albegna resteront ici. »

Locandina - Ariaferma

Une ancienne prison construite au XIXe siècle, située dans une partie reculée et non précisée du territoire italien, est en cours de démantèlement. À la suite de blocages bureaucratiques, les transferts ont été bloqués et une douzaine de détenus sont restés, ainsi que quelques gardiens, en attente d’être envoyés vers de nouvelles destinations. Dans une atmosphère suspendue, les règles qui les séparaient se relâchent et de nouvelles formes de relations émergent entre les hommes restants.

Avec Ariaferma, Leonardo Di Costanzo crée un solide huis clos. Il offre un film de prison qui va au-delà des clichés habituels en misant sur la représentation des relations entre les détenus, les gardes et les origines de chacun.

La bureaucratie inacceptable

La prémisse de ce long métrage repose sur la fermeture d’une vieille prison. D’ailleurs, quand on traverse les décors, on réalise que cette prison était plus dure que celles que l’on construit aujourd’hui. Clairement, ce lieu n’était pas une vacance 5 étoiles. Au commencement du film, on retrouve un groupe de gardiens assis autour d’un feu, se préparant à quitter leur ancien lieu de travail. L’histoire bascule rapidement, lorsque la directrice de la prison choisit un certain nombre d’hommes qui devront rester avec ces quelque 12 criminels pour quelques jours de plus. Un « quelque » qui, comme c’est fréquent dans nos sociétés, ne sera pas clairement défini. Imaginez si vous deviez garder tranquille un groupe de prisonniers sans pouvoir leur dire quand ils seront transférés tout en devant leur retirer tous les privilèges qu’ils ont, dont les visites.

Ariaferma - Bureaucratie inacceptable

Les gardiens se retrouvent donc à devoir gérer la crise sans savoir combien de temps elle durera, et sans aide extérieure. Les scénaristes ont bien utilisé cet enjeu bureaucratique pour travailler les relations humaines qui se développent dans un lieu clos, une prison. D’ailleurs, certaines phrases ne sont pas sans rappeler la situation d’enfermement que nous avons tous vécue en 2020.

Les enjeux sociétaux

La prison de Mortana n’existe pas dans la réalité : c’est un lieu imaginaire, construit après que l’équipe de production ait visité de nombreuses prisons. 

« Dans la plupart d’entre elles, nous avons rencontré des personnes qui étaient disposées à parler et à nous raconter leur histoire. Parfois, nos entretiens impliquaient des agents pénitentiaires, des gardiens et des condamnés dans la même session. À ces occasions, une atmosphère de convivialité inattendue se créait, et la compétition commençait pour savoir qui nous raconterait la meilleure histoire. Il y avait des rires aussi. Puis, le moment passé, chacun revenait à son rôle, et les officiers en uniforme, les clefs tintant à la main, ramenaient les prisonniers dans leurs cellules. »

Fondamentalement — et c’est ce que montre Ariaferma —, une prison est une mini société en soi. Une société qui possède ses codes et qui donne à chacun de ses citoyens un rôle. Gaetano Gargiulo (Toni Servillo) est le chef officiel, celui qui est nommé par la directrice en son absence. Carmine Lagioia est plutôt le chef élu par les prisonniers. Celui qui aura le pouvoir de faire tenir ou de faire tomber l’ordre établi. 

Ariaferma - Enjeux sociétaux

C’est la relation entre ces deux hommes qui prend le plus de place dans le film. Et c’est aussi la relation que chacun d’eux entretient avec un jeune détenu qui permettra d’unir les deux clans. Les deux hommes ont passablement le même âge (quelque part dans la soixantaine). Le jeune prisonnier représentera la figure de l’enfant, que les deux autres prendront sous leurs ailes. 

Mais la prison est une société avec ses propres codes. Des codes qui permettent parfois un rapprochement entre les deux clans, comme lors de cette magnifique scène alors que l’électricité manque et que les prisonniers et les gardes soupent ensemble. Le temps d’un repas, les rôles se mélangent. Puis l’électricité revient et paf!, chacun reprend sa place, sans attente. En quelques secondes, la fraternité disparaît et la séparation des groupes se remet en place. 

Un peu plus…

Tourné en Sardaigne, en pleine pandémie de Covid19, les acteurs et les membres de l’équipe technique ont dû vivre reclus, tels des prisonniers. Je me permets de supposer que cette situation particulière aura aidé les acteurs à entrer dans leur rôle. Quoi de mieux pour comprendre ce que c’est que d’être en prison, que de vivre emprisonné pendant quelques semaines?

Ariaferma est un magnifique film de prison, qui amène une réflexion plus large sur les rôles et les relations entre les hommes, au sein d’une société restreinte. 

Ariaferma est présenté au Festival Cinéma du Monde de Sherbrooke, du 7 au 14 avril 2022.

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
Ariaferma
Durée
117 minutes
Année
2021
Pays
Italie / Suisse
Réalisateur
Leonardo Di Costanzo
Scénario
Leonardo Di Costanzo, Bruno Oliviero et Valia Santella
Note
8 /10

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Fiche technique

Titre original
Ariaferma
Durée
117 minutes
Année
2021
Pays
Italie / Suisse
Réalisateur
Leonardo Di Costanzo
Scénario
Leonardo Di Costanzo, Bruno Oliviero et Valia Santella
Note
8 /10

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